LE PALAIS DE DAPHNÉ
Nous allons passer à ce qui a rapport à la seconde partie du palais, à laquelle on donnait le nom de Daphné.
L'entrée principale était située en face de la porte nord-est du grand Hippodrome ; elle était fermée, ainsi que nous l'avons déjà dit, par une porte de fer (n^ 39) .
On entrait par cette porte dans une vaste cour (nP 41) qui se trouvait au-dessous du triclinium des Dix-neuf-lits (p? 38), ou pour mieux dire au-dessous du Péripatos du palais (n® 52), qui longeait ce triclinium. Un passage du livre des Cérémonies, en conr firmant ce que nous venons de dire dans le paragraphe précédent, indique bien cette cour sans cependant la nommer. L'empereur, après avoir présidé aux jeux du Cirque dans le Cathisma (n^ 18 et 19), revient dans le salon octogone du palais de Daphné (n^ 50), puis de cette salle il va dans le triclinium des Dix- neuf- lits (n^ 38), où il donne un grand repas ; ce nos frères en Jésus-Christ » (le peuple) , ajoute le rédacteur du Cérémonial, « stationnent dans un lieu au-dessous des Dix-neuf-lits, dç Se tobç xdcTco dbcouShouç
De la cour de Daphné on devait communiquer par un escalier (pP 53) au Péripatos du palais (n® 52). Dans plusieurs circonstances, en efïet, de grands dignitaires, qui viennent de recevoir leur promotion de l'empereur dans le Chrysotriclinium , sortent du Palais-sacré par les Scyla (n® 110) et s'en vont à Saint-Étienne (n° 54), après avoir passé par l'Hippodrome du palais (n® 42) . Ainsi un patrice promu sort par les Scyla et va à Saint-Étienne; après avoir prié et allumé les cierges, il en sort, traverse l'Hippodrome
* De cer. oui. Byz., lib. I, cap. ix, p. 62.
L'HIPPODROMIOS. 131
et la Thermastra (dont les portes sont indiquées au n*> 58) , et s'en Ta dans le Gonsistorion (n® 32). Dans une autre circonstance, le président du Sénat est revêtu de son costume dans Saint-Etienne; puis, accompagné d'un grand nombre de dignitaires, il en sort pour aller au Palais-sacré; il trouve sur sa route les maîtres et les juges assis dans l'Hippodrome du palais ; ensuite il entre par les Scyla , et est reçu à l'entrée du tridinium de Justinien (n^ 109) ^ L'itinéraire de ces magistrats à travers le palais est bien indiqué et &it voir qu'il y avait une communication entre l'Hippodrome du palais et Saint- Etienne. Cette communication ne pouvant avoir lieu que par la cour de Daphné et le Péripatos qui joignait Saint-Etienne au palais de Daphné ; le moyen de communication devait être un escalier, puisque de l'Hippodromios on n'arrivait à ce palais qu'après avoir monté un escalier, ainsi qu'on le verra plus loin.
De la cour de Daphné, on passait dans l'Hippodrome du palais (n^ 42), ô \TŒ6Bpo[koç év Tcji iraXaT^cj)', qu'on appelait aussi l'Hippodrome couvert, ô ïiru^SpofAoç (nceicoor^ç , par opposition au grand Hippodrome des courses, qui était à ciel ouvert.
Le récit de l'arrivée de l'empereur Théophile au palais, dont nous avons déjà fait mention, justifie trop bien l'existence de ces deux localités, pour que nous hésitions à le transcrire ici de nouveau. Théophile arrivant à cheval, (c s'avança dans l'Hippo* » drome à ciel ouvert, dç xàv à(7xiiia(7Tov linrdSpo[iLov , et passant au-dessous du Gathisma M (n^ 18 et 19), il descendit à travers Daphné dans l'Hippodrome couvert qui est u plus bas, tlç Tàv xàTco (Txeuaoràv linrdSpo[xov, et, descendant de cheval, il entra par les M Scyla (n^ 110) dans le palais*. » Ainsi, après être entré à cheval dans Daphné, il va plus bas en descendre dans l'Hippodrome couvert. Son entrée à cheval indique bien une cour, et comme le terrain allait toujours en descendant vers la mer, l'expression de xdcTo) constate que l'Hippodrome du palais était situé au delà de la cour de Daphné vers la mer, c'est-à-dire au midi.
