‹ Le Palais-Royal d'après des documents inéditsChapitre 246 sur 301 · PROMENADE DU JARDIN DU PALAIS-ROYAL · texte numérisé non relu

PROMENADE DU JARDIN DU PALAIS-ROYAL

PHILIPPE-ÉGALITÉ

ce fut un amoncellement d’objets de tous genres, entassés en désordre, qu on adjugea à vils prix, par lots et précipitamment, bien que la dépense des chandelles allumées au cours des enchères ait monté à 107 francs. La foule bigarrée des acheteurs, composée surtout d’anciens fournisseurs de la famille

EXÉCUTION DE PHILIPPE - EGALITE SUR LA. PL ACE DE LA REVOLUTION (Dessin de l’époque. Bibliothèque nationale)

d’Orléans, de petits boutiquiers du quartier, de marchands de curiosités et de quelques Anglais attirés par les affiches et les placards répandus à profusion, s’arracha ces dépouilles princières. Les bouteilles de vins fins, dont étaient abondamment pourvues les caves, rencontrèrent facilement amateurs; mais il se trouva, au moment de la livraison, que certains vins étaient avariés. Il fallut rembourser au citoyen Boudin, qui en prit une grande quantité, la somme de 1,187 francs pour ceux qui étaient dans ce cas. De même pour «5o bouteilles de vins de Lagot et de la Côte- Rôtie », achetés i5i francs par «les citoyens Calmet et Pachet». La vente comprenait des boiseries, des panneaux et lambris, sculptés et dorés, qui avaient sans doute été arrachés des appartements du Palais-Royal; ils furent adjugés 4 , 3 1 3 francs à un certain Rivet. Un incident se produisit; c’est le seul qui soit mentionné dans le procèsverbal de la vente. Comme on mettait aux enchères un magnifique costume de hussard en argent doré et chamarré de broderie, pour lequel l’huissier -priseur demandait 750 francs, un homme du peuple fit un signe, et on le lui adjugea.

T. I. LE PALAIS- ROYAL

Mais, quand il fallut payer, plus personne; l’enchérisseur avait disparu. On dut porter ce bel uniforme à la Monnaie, qui n’en donna que « cinq cent soixantequatorze livres trois sols neuf deniers». Les écuries du duc d’Orléans avaient été vendues quelques mois avant le mobilier. Dès le io mai 1793, l’évaluation en avait été faite. Les chevaux, estimés seulement à la somme de 20,400 francs, avaient été livrés à l’Agence nationale des remontes1. Sur le produit total de la vente du mobilier, il y eut 46i,53o francs versés à la Trésorerie du duc d’Orléans pour ses créanciers; i5o,ooo francs à la Trésorerie nationale, et 12,286 francs aux Domaines nationaux.

Et l’architecte Louis, que devenait-il au milieu de cette tourmente? A chaque instant on avait besoin de lui pour régler soit les affaires de location, soit les questions de réparations ou autres, relevant de sa profession, et que lui seul pouvait trancher, ayant reçu du duc d’Orléans, par un acte du i3 janvier 1788, des pouvoirs spéciaux à cet effet. Les mandataires des créanciers le réclamaient à cor et à cri. Mais Louis restait introuvable. Vainement, on se rendait à son domicile, rue de Choiseul : on n’obtenait que cette réponse : « Le citoyen Louis est absent. » Et, de fait, l’architecte, en homme avisé, dès qu’il avait vu la tournure prise par les événements politiques, s’était prudemment éloigné. Pendant trois ou quatre ans, on n’entendit plus parler de lui, et l’on ignore en quelle retraite il se tint alors caché. Cependant, l’assemblée des créanciers, sur la proposition de Lakanal, demanda la révocation de Louis le 22 août 1792, et lui donna pour successeur Palaiseau. Ce n’est que lorsque l’orage se fut apaisé que Louis, sortant de sa mystérieuse cachette, revint à Paris, et fit ses offres de services au Directoire, ainsi qu’en témoigne la pièce suivante2 ;

Le citoyen Louis, architecte, qui a dirigé les travaux du cy-devant Palais-Royal, est venu, citoyens administrateurs, m’offrir de faire tourner au bien de la République les connaissances locales qu'il a sur ce domaine et tous les avantages qu'on peut retirer de ses talents et de son expérience. Une pareille offre est dans le cas d'être acceptée. Je viens vous inviter de faire coopérer le citoyen Louis aux opérations qui restent à faire pour tirer le meilleur parti possible des mesures qui viennent d'être prescrites par le Directoire exécutif.

Quelles étaient les mesures dont parle l’auteur de cette lettre relativement au Palais? Le Directoire, en effet, adopta successivement et rejeta plusieurs projets pour la destination de l’édifice. Tantôt on parla d’une vente en plusieurs lots. Tantôt il fut question de tracer une rue dans le jardin, ou bien d'y

1. État des chevaux des écuries d’Orléans, avec les évaluations, dressé par les membres du Comité des remontes. — Archives nationales, T, 1 055, liasse io35.

2. Archives nationales, R4, 283. — Celle lettre, sans signature, n’est qu’une copie.

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construire la Bourse. Les mesures auxquelles il est fait allusion ici, et qui venaient d’être « prescrites », sont celles qui, vraisemblablement, résultent de l’arrêté pris par l’Exécutif le 19 ventôse an VII, divisé en dix articles très sagement conçus1. Il s’agissait, avant tout, afin d’essayer de vendre le Palais, pour lequel on ne parvenait pas à trouver des acquéreurs (toutes les tentatives échouèrent), de le remettre en état. Pour cette besogne, Louis, en effet, était tout indiqué.

Mais je n’ai pas à pousser plus loin cette histoire du Palais-Royal. Ma tâche s’arrête ici. Je n’ai rien dit des événements politiques dont le monument, à partir de 1789, était devenu le théâtre quotidien; je n’ai pas montré la physionomie du jardin, le caractère pittoresque des galeries, avec le tumulte qui les emplit, avec leurs spectacles variés, leurs hôtels, leurs clubs, la folie des jeux, le débordement de vie ardente qui, durant la période révolutionnaire, créa autour de la demeure des d’Orléans une atmosphère d’ardeur populaire et de tempête. Une ère nouvelle a commencé pour le Palais. M. G. -Roger Sandoz s’est chargé d’en retracer les principaux faits dans le second volume de cet ouvrage.

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