‹ Le palais impérial de Constantinople et ses abords Sainte-Sophie, le ForumChapitre 42 sur 92 · SEPTENTRIONALE DE LA DEMEURE IMPÉRIALE · texte numérisé non relu

SEPTENTRIONALE DE LA DEMEURE IMPÉRIALE

Au delà de l'Héliacon du triclinium de la Magnaure, on trouvait la porte nommée Monothyros (n® 118) qui s'ouvrait sur le Forum, auprès du Sénat (n*^ 12) . C'est par là que sortirent les soldats de l'empereur Alexis pour s'emparer de l'oratoire de Saint-Jean-l'Évangéliste (n^ 6), du haut duquel ils combattirent les partisans du césar Jean qui occupaient l'abside orientale du Milliaire *. Cette porte, qui d'après son nom devait être à un seul battant, s'ouvrait rarement. C'est sans doute pai* là que sortait le patriarche, lorsque après avoir été reçu par l'empereur dans le Chrysotriclinium , il rentrait à Sainte-Sophie. On voit en eflfet dans le livre des Cérémonies*, qu'après cette réception le patriarche était reconduit par les officiers du palais jusqu'à la porte du Spatharicion (p9 66) ; de là , en traversant l'Héliacon de la Magnaure , il arrivait à la porte Monothyros et se trouvait très-près de son église. Il y avait près de cette porte un local où l'on gardait les chevaux des personnes qui étaient venues par là au palais ou qui attendaient l'empereur lorsqu'il devait sortir de ce côté. Ce local, qui portait le nom de Caballarios, ô KaSaXXàpioç *, était sans doute couvert comme l'Hippodrome du palais (n® 42), qui avait la même destination. Un péripatos à ciel ouvert, dallé en marbre (n*' 119), s'étendait depuis cette porte jusqu'à l'Héliacon du Phare (n® 105) ; il avait été établi par les ordres de l'empereur Basile le Macédonien.

Plusieurs édifices avaient été également construits par l'empereur Basile au delà de ce péripatos, vers le nord-est; c'était d'abord, dans l'endroit le plus élevé de la colline, un bâtiment que, pour cette raison, on appelait 'Aet^ç, l'Aigle (n® 121). On y voyait une

* De cer. auL Byz,, lib. I, cap. xxxix, p. 199 et 200. ' Voyez chap. II, J ii, p. 35.

' De cer. auL Byz.j lîb. I, cap. xiv, p. 96.

* De cer. aul. Byz.y lib. I, cap. i, et lib. II, cap. xiu, p. 6 et 557.

chapelle richement décorée qui était consacrée sous Finvocation de la Mère de Dieu. Plus bas, à l'ouest de TAétos, s'élevaient plusieurs constructions en forme de pyramide (n® 122), dans Tune desquelles était un oratoire également dédié à la sainte Vierge. Plus près du palais, Basile avait fait construire des bâtiments fort importants avec une grande solidité : le Trésor impérial, xà ©YjaaupoçuXaxetov (n** 123) ; le Garde-meuble, tô Beartdtptov (n® 124) , et le Bain du palais, tôv ^aaiXe^cov AourpcJv (n® 125), qui était vaste et merveilleusement décoré. Ce bain était au-dessus d'un endroit appelé Phiale, à cause d'une belle fontaine de marbre qui avait orné une station de la faction des bleus, établie dans cet endroit antérieurement au règne de Basile K On trouvait sur la colline, au nord du palais, d'autres bâtiments. Une construction antique existe encore en cet endroit , elle est indiquée au plan de Melling et dans la carte de Kauffer j nous l'avons tracée sur notre plan sous le n^ 126 à la place marquée par ces auteurs.

Descendons maintenant dans la plaine qui régnait entre la mer et le pied de la colline sur laquelle était bâti le grand palais de Constantin.

En sortant de l'Héliacon du Phare (n° 105) par la porte située au nord, on trouvait, comme nous l'avons déjà dit , deux chemins : à gauche , le Péripatos , qui se prolongeait jusqu'au Forum ; à droite , une autre voie qui descendait vers la plaine et qu'on appelait la Descente du Boucoléon (n** 127). Si après avoir fait quelques pas sur cette descente on la quittait en tournant à droite, on descendait par un escalier (p? 127, A) vers le narthex de la Nouvelle-église-basilique (n® 128).

