‹ Le palais impérial de Constantinople et ses abords Sainte-Sophie, le ForumChapitre 18 sur 92 · L'HIPPODROME · texte numérisé non relu

L'HIPPODROME

savant antiquaire Onuphre Panvinio a faite du Gircus-Maximus de la vieille capitale du monde romain, d'après les ruines qui subsistent, les médailles antiques et les textes des auteurs, nous a donc fourni la forme générale de T Hippodrome de Gonstantinople. Gependant les dispositions de détail ne purent être absolument les mêmes dans les deux cirques. La péninsule sur laquelle devait s'élever Gonstantinople , couverte de collines et de vallées étroites, n'offrait pas un espace convenable à l'établie sèment d'un grand cirque. L'emplacement qui avait été choisi par Sévère pour l'Hippodrome ne présentait de surface plane que jusqu'à l'endroit où fut élevé plus tard l'obélisque de pierre; au delà, le sol était escarpé. Sévère construisit donc des piliers et des voûtes pour asseoir le terrain sur lequel s'étendit le champ de course et les gradins. On fit arriver de l'eau sous ces voûtes, qui formèrent une vaste citerne à laquelle on donna le nom de Giteme froide ^

De même que le grand Girque de Rome, l'Hippodrome était de forme oblongue. L'extrémité méridionale, qui se terminait en hémicycle, portait le nom de Sphendoné, 2(pevS<5v7]; l'extrémité septentrionale était rectiUgne. Des gradins garnissaient les deux grands côtés latéraux et la Sphendoné. Les auteurs nous apprennent qu'ils furent brûlés une première fois en 406 sous Arcadius, et une seconde fois en 498 sous Anastase ^. . Depuis, on les reconstruisit en marbre'. Une galerie, icep^Tcaxo^, enrichie de colonnes, régnait au haut des gradins et servait de promenade aux spectateurs des jeux^. Les gradins de la faction des bleus, à laquelle appartenaient ordinairement les empereurs, étaient à la droite du trône ^. Geux de la faction verte étaient à gauche. Au centre de la face septentrionale du Girque, se trouvait la tribune du haut de laquelle l'empereur assistait aux jeux, et, de chaque côté de cette tribune, des arcades qui formaient l'entrée des loges où les chevaux et les chars étaient réunis avant la course. Ges loges, qui avaient à Rome le nom de Garceres, portaient à Gonstantinople celui de Manganon, Ta Mdcyyavov^. Nous avons figuré sur notre plan deux cours (k) , sorte de compluvium, dans lesquelles on entrait par ces arcades. Elles étaient dominées par les terrasses (n® 57) du palais du Gathisma. On trouvait autour de ces cours, au-dessous des terrasses, toutes les dépendances du Manganon.

La tribune des jeux (n^^ 18 et 19), qui recevait le nom de Gathisma, i6 R^6uT|xa, était placée en avant d'un palais qui, prenant son nom de cette tribune,

^ CoDiN. , De originibus, Paris., p. 7; Bon., p. 14. — Bondelmonti, Descrîpt urb. Constant.

* Chron. Paschale, Paris., p. 715 et 761.

' Bondelmonti, Descript, urb. Constant.

* Anontm., jiint. Const.^ ap. Banduri, Imp. Orient.^, lib. III, p. 42. — P. Gyllii Topogr, Constant. j lib. II, cap. xni, p. 377.

* Procop., De belto Persico, lib. I, cap. xxt; Paris., p. 73; Bon., t. I, p. 128.

' De cer. aut. Byz.^ lib. II, cap. xx, p. 613. Du Gange {Gloss. Grcec.) n'a pas donné cettd acception au mot MaYYavov. Nous la trouvons dans le livre des Cérémonies de la cour*

s'appelait le palais du Cathisma (n^^ 56 et 57). II était renfermé dans Fenceinte de la demeure impériale. Ce palais, de même que la tribune des jeux et Féglise Saint-Etienne (n^ 54), dont nous parlerons plus loin, devaient dominer FHippodrome.

