TROISIÈME PARTIE. — LE PAL AIS -S A CRÉ
Le Sigma (n° 71), péristyle du Palais-sacré, était ainsi nommé à cause de sa forme, qui était celle de la lettre de l'alphabet grec qui porte ce nom ; il était ouvert sur la Phiale mystérieuse du Triconque. Quinze colonnes de marbre de Phrygie soutenaient son plafond ; ses murs étaient revêtus de marbres précieux sur lesquels on avait gravé des vers. Au milieu du Sigma s'élevait un édicule, sorte de ciborium (n° 71, A) dont le dôme était soutenu par quatre colonnes de marbre vert de Thessalie. C'est là qu'on plaçait le trône de l'empereur lorsqu'il assistait aux jeux qui se passaient dans la Phiale. Une vasque placée contre le mur du Sigma, au sud-est (n° 71, B), recevait l'eau que vomissaient deux gueules de lion de bronze. Au côté opposé, dans un espace laissé en dehors du Sigma , nous avons placé le petit escalier de bois nommé Styrax (n° 72) , par lequel on pouvait descendre du Sigma à l'étage inférieur, situé au niveau des jardins et de la Phiale. Une communication existait entre le Sigma et l'Eros (n° 79) , triclinium dont nous parlerons plus loin.
Du Sigma on entrait dans le Triconque (n° 73) par trois portes, celle du milieu d'argent (n° 71, D) et les deux autres de bronze (n° 71, E). Le mur qui séparait le Sigma du Triconque était soutenu par deux colonnes qui avaient motivé les trois portes. Le Triconque avait la forme d'un hémicycle sur le contour duquel s'ouvraient trois absides en cul-de-four. Les Byzantins désignant souvent les absides de leurs églises par le nom de
conque, y.dyyY), les trois absides avaient fait donner à ce triclinium le nom de Triconque, Tpi'xoyyoç. Quatre colonnes de marbre, disposées deux par deux, recevaient la retombée de l'arc de l'abside du milieu, qui était à l'orient. Le fond de cette abside était garni de gradins ; les deux autres étaient percées de portes par lesquelles on passait dans les galeries du Triconque (n° 74). Par une petite porte à un seul battant (n° 73, A) , en métal poli, on entrait de l'hémicycle du Triconque dans la galerie des Quarante-Saints (n° 80) . Les murs du Triconque étaient revêtus de marbres de différentes couleurs, et la voûte, dans laquelle devaient se trouver les ouvertures qui donnaient du jour à la pièce, était entièrement dorée. L'empereur Théophile affectionnait tout particulièrement ce triclinium qu'il avait fait construire; il y venait souvent, et s'y livrait à ses occupations accoutumées avec ses ministres '.
Avant de poursuivre notre marche dans le Palais-sacré, il faut parler de l'étage de rez-de-chaussée qui se trouvait au-dessous du Sigma et du Triconque, étage que notre plan ne peut laisser voir. On y descendait du Sigma par le Styrax, petit escalier en limaçon (n° 72) dont nous avons déjà parlé. La pièce au-dessous du Sigma avait la même forme que ce péristyle ; sa voûte était supportée par dix-neuf colonnes ; elle prenait son jour sur un péripatos attenant aux jardins du nord.
A la suite du Sigma inférieur, du côté de l'orient, se trouvait le Tétraséron. Cette pièce était partagée en trois conques sur le modèle du Triconque qu'elle supportait ; mais ces conques avaient une direction différente de celle donnée aux absides du Triconque. Ainsi , celle du milieu était tournée vers le midi , et les deux adjacentes au levant et au couchant ; la partie rectiligne de la pièce , au lieu de se trouver au couchant , comme dans le Triconque, était tournée vers le nord. Cela se conçoit, puisque le Tétraséron ne pouvait recevoir de jour que des jardins situés de ce côté. La conque orientale du Tétraséron s'étendait sans doute au-dessous des galeries du Triconque (n° 74).
Cette partie rectiligne du Tétraséron , qui devait se trouver au-dessous de la galerie des Quarante-Saints, était supportée par deux colonnes de marbre rouge moucheté. Elle recevait le nom de Mystère, à cause d'un effet singulier qui se produisait en cet endroit : si quelqu'un s approchant du mur de l'une des absides, orientale ou occidentale, prononçait quelques mots à voix basse et comme à soi-même, une personne placée du côté diamétralement opposé , qui approchait son oreille du mur du Mystère , entendait parfaitement ce qui avait été dit tout bas.
C'est de son voisinage avec le Mystère et le Triconque que la grande Phiale (n° 61) recevait le nom de Phiale mystérieuse du Triconque 2.
Nous avons dit que le petit portique (n° 70) qui existait entre les deux escaliers de marbre de la Phiale, donnait entrée au Sigma inférieur et par conséquent au Tétraséron.
4 Anonïm., De Theophilo, ap. Script, posl Theoph.; Paris., p. 86 et seq.; Ron., p. 140 et seq.
* Anonïm., De Theophilo, ap. Script, post Theoph., lib. III, § 42; Paris., p. 87; Ron., p. 140 et 141.