STATUE ÉQUESTRE DE JUSTINIEN
siècle, qui a écrit sur les antiquités de ConstantiDople, dit que cet oratoire avait été construit très-près du MOliaire, mais en dehors des voûtes de ce monument \ Constantin Porphyrogénète nous apprend que Toratoire Saint-Jean FEvangéliste se trouvait près de Tçntrée du palais à laquelle on donnait le nom de Monothyros '. Cette entrée (n^ 118) s'ouvrait sur le Forum, près du Sénat, comme on le verra dans la description du palais» Enfin Nicétas, dans sa narration du combat livré (1182) dans le Forum par les troupes de l'empereur Alexis à celles du césar, qui était venu attaquer le palais, ne nous laisse aucun doute sur l'emplacement qu'occupait l'oratoire Saint-Jean. Les soldats du césar s'étaient emparés du Milliaire, et, du haut de l'arcade orientale, ils lançaient des flèches contre les impériaux ; mais ceux-ci, dit notre auteur, s'étant, dès le point du jour, élancés hors du pakis et ayant occupé cet oratoire, finirent par déloger leurs adversaires de l'arcade du Milliaire et par s'en emparer'* Du texte des auteurs, il résulte donc que l'oratoire Saint-Jean était édifié dans le Forum en dehors des murs du palais, et qu'il faisait face au MiUiaire, puisque les impériaux, lançant des flèches du haut de cet oratoire, obligèrent les soldats du césar à l'abandonner.
Ce petit monument avait été construit dans un endroit du Forum qui recevait le nom de Diippion, a cause de deux statues de chevaux que Pliocas y avait placées^, et de là le monument lui-même reçut le nom de Diippion '^^
Parmi les monuments de la statuaire dont le Forum était enrichi , le plus important de tous était la statue écjuestre, en bronze, de Justinien (n^ 4) . Elle était érigée en face du palais du Sénat, sur un piédestal revêtu de bronze et élevé au-dessus de sept degrés de marbre blanc'. Le cheval, d'un admirable modèle, était tourné vers l'orient. Procope, qui nous fournit ces renseignements , fait ainsi la description de la statue : « Sur ce cheval » de bronze s'élève la statue colossale de l'empereur, également en bronze; elle est » remarquable par son costume, qui est celui d'Achille; ses brodequins ne couvrent » pas le talon; sa cuirasse est celle que portent les héros; sa tête est couverte d'un » casque Il a le visage tourné vers l'orient'', comme pour marcher contre les Perses»
* AntiquiU Constcmt.^ ap. Banduri, Imp, Orient,^ lib. I, p. 11.
' Constant. Porphtr.^ De Basilis. Maced.j ap. Script, post Theoph.; Paris., p. 207; Bon., p. 336.
* NiCETiB Hîstoria, de Alexio Manuelis fiL\ Paris., p. 153; Bon., p. 307.
* Anonth., ap. Banduri, loc. cit.
* NiGETAS, loc. cit.