Un dessin i-eproduisant une vue à vol d'oiseau de F Hippodrome, publié par Panvinio ', et, plus tard, d'après lui, par Banduri ^, en fournit la preuve, et justifie les principales dispositions que nous avons données à notre Hippodrome. Panvinio dit qu'il a emprunté ce dessin à une topographie de Constantinople écrite peu de temps avant que les Turcs se ftissent emparés de cette ville, et le titre placé au bas de la gravure l'indique comme reproduisant les ruines du Cirque, telles qu'elles existaient cent ans avant cette époque. Mais le savant archéologue n'indique pas le manuscrit auquel il a emprunté ce dessin. L'Hippodrome y est représenté comme étant déjà à peu près détruit. On voit encore cependant au midi, du côté de la Propontide , l'extrémité en hémicycle qui est portée par ces arcades édifiées pour créer une arène plane sur un terrain qui, d'après Pierre Gylli, présentait « des pentes non-seulement ardues et en précipice, mais même perpendiculaires et )> élevées de cinquante pieds plus ou moins. )) A l'opposite de Fhémicyde , la face septentrionale est occupée par un mur rectihgne percé d'arcades qui donnaient entrée aux loges où se tenaient les chevaux et les chars avant la course. Le champ de course est rempU de monticules provenant de la démolition des gradins; des maisons sont même déjà bâties dans son enceinte; quoique la plate-forme qui en occupait le centre ait disparu sous les décombres, on voit les obélisques, ainsi que plusieurs colonnes, disposés sur une même ligne.

Revenons au Cathisma. Cette tribune était très-élevée au-dessus de l'arène. Nous en trouvons la preuve dans un fait historique. L'impératrice Zoé, arrière-petite-fîlle de Constantin Porphyrogénète, avait donné la pourpre à Michel IV, un ancien banquier qu'elle avait épousé ; à la mort de Michel, elle avait été reléguée daps l'île du Prince , rasée et revêtue de Fhabit monastique, par ordre du neveu de Michel, qu'elle avait eu la faiblesse de laisser proclamer empereur sous le nom de Michel Y (1042) . Le peuple de Constantinople ne put voir sans indignation l'ingratitude du nouvel empereur envers Zoé; il se mit en révolte ouverte et se porta dans l'Hippodrome pour attaquer le palais. Afin de conjurer sa colère, Michel fit ramener Zoé de l'île du Prince et la revêtit de la robe impériale. Puis étant monté dans le Cathisma, il s'efforça de parler à la mul* titude, en lui annonçant que Zoé était rétablie dans ses droits. Mais il ne put faire entendre raison aux insurgés, et fut obhgé de fuir, chassé par une grêle de pierres et de flèches qu'on lui lançait d'en bas, dit Cédrénus, à qui nous empruntons ce récit'. On voit par là que le Cathisma devait être assez élevé au-dessus du sol de

' De ludîs cvrcens.^ p. 56; Yenet., 1600.

' Imp. Orient.j t. Il, p.- 664; Parisiis, 1711.

* tltst. comp.; Paris.; p. 751 ; Bon., t. II, p. 538.

LE CATHISMA ET LE STAMA. 47

THippodrome. Bondelmonfi constate aussi que le Keu où se tenait l'empereur avec sa cour était porté par de hautes colonnes ' .

La tribune des jeux se composait de deux parties distinctes, le Cathisma propre^ ment dit (p? 18) et le Stama, x6 2Tdc|xa (n« 19).

Au centre du Cathisma existait une plate-forme à laqueUe on montait par quelques dejjrés en sortant du palais du Cathisma. A droite et à gauche se trouvaient deux loges garnies de degrés. Le trône de l'empereur était établi sur la plate-forme, les grands dignitaires qui l'accompagnaient se tenaient dans les deux loges. Cette partie de la tribune ne dépassait pas le mur de terrasse qui fermait l'Hippodrome au nord.

Le Stama, qui prenait aussi le nom de Pi, de sa ressemblance avec cette lettre (il), faisait saillie sur le champ de l'Hippodrome; il était placé au-dessous du Cathisma, et l'on y descendait des deux loges situées à droite et à gauche de la plate-forme. C'est dans le Stama que se plaçaient les soldats de la garde de l'empereur et ceux qui portaient les étendards.

Divers passages des auteurs nous ont fait connaître les dispositions de la tribune des jeux. Ainsi le livre de Constantin Porphyrogénète , en rendant compte des cérémonies à observer lorsque des courses avaient lieu dans l'Hippodrome, nous apprend que l'empereur, après avoir reçu les homjnages des hauts dignitaires dans le palais du Cathisma, sortait de ce palais accompagné par eux, et montait dans le Cathisma; là, se tenant debout devant le trône , il bénissait le peuple par trois fois , d'abord au milieu , puis du côté de la faction des bleus , enfin du côté de celle des verts ; il s'asseyait ensuite sur le trône. Alors le Préposé, ô IIpaiir^ffiTOç, qui était le chef de tous les officiers du palais, se tenant au haut des degrés du Cathisma, appelait les patrices. Chacun d'eux entrant à son tour dans le Cathisma, se prosternait devant l'empereur, puis se retirait au bas des degrés. Lorsque tous avaient ainsi rendu hommage à l'empereur, le Préposé les invitait à gagner leurs sièges '.