La situation que nous avons donnée à cette église est justifiée par plusieurs documents. « Basile éleva près du palais, du côté de l'orient, dit Luitprand, une église qu'on- appelle » Neav, c'est-à-dire Nouvelle*. » Le livre des Cérémonies est plus précis dans la relation qu'il donne du cérémonial observé la veille de la fête de Saint-Elie : « L'empereur, appuyé » sur le patriarche, sort de l'église du Phare (n® 106) en traversant le milieu du Naos. » En passant par la porte qui conduit dans l'Héliacon (n° 105), il reçoit du Préposé le » cierge processionnal, puis traverse, avec la procession, l'Héliacon par le milieu, ainsi que » le petit porche de la porte à un seul battant (n® 105, A), descend la pente du Bou- » coléon, et tournant à droite, il descend vers le narthex de la Nouvelle-gi^de-église*. » Plus loin, dans le même cérémonial , on dit que ce narthex est situé en face de la mer ^, et

' CSoNST. PoRPHYR., De BosU. Mac,, lib. V, $ 90, ap. Scrip. posL Theoph.; Paris., p. 206; Bon.» p. 335. ' LuiTPRANDi Antapodosis, lib. I, $ x, ap. Pertz, Monum, Germ, hist., t. Y, p. 277.

* Decer. auL Byz.y lib. I, cap. xix, p. 117.

* Kax£lOcv lx6a(vovTiç tU tov irpbç tJjv OoXaaaav vapO^ixa, de là sortant dans le narthex qui est tourné vers la mer (lib. I, cap. xix, p. 118). Reisk a traduit : Abeunt inde ad nartbecem qui prope mare, seu cavum

Ton yerra dans la description qui ya suivre que l'atrium de Téglise qui précédait le nartliex était situé à Toccident.

L*empereur Basile le Macédonien (7886) avait fait coustruire cette église avec une grande magnificence, c'était certainement le plus beau des nombreux édifices qu'il avait fait bâtir. Constantin Porphyrogénète, dans ]a vie de son aïeul, et le patriarche Photius ont laissé des descriptions de ce temple splendide. Ces deux descriptions se complètent Tune l'autre, et nous nous bornerons, pour le moment, à traduire ces deux auteurs, en mettant seulement en ordre les deux narrations. Constantin conunence ainsi :

(( Comme témoignage de sa gratitude envers N. S. Jésus-Christ et saint Gabriel, chef » des mihces célestes, et envers le zélé serriteur de Dieu Elie Thesbite, qui avait annoncé M à la mère de l'empereur l'élévation de son fils au trône, afin d'éterniser leur nom et leur M souvenir, comme aussi celui de la Mère de Dieu et de cet illustre prélat saint ]\icolas, « Basile éleva une ^lise (la Xouvelle-église-basilique) d'une beauté divine, a Tédification » de laquelle concoururent l'art, la richesse, la foi fer>'ente et le zèle te plus ardent, » et où se concentrèrent tant de perfections rassemblées de toutes parts qu'il faut les avoir » vues pour y croire. Cette église, il la présenta au Christ son immortel Epoux, comme )) une fiancée toute parée et embelUe par les perles fines, l'or, l'éclat de l'argent, les mar- » bres chatoyants aux mille nuances, les mosaïques et les tissus de soie '.

» A l'occident, dans l'atrium même de l'église (n^ 128, A) , se trouvent deux fontaines, » l'une du côté du sud, l'autre du coté du nord, dans lesquelles l'excellence de l'art s'unit » à la richesse de la matière ; elles témoignent de la magnificence de celui qui les fit exé- » cuter. La première est faite de ce marbre d'Egypte que nous sommes dans l'usage » d'appeler marbre romain. Autour, on voit des dragons admirablement traités par l'art du » sculpteur. Au milieu s'élève une pomme de pin percée à jour; tout autour sont rangées, » comme des danseuses en rond, des colonnettes creusées à l'intérieur, surmontées d'une » corniche : l'eau s'élançait en jet de cette ponune de pin et de ces colonnettes dans le fond » du bassin , et arrosait tout ce qui se trouvait au-dessous. La fontaine du nord est raite de » la pierre dite Sagarienne , qui ressemble à celle que d'autres appellent Ostrite ; elle a » aussi une pomme de pin de marbre blanc qui s'élève tout a fait au milieu et qui est » percée de trous. Sur la corniche qui borde le sommet du bassin , l'artiste a placé des )) coqs, des boucs et des béliers de bronze qui lancent par des tuyaux et vomissent, si » je puis parler ainsi, de l'eau dans le fond du bassin'.

recessum sacrae meosae est, en donnant à OoXavasv l'acception de mer dans le sens de la pierre sacrée qui existait au centre des autels et qui, en effet, chez les Grecs, portait le nom de OoXaova. C'est évidemment là une erreur, et pour s'en convaincre il suffit de savoir que le narthex, vestibule des églises, ordinairement tourné vers l'occident, est précisément situé à l'opposite de l'autel, qui est placé au fond de l'édifice, dans le sanctuaire élevé vers l'orient.

* Constant, uip., Historia de vita et rehus gesiis Basilii imp., ap. ScripU posi Theoph,, lib. Y^ S ^9 Pans., p. 200; Bon., p. 325.

^ Constant, imp., Historia de vita Basilii, ap. Script, post Theoph., lib. Y, 885; Paris., p. 201; Bon., p. 327.

