‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 181 sur 301 · TII OM TRIS · texte numérisé non relu

TII OM TRIS

(Tableau de l’ancienne Galerie du Palais-Royal)

Chancellerie d’Orléans. En effet, c'est sur remplacement de l’hôtel La Roche- Guyon, devenu par la suite l’hôtel Montauban, que fut érigée cette dernière habitation. Or, les Comptes de dépenses du Régent nous apprennent que c’est au mois de juin 1719 qu’abandonnant ses anciennes écuries, le prince, pour en installer de nouvelles, acheta, au coin de la rue Yivienne et de la rue Neuvedes-Petits-Champs, l’hôtel Colbert, formé de la réunion des vieux hôtels Bautru et Vanel. La vente fut faite par la marquise de La Carte, qui le possédait depuis 1718, moyennant la somme de 280,000 livres, plus une chaîne d’or de 20,000 livres et 3, 800 livres de supplément pour les peintures qui ornaient encore cette gracieuse maison, construite jadis par Le Vau1.

Il y a là une date qui a son intérêt. Si ce n’est qu’en 1719 que le Régent renonça pour scs écuries à l’hôtel La Roche-Guyon, c’est que jusqu’à celte

1. Archives nationales : Succession du Régent. Comptes de communauté, etc. Ri, 1066, feuillet 620 verso.

époque celui-ci était resté debout, et, par conséquent, ce ne serait pas exactement sur les lieux qu'il occupait (pic Boffrand aurait pu bâtir la Chancellerie d’Orléans. Il est permis de supposer, à la vérité, qu’après la mort de Monsieur, son fils aurait pu avoir ses écuries ailleurs; mais, comme il n’y a nulle indication de ce genre dans les archives de la famille d’Orléans ni dans les comptes que j’ai dépouillés, l’hypothèse serait toute gratuite. Raison de plus pour admettre la conjecture formulée plus haut, à savoir que la Chancellerie d’Orléans, ou plutôt la maison construite par Bolïrand en 1704 pour la comtesse d’Argenton, dut être édifiée, sans doute, sur une partie seulement de la façade de l’ancien hôtel La Roche-Guyon.

Quoi qu’il en soit, l’immeuble acquis par le Régent pour y installer ses nouvelles écuries était dans un tel état de vétusté qu’il fallut y faire pour plus de 25o,ooo francs de réparations1. L’architecte Ju fut chargé de ce soin. 11 parvint à tirer si bien parti de remplacement qu’on put y loger aisément les cent chevaux et les nombreux équipages du prince, sans compter le personnel2. Il existe aux Archives nationales3 un plan 1res détaillé de celte construction, qui mesurait vingt-deux toises de large et quarante-cinq de profondeur. Dans une première cour était une remise pour les carrosses de grand luxe; dans une deuxième, beaucoup plus grande, se trouvaient les boxes pour les chevaux; une troisième, de douze mètres carrés environ, servait aux palefreniers pour les lavages et la toilette des équipages. Entourant ces cours, les bâtiments, qui comportaient un seul étage et un grenier, étaient occupés par les divers services, les chambres du personnel, la lingerie des pages, la sellerie, etc.

Les carrosses étaient de la plus grande richesse. On en pourra juger par la description des trois principaux que je donne ici, d’après X Inventaire :

38oo. Hem, l'ancien carosse du corps, le dedans garni d'un velours de Venise cramoisi, chamarré d'une grande frange à teste brodée, coins et ovales de broderie dans le pavillon, un motel au garde- franges, des frangeons dans les coutures, les poignées, cordons et tresses, le tout d'or; — deux coussins et un strapontin de même velours garni de frangeons et franges d'or; — quatre grands rideaux de damas cramoisi, garnis d'un large galon à jour et une teste double et dents d or; sept glaces, les goutières bordées d'un large galon d'or, des galons larges dessous

1 Ce chiffre est celui que donne l’architecte Legrand, lequel fixe à 382,120 livres la valeur représentée par l’hôtel des écuries dans l'Inventaire des biens du Régent.

3. On trouve, en effet, la noie suivante dans l'État de communauté (Archives nationales, R b ioG6, feuillet 700) : » La somme de 161,090 livres 9 sols 9 deniers payée au sieur Ju et à lui ordonnée à cause des ouvrages qu’il avait faits pour la construction des Ecuries de S. A. R. AL” le duc d Orléans, rue Vi vienne, suivant les arrêtés de son mémoire et l’ordonnance accordée sur ces arrêtes par S- A. R. Madame la duchesse d’Orléans, laquelle somme a été payée au sieur Ju, suivant l'acte du Ier février 1 72 G. »

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