Dans quelques passages du livre des Cérémonies, où l'auteur doit faire mention, dans la même phrase, du grand Cirque et de l'Hippodrome du palais, il se sert du mot linroSpopLfoç pour désigner cette localité , et réserve le mot linroSprfjxoç pour le Cirque des courses *, mais cette distinction n'est pas généralement faite. Cependant , pour peu qu'on fasse attention aux circonstances dans lesquelles le mot Hippodrome est employé, on ne saurait confondre l'Hippodrome du palais avec l'Hippodrome des courses. Les traducteurs et les commentateurs qui ne connaissent pas l'Hippodrome du palais ont souvent fait confusion. Nous avons adopté ce nom d'Hippodromios , qu'on peut traduire par le petit Hippodrome , parce qu'il distingue bien l'espace couvert (n® 42) qui suivait la cour de Daphné de l'Hippodrome des courses.
* De cer, auL Byz., lib. I, cap. xltiii, p. 249, et cap. xgtu, p. 441.
* GoDiN., De œdificus; Paris., p. 51; Bon., p. 101. ' De cer. oui. Byz,, appendix ad lib. 1, p. 507.
* De cer, auL Byz,, lib. I, cap. xi, p. 87, et cap. xcvu, p. 442.
G^est dans rHippodromioe que descendaient de cheval et que se réunissaient les personnes qui devaient entrer dans le Palais-sacré par le vestibule des Scyla (n^ 110) ou attendre l'empereur à sa sortie par ce vestibule. Le livre des Cérémonies en fournit voie foule d'exemples.
Le jour de la fête des Rameaux , a tous s'avancent dans le palais à travers THippo-* » drome, et le concierge ayant ouvert les portes, le Préposé, les patrices et les officiers
» du palais entrent , et la procession s'organise dans le triclinium de Justinien
» (n® 109) ^ » Dans le cérémonial prescrit, lorsque l'empereur va à l'église Saint* Serge en traversant le grand Hippodrome , on dit : a L'empereur sort par les Scyla ; » les Candidats, les Scribes et les Mandatorès qui doivent l'accompagner lorsqu'il n s'avancera dans l'Hippodrome (le Cirque), attendent dans l'Hippodromios , év t$ tt linroSpoiJLfc^ (l'Hippodrome couvert)* L'empereur sort dans l'Hippodrome, èv t({> lu* » icoSp^fJUp, accompagné par eux tous, et le traverse; cependant la foule, qui remplit » l'Hippodrome, acclame l'empereur qui entre à Saint* Serge par les anciens bu-
» reaux'. »
On voit , par ces citations, qu'on passait de l'Hippodromios dans les Scyla, première pièce ou vestibule du Palais-sacré. La communication avait lieu par lui escalier dont nous parlerons plus loin.
On pouvait encore aller de l'Hippodromios au Palais-sacré par les galeries de Daphné et la Phiale mystérieuse du Triconque (n^ 44, 60 et 61). Dans ce cas, on montait de l'Hippodromios dans les galeries de Daplmé par un escalier fermé sur l'Hippodro* mios par une porte qu'on nommait porte d'ivoire (n^ 43), parce que, sans doute, elle était enrichie de sculptures exécutées sur cette belle matière.
Le livre des Cérémonies, en rendant compte des fêtes du Broumalion, dit que les chefs des quatre cohortes prétoriennes et beaucoup d'autres fonctionnaires s'assemblent dans l'Hippodrome, et lorsque tous sont réunis « ils s'avancent et montent par la porte » d'ivoire, àvipj^ovrai Bià t^ç 0<t<fccnlvr^ç ^ et ils entrent, après avoir formé le cortège tt dans le lieu ordinaire; chacun se place à son rang* Ensuite ils descendent, xorép- » j^ovrai , et entrent dans la Phiale mystérieuse du Triconque *. »
On voit, par la citation qui précède, que les divers fonctionnaires réunis en pro» cession dans l'Hippodromios, après avoir monté l'escalier de la porte d'ivoire (n^ 43), étaient arrivés dans un lieu qui les avait conduits vers un autre escalier (n^ 59) qu'ils avaient descendu pour entrer dans la Phiale mystérieuse du Triconque (n^ 61). Ce lieu ne pouvait être que les galeries de Daphné (n^ 44), auxquelles le livre des Céré* monies donne le plus souvent le nom de Daphné tout court , i^ ^éfYr^ , et qu'il désigne
' De cer. oui, Byz., lib. I, cap.,xxzït, p. 171.
' De cer, auL Byz., lib. I, cap. xi , p. 87.
' De cer, oui, Byz,, lib. II, cap. xviii, p. 600.