* Pachtmeris Descripu Augtist.^ ap. Banduri, AnL Const.^ lib. YI, p. 114. Imp, Orient
' Dans la coupe que M. de Salzenberg; a donnée de l'égalise de Sainte-Sophie dans les planches 9 et 10 de son grand ouvrage, AU'CknstUche Baudenkmale von Constantinopel, il a placé la statue de Justinien dans l'atrium même de l'église qui précède l'exonarthex, et cependant tous les auteurs sont d'accord, comme on l'a vu, que cette statue s'élevait dans l'Augustéon. Ce qui a pu induire M. de Salzenberg en erreur, c'est que Zonaras dit qu'elle élait élevée Iv tÇ irpo<xu>i(p tou ixe^aXou vaoÛ, dans la cour en avant de la grande église; mais il est constant, ainsi que Du Gange le &it remarquer {Const. christ.^ lib. I, S 23, et lib. 111, S 24), que l'Augustéon était considéré comme le principal atrium de Sainte-Sophie. Tous les auteurs sont également d'accord sur ce point, que la tête de Justinien était tournée vers l'orient, en sorte qu il semblait menacer les Perses et
)) n tient un globe de la main gauche et étend la main droite vers Forient pour
» commander aux barbares de ne pas sortir de leurs limites ^ » Cette statue avait pris la place d'une statue d'argent de Théodose le Grand, pesant 7,400 livres, que Justinien avait fait fondre'. Bondelmonti dit que le piédestal de la statue n'avait pas moiqs de soixante^-dix coudées (environ traite et un mètres) de hauteur '. Lorsque Gylli visita Gonstantinople, ce piédestal isubsistait encore, mais la statue, brisée en morceaux, avait été portée à la fonderie , où il en vit encore quelques pièces : la jambe de Fhomme était plus haute que lui, et le nez avait plus de neuf pouces; il put mesurer le sabot du cheval qui avait aussi neuf pouces *. D'après ces renseignements, on peut juger que cette statue était d'une très-grande proportion. L'emplacement que nous lui avons donné est par^ faitement justifié par les auteurs. Procope nous a appris qu'elle était élevée dans l'Augustéon en face du palais du Sénat. Bondelmonti, qui avait encore vu k statue sur son pédestal, lors de son voyage a Gonstantinople en 1422, la place en dehors de l'église, au midi ; Pierre Gylli , qui n'avait plus trouvé debout que le piédestal , est plus précis ; il en fixe l'emplacement non loin de l'angle de l'église Sainte -Sophie qui regarde l'occident'.
Nous avons déjà parlé de la colonne de Constantin (n^ 5) , qui devait se trouver plus bas que le Milliaire, vers le sud, puisqu'en venant de Sainte-Sophie l'empereur traversait le MilUaire avant d'y parvenir. Gette colonne, en porphyre, était érigée en face de la chapelle Saint - Gonstantin sur un piédestal de marbre placé en haut de {Jusieurs degrés; elle portait une croix ^. L'Anonyme parie d'une croix élevée dans le Forum, et sur le milieu de laquelle on lisait : ""Aytoc, ^^ytoc, ^'Aytoç, Saint,
marclier contre eux. Dans les planches indiquées, M. de Salzenberç a cependant tourné la statue de Justinien vers Toccident. Son erreur est venue sans doute de ce que dans la description de Gonstantinople par Bondelmonti que Du Gange a fait imprimer à la suite de l'historien Ginname (Paris, 1670, p. 179), on lit : tt Ad occidentem cum deztra minatur. » Bondelmonti avait vu la statue, et cette contradiction avec tous les auteurs anciens depuis Procope nous a paru si singulière, que nous avons dû consulter le manuscrit de Bondelmonti que Du Gange a fait imprimer; or nous avons vu que ce manuscrit, conservé à la Bibliothèque impériale (ancien fonds latin, n? 4825, f> 36), porte u ad orientem » et non « ad occidentem n , comme l'a imprimé Du Gange; Bondelmonti est donc d'accord avec les écrivains byzantins. Gette faute de transcription ou de typographie est la seule cause de l'erreur de M. de Salzenbei^.
*• Procop., De œdificusy lib. I, cap. ii; Paris., p. 10; Bon., p. 181.
' JoH. ZoNAR£ Comp. hùtor. Basilœ, 1557, t. III, p. 5.
* Celui des manuscrits de Bondelmonti que Du Gange a publié à la suite de l'historien Ginname (Bibl. impér., ancien fonds latin, n*4825) porte bien <c septingentorum cubitorum alta videtur»^ mais il est évident qu'un piédestal qui supportait une statue équestre colossale ne pouvait avoir 700 coudées (environ 310 mètres) de hauteur. La leçon en efiet est mauvaise; c'est « septuaginta » qu'il faut lire; c'est ce mot qui est écrit dans un autre manuscrit de Bondelmonti, appartenant aussi à la Bibliothèque impériale, ancien fonds latin, n® 4824. On lit « septuagintorum n dans un troisième manuscrit n® 4823.
* Pet. Gyllii De (opog, ConstantinopoL^ lib. II, cap. xvii, ap. Banduri, Imp. Orient.^ t. I, p. 381.
* Idem^ loc. cit.
* De cer. auL Byz,^ lib. I, cap. i, % 23; cap. xxx, % 2; et lib. II, cap. xix, p. 28, 164, 609 et 610.