‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 157 sur 301 · CHAPITRE YII · texte numérisé non relu

CHAPITRE YII

Los dettes du Régent. — Exemples de sa générosité. — Dépenses qu'il fit au Palais-Royal en constructions nouvelles et en embellissements. Les architectes qu'il employa: Oppenordt, Cartaud, Legrand et Louis .lu. — Le Château-d'Eau de Robert de Cotte. — Histoire de la collection de tableaux réunie par le duc d'Orléans. Scs premières acquisitions; interminables négociations pour l’achat des tableaux provenant de Christine de Suède. Comment ces chefs-d’œuvre furent amenés en France en 1721. — La collection des médailles formée par la princesse Elisabeth- Charlotte, puis augmentée par le duc d’Orléans. Œuvres principales. Prix auquel elle fut estimée à la mort de ce dernier. — Argenterie du Régent; comment l’emploi en était réglé au Palais-Royal. — Les tapisseries; comparaison de leur estimation de 1701 à 1723. — Description des appartements; meubles qui décoraient la chambre du prince; goût de celui-ci pour les tentures cramoisi. — Le salon d’Oppenordt. — La Galerie d’Énée et les peintures d’Ant. Coypel. — Les écuries du Régent; nombre et prix des chevaux, luxe des carrosses, etc.

algré tous ses revenus, le Régent laissa, à sa mort, huit millions et demi de dettes. Ce détail, assez inattendu, étant donné le chiffre colossal de ses revenus, m’est fourni par une note manuscrite de sou chancelier d’Àrgenson, conservée à la Bibliothèque de l’Arsenal1. Il cesse de surprendre quand on voit avec quelle générosité le duc d’Orléans traita constamment les membres de sa famille, ses amis, ses serviteurs, ses maîtresses, et qu’on pense a tout ce que durent lui coûter ses

1. Elle est intitulée : Parallèle de la situation de la maison d’Orléans, du 1er janvier 17 24 au 1er janvier 17 ül. Le comte d’Argenson, au moment de céder sa charge à son frère, tenait à établir qu’il avait su bien administrer la fortune de la famille d’Orléans. Cf. Bibliothèque de l’Arsenal. Manuscrit, vol. Ix'iib, f' 277.

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acquisitions incessantes de tableaux, d’objets d’art, de meubles, les constructions qu’il fit élever, les embellissements du Palais- Royal, enfin son train de maison véritablement prodigieux. Avec son caractère faillie et à tel point débonnaire, dit Saint-Simon, qu’il était incapable de jamais opposer un refus à une demande quelconque, il combla de bienfaits tous ceux qui l’approchèrent. Sans parler de ses filles, qu’il dota royalement, de sa femme et de sa mère, avantagées par lui avec magnificence, il sema l’argent avec la plus prodigue insouciance dans toutes les occasions où l’on fit appel à sa bourse. Madame nous apprend, dans sa Correspondance, qu’il donna «des millions» à son ami Nocé. 11 fit également des largesses à ses autres roués. Lorsqu’il eut la concession du canal d’Orléans, ce fut une incroyable distribution de rentes autour de lui, rentes qu’on racheta ensuite aux bénéficiaires en bons deniers comptants, ainsi que le prouvent les papiers cités dans Y Inventaire après décès du prince. La liste en est longue; on y trouve les noms de scs domestiques, de ses fournisseurs, de scs familiers : François Millet, le tapissier du Palais-Royal, y figure pour i5o livres de rentes, à côté d’Ibagnet, le concierge1; de François Chevalier, maître de mathématiques (5oo livres de rentes); de Nicolas Legrand, tailleur (Goo livres), etc. Montrant en toutes circonstances un désintéressement absolu, le duc d’Orléans, s’il donnait beaucoup, n’aimait pas à accepter. Il ne voulut point, nous dit sa mère, toucher, durant sa régence, les deux millions d’honoraires qui lui étaient alloués pour ses fonctions. D’autre part, on le voit refuser le legs important du marquis d’Efïiat, qui n’était guère pourtant qu’une sorte de restitution. Le ministre Dubois lui donne-t-il par testament sa vaisselle d’argent, le prince 11e la garde qu’à condition d’en payer la valeur aux héritiers, et l’on constate, en effet, dans les registres de trésorerie de la famille, que la somme de 1 43, 265 livres fut versée à ceux-ci en trois termes, au mois de juin des années 17^0, 17,31 et 1732% pour cet objet. En résumé, la situation financière du Régent était si peu prospère vers l’année 1721, et il se trouvait à ce point gêné en ses affaires qu’il dut à plusieurs reprises vendre quelques terres importantes pour se procurer de l’argent. Son trésorier Hariague paya en billets (pour Goo, 000 livres) une partie des travaux du canal de Loing. Le duc d’Orléans alla même jusqu’à emprunter sur gages à des banquiers de Hollande. Au moment de la liquidation de sa succession, comme

1. Cet Ibagnet était un vieux serviteur dont le dévouement à la famille datait de longue date cl qui avait gardé son franc-parler avec le Régent, si l’on en croit la chronique. En effet, il voyait avec chagrin son maître se lancer dans la débauche et user sa santé dans les nocturnes soupers du Palais-Royal. Un jour que le Régent avait passé par sa porte, et que respectueusement Ibagnet l’avait précédé jusqu’à celle des orgies, le prince, qui était en train de rire, voulut le faire entrer: «Monseigneur, dit-il, mon service s’arrête ici; je ne vais pas en si mauvaise compagnie, et suis fâché de vous y voir. »

2. Archives nationales, Comptes de communauté de Philippe d'Orléans et de Marie -Françoise de Bourbon, son épouse. R 4, ioüü, f° 711).

LES COLLECTIONS DE TABLEAUX, OBJETS d’\RT, MEUBLES, ETC.

il fallait représenter les diamants qu’il avait remis en nantissement, Crozat avança la somme nécessaire, i 45, 066 livres, pour qu’on pût aller les reprendre ;i Amsterdam, et l’on dut rembourser, d’autre part, 178,476 livres au banquier

Peint par Titien Gravé par Leybold

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