Quant à l'identité du Stama et du Pi, et à la position de cette partie de la tribune des jeux, nous en trouvons encore l'indication dans le livre des Cérémonies. On y voit, en effet, que lorsqu'il s'agissait d'indiquer une course, le Tesséraire, sur l'ordre du Préposé, se rendait dans le Stama, c'est-à-dire, ajoute l'auteur, dans le Pi, eîç Ta Ixàfxa yjyouv eîç xà II '. On lit aussi dans la relation que donne ce livre de l'inauguration d'Anastase (491), que le nouvel empereur, ayant revêtu le costume impérial dans le tridinium où les sénateurs font leur cour à l'empereur lorsqu'il y a des ^courses (le palais du Cathisma) , entra dans le Cathisma, et que les chefs des troupes se tinrent au-dessous dans le Stama ^.

* Descript. urbîs ConsU

^ De cer. auL Byz,, lib. I, cap. lxyiu, g 3 et 4, p. 305.

* De cer. auL Byz.j lib. I, cap. lxix, p. 310.

* De cer, auL Byz., lib. I, cap. xcxii, p. 423.

Un monument encore subsistant, quoique fort dégradé, vient justifier les dispositions que les auteurs nous avaient indiquées pour la tribune des jeux. Chacune des faces du piédestal qui porte Tobélisque de granit, érigé par Théodose au milieu du Cirque, est enrichie d'un bas-relief qui représente cet empereur assistant aux jeux du Cirque dans le Cathisma ' . On voit par ces bas-reliefs que la tribune des jeux est divisée en deux étages. Au centre de Tétage supérieur se trouve la plate-forme sur laquelle est placé Fempereur sur son trône ; à droite et à gauche du trône, une loge où sont des dignitah*es revêtus de la toge. Dans Féfage inférieur, le Stama, se tiennent divers personnages. Cet étage inférieur est encore assez élevé au-dessus du sol du Cirque, qui est reproduit avec ses principaux monuments sur le stylobate du piédestal^. Dans le bas-i^ef qui décore la face méridionale du piédestal existe un escaUer qui indique , autant qu'une sculpture en bas-relief pouvait le faira , qu'on descendait du Cathisma dans le Stama , et que cette partie inférieure de la tribune des jeux faisait saillie en avant. Les loges n'auraient pu contenir tous les sénateurs qui accompagnaient Tempereur lorsqu'il présidait aux jeux du Cinjue. £n effot , Marcellinus nous apprend dans sa Chronique que Justinien reconstruisit la tiibune des jeux , et qu'il fit , de chaque côté , des galeries où les sénateurs prenaient place suivant l'usage'. Ces galeries (p? 18, B) étaient donc étabUes sur la terrasse que nous avons figurée au-devant du palais du Cathisma (n^ 57) .

Nous avons dit qu'à droite et a gauche du Cathisma on trouvait des arcades qui formaient les entrées du Manganon, heu où les chevaux et les chars étaient renfermés avant la course. Lorsqu'il y^ avait des courses, le Manganarios, officier qui, d'après son nom, devait être chargé de la poHce du Manganon, établissait au-devant des arcades des barrières qui s'ouvraient au moment où le signal du départ était donné ^.

Le centre du champ de course était occupé, comme dans le Circus-Maximus de Rome, par une plate-forme de peu d'élévation et de peu de largeur *^, mais qui tenait en longueur ime assez grande étendue (n** 17, A à e). Les deux extrémités en étaient arrondies. A Rome, on donnait à cette plate-forme le nom de Spina, l'épine. On l'appelait ainsi parce que, comme l'épine du dos partage le corps de l'homme, de même elle partageait en deux le champ de course. Les deux extrémités de la plate-forme , sur lesquelles étaient placées les bornes, s'appelaient camptos, xa(X7iT^(;. L'extrémité septentrionale, qui était en face du trône de l'empereur (n*^ 17, D), portait le nom de camptos des bleus; l'extrémité opposée,

* D'Agim COURT {Hist. de Fart par les monuments) a donné, t. IV, sculpture, pi. 10, la gravure de ces ba»reliefs d'après les dessins d'un habile artiste, M. Fauvel; ils lui avaient été envoyés par M. le comte de Ghoiseul, ambassadeur de France à Gonstantinople. Ces bas-reliefs ont subi de nouvelles dégradations depuis l'exécution de ces dessins.

* Spon et Wheler, Voyage et Italie, de Grèce et du Levant, ont foui:ni la gravure de ce stylobate. T. l, p. 232 ; Lyon , 1678.

* Margellini comm. 111. Chronicon, p. 62. Lut. Paris., 1619.

* De cer, auL Byz,^ lib. I, cap. lxix, p. 310,

* « Humilis munis, n dit Bondelmonti.

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