HOTEL DU GOUVERNEMENT
^^ Québec, 17 juin 1884.
^' Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames et Messieurs,
" L'acte que nous venons de faire, en posant solennellement la première pierre de
rédifice de notre nouveau Parlement est d'une haute importance. La province de Québec a voulu affirmer une fois de plus son autonomie par son représentant officiel.
" En eflfot, quel est cet édifice djnt nous venons de solenniser l'érection ? C'est le Palais Législatif où les représentants de notre province sont appelés à délibérer et à légif rer en son nom et pjur elle.
^' Là seront agitées les questions les plus importantes pour sa prospérité, sa stabilité et sa grandeur.
'^Là, tous les problèmes de son aveuir seront discutés et résolus. Là, tous sis intérêts les plus chers au point de vue social et religieux devront être sauvegardés. Et ce seront ses propres enfants qui présideront à ses propres destinées.
" Ce seront les reprôseutants qu'elle aura choi-is, qu'elle aura investis de sa confiance, qui travailleront à lui faire des lois et à maintenir son gouvernement. En un mot, ce Palais Législatif sera le sanctuaire de notre autonomie provinciale.
"L'autonomie provinciale, Messieurs, c'est une bien grande chose, une prérogative bien précieuse, dont nous ne saurions être trop jaloux. Elle est notre sauvegarde et notre palladium. Il est bon qu'il y ait à Ottawa un gouvernement central, puissant et respecté, qui groupe les forces éparses, qui serve de lien entre les provinces de l'empire canadien, qui donne l'impulsion aux grandes entreprises, qui encourage l'industrie, le commerce, la navigation, qui ait la force, le prestige et les ressources nécessaires pour représenter dignement notre pays dans le concert des nations ; mais, à côté de ce pouvoir central, il est hjii aussi qu'il y ait le pouvoir local, qui, agissant dans une sphère plus restreinte, ait, si je puis m'exprimer ainsi, une juridiction plus intime, et exerce sa surveillance et sa direction sur les éléments qui constituent la base même de notre ordre social : la propriéto, les lois civiles, l'organisation municipale, Téd icatioii, etc. Cette aut )nomie nous a été pleinement garantie par l'Acte de la CjnfHérati )a, qii a
ainsi consacré le principe de la décentralisation gouvernementale.
** La province de Québec, plus qu'aucune autre, doit tenir à ce principe tutélaire, et elle y tient.
"Sans doute, comme on Ta dit, il serait plus commode et moins coûteux de n'avoir qu'un gouvernement et une administration.
Mais, s'il est vrai que nous aurions moins à payer, nous serions aussi moins maîtres chez nous, et moins en état de contrôler nos affaires de famille. Notre province a compris cela et n'a rien épargné pour assurer la perpétuité de ses institutions locales. Elle s'est généreusement imposé les sacrifices nécessaires à cette fin, et la construction de l'édifice oîi se trouvent actuellement les bureaux publics et le nouveau Palais Législatif, en est une preuve évidente.
"A ceux qui demanderont désormais si la province de Québec est attachée à ses institutions et à son autonomie provinciale, on pourra répondre :
" Allez visiter les édifices publics qu'elle
a construits dans sa capitale, et vous ver- " rez qu'elle entend conserver ce self-govem- " ment qu'elle a conquis après un siècle de " luttes et de combats."
" J'avais donc raison de dire que la pose de la première pierre de notre Palais Législatif est pour nous un événement important.
" J'espère que cet édifice verra toujours s'élaborer des mesures pratiques; que les assemblées qui s'y réuniront sauront s'inspirer des traditions nationales; que l'amour de la patrie ne cessera jamais d'être leur mobile et leur guide, et que le respect de la justice et du droit présidera à leurs délibérations. Je souhaite enfin que toutes les lois qu'elles édicteront aient pour but et pour résultat le bonheur, la prospérité et la gloire de notre chère province."
Voici la liste complète des objets qui ont été déposés dans la pierre de fondation du Palais Législatif: