PREMIÈRE PARTIE
non par un vieillard, mais par un jeune homme aisé, qui la demanda tout uniment à sa mère, marchande de marée ambulante. Cette femme la lui vendit cent écus. Le jeune homme était honnête. Il aima Javote de bonne foi. Elle devint grosse. La petite créature en fut au désespoir. — Grosse à mon âge (disait-elle à sa mère). Non, non, je ne veux pas l’être ! Son amant la consolait et l’assurait qu’elle lui en était plus chère. Cependant, surpris de ses sentiments il la fit observer, et l’observa lui-même.
Le moment de la crise arrivé (ce qu’on vit aux grimaces de Javote), le jeune homme redoubla d’attention, et prit toutes les précautions possibles jusqu’à mettre un filet dans les latrines : se doutant bien qu’on ferait le mal avec beaucoup de précipitation, si on le commettait !... Il se tint à l'affût. Au milieu de la nuit suivante, il entendit quelques cris étouffés, et des soupirs , ensuite ouvrir la porte. Un cri d’enfant frappa son oreille. Le jeune homme courut à l’endroit dont on avait ouvert la porte, et trouva l’enfant dans le filet!
Il s’était précautionné d’une nourrice. Il lui porta le nouveau-né où plutôt la nouvelle-née. Tranquillisé de ce côté-là, il revint auprès de Javote. Il la trouva malade, mais courageuse. — Vous
verrez (lui dit-elle), que je n’étais pas grosse ! Le jeune homme qui l’aimait, malgré le crime affreux qu’elle venait de commettre, dissimula et courut avertir la mère. Il lui découvrit la vérité ; mais il exigea d’elle le serment qu’elle ne dirait pas un mot à sa fille. Cette femme lui tint parole. Javote se rétablit.
Six mois après, le jeune homme lui proposa une promenade seul à seule. Il la mena dans l’endroit où était leur enfant qui était une charmante créature. Javote la caressa. Le jeune homme comblé de joie la prit à part, et lui déclara que c’était leur fille trouvée de telle manière. Il lui protesta qu’elle lui était également chère. Javote pâlit. Cependant elle embrassa encore l’enfant. Ce qui rassura le père.
Dans un moment où il avait affaire à parler à la nourrice, il laissa Javote seule avec la petite. Elle n’y eut pas été dix minutes qu’on entendit cette innocente créature pousser des cris désordonnés! La nourrice accourut, en disant. On tue mon en fant! On ne trouva aucune blessure. Cependant l’enfant expira. Après sa mort, que Javote attribua effrontément à une colique, on trouva une petite marque rouge sur le cœur, et l’on découvrit que la cruelle avait enfoncé une grande épingle dans le