» Les portiques extérieurs de Téglise, xà irpoiniXata, sont décorés avec une grande magoi* )) ficence. Les tablettes de marbre blanc qui en forment le revêtement brillent d'un éclat )) enchanteur et présentent à Tœil comme un tout homogène ; car la délicatesse de Tagen* » cément dissimule la juxtaposition des pièces et la jonction des côtés , et fait croire à une n seule pierre qui serait sillonnée de lignes droites. C'est une séduisante nouveauté qui » tient enchaînée l'imagination du spectateur; sa vue en est tellement charmée et s'y » attache à un tel point, qu'il n'ose s'avancer vers l'intérieur *.

)) L'or et l'argent se partagent presque tout l'intérieur de l'église. Tantôt ces métaux )) sont appliqués sur le verre des mosaïques , tantôt ils sont étendus en plaques , tantôt ils » entrent en composition avec d'autres matières. Les parties de l'église que l'or n'enchâsse » pas ou que l'argent n'a pas envahies, trouvent leur ornementation dans un curieux » travail de marbre de diverses couleurs^. Les murs à droite et à gauche en sont revêtus. n La clôture qui sert de fermeture au sanctuaire ', les colonnes qui s'élèvent au-dessus et )> l'architrave qui les unit, les sièges disposés à l'intérieur, les marches qui y conduisent et n les saintes tables , tout est d'argent doré reliaussé de pierres précieuses et de perles de la » plus belle eau^. Quant à l'autel sur lequel se célèbre le saint sacrifice, il est d'une com- )> position plus précieuse que l'or. Le ciborium qui s'élève au-dessus, ainsi que ses colonnes, M est aussi d'argent doré **.

M Le sol semble recouvert de brocarts de soie et de tapis de pourpre, tellement il est » embelli par les mille nuances des plaques de marbre dont il est formé, par l'aspect varié » des bandes de mosaïque dont ces plaques sont bordées, par l'agencement délicat des » compartiments, par la grâce en un mot qui règne dans tout ce travail •. On y a représenté » des animaux et mille choses les plus diverses ''•

» La voûte du temple, composée de cinq coupoles, resplendit d'or et de figures, comme » le firmament d'étoiles*. On a reproduit dans la coupole principale la forme humaine du )> Christ rendue par une mosaïque pleine d'éclat. Vous diriez que Notre Seigneur embrasse » le monde dans ses regards et qu'il en médite l'ordonnance et le gouvernement, tant

* Photii Novœ eccL descript.; Bon., p. 197.

' Photii Novœ eccL descript; Bon., p. 196.

* Dans les égalises gp*ecques, Fautel sur lequel se faisait le saint sacrifice était renfermé dans un sanctuaire, Ti Btjjia , le plus ordinairement disposé en forme d'abside. Ce Béma était séparé du chœur par une clôture plus ou moins impénétrable, qui se composait ordinairement d'un soubassement surmonté de colonnes unies entre elles par une architrave; trois portes étaient ouvertes dans cette clôture, dont l'ornementation était en général très-riche. On donnait à cette construction le nom de Kiy^XCç, et l'on se servait généralement pour la désigner du pluriel KiyxXi^cç, en latin Gancelli.

* Constant, imp., Historia de vita Basilii, ap. Script, posi Theoph., lib. V, S 84; Paris., p. 200; Bon., p. 326. ' Photii Novœ ecci. descript, p. 196.

' Constant, imp., Historia de vita Basil,, loc. cit., S 84. ' Photii Novœ eccL descript,, p. 198.

* Constant, imp., Vita Basil,, loc. cit.

» Fartiste inspiré par son sujet a mis d'exactitude à rendre, par les formes et par les cou- » leurs, la sollicitude du Créateur pour sa créature! Dans les compartiments circulaires, » on voit une troupe d'anges rangés autour de leur maître commun. Dans Tabside, à^, » qui s'élève derrière le sanctuaire, rayonne la figure de la Sainte Vierge étendant ses n mains immaculées sur nous et intercédant pour le salut de l'empereur et pour son » triomphe sur ses ennemis. Un chœur d'apôtres, de martyrs, de prophètes et de » patriarches, remplit et embellit l'église entière ^ Le toit, en dehors, est revêtu de n plaqpes de bronze semblable à l'or'. Tel est ce temple dont l'ornementation intérieure, n autant qu'il est possible de peindre de grandes choses en peu de mots, éblouit les regards » et frappe l'imagination *. n

Indépendamment des grandes portes qui s'ouvraient sur le narthex à l'occident, l'éghse avait enoore deux portes. Tune au n<H*d , l'autre au sud du côté de la mer. En sortant par ces portes, on trouvait, de chaque côté, une longue galerie couverte, [xoxpàc icepCitocroç (n^ 129). Ces deux galeries de même longueur, après s'être étendues sur un certain espace au nord et au sud, se dirigeaient vers l'orient et se prolcmgeaient jusqu'au vaste emplacement à ciel ouvert qui recevait le nom de Tzycanistérion. La voûte des deux galeries était enrichie de peintures en mosaïque représentant les luttes et les combats des martyrs ^.

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