‹ Le Palais Royal (volume 2)Chapitre 81 sur 94 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

avait de puissantes protections. Elle m’eut, dès qu'elle en eût témoigné l’envie, et j’entendis qu’elle disait à sa cuisinière : — Je ne sais; mais je crois que cette enfant sera une mine d’or...

« Je fus aussitôt calquée, ce qui me déplaisait fort, et me fit pleurer. Maman Cunégonde me calmait avec des bonbons. Elle me fit apprendre à lire, la musique, à écrire , et tous les jeux. Voilà mon éducation. Je ne parle pas de l’art de la toilette, si naturel aux femmes ; maman Cunégonde m’a inspiré le goût que vous voyez, ou je le tiens de la nature.

» Dès que j’ai été grande, et absolument formée, Maman Cunégonde (la seule qui me reste, car je n’ai jamais revu ma mère), me tint presque toujours renfermée, et ne me faisait voir que comme une curiosité. On entrait dans la belle chambre : J’y étais amenée. On s’approchait de moi; on me faisait aller, venir, troter, danser, parler, faire la révérence, chanter, sourire, rire aux éclats, puis on s’en allait. D’autres fois (et voici le plus extraordinaire) on me faisait entrer nue sous un grand bocal, on m’y faisait prendre l’attitude d’une statue, et il fallait que je restasse ainsi, comme une figure de cire, dont je faisais le rôle, à ce que j’entendis.

» Je ne finirais pas, si je vous disais tout ce qu’on

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me fait faire, toutes les attitudes qu’on me fait prendre! Je suis aussi marionnette. On élève une sorte de théâtre sur le fond de la grande salle ; on met une gaze devant la scène, et j’y danse, comme une figure mue par un fil d’archal. Je m’arrête immobile, et j’entends tout le monde qui dit : — Elle est parfaitement ressemblante!... — Combien vous coûte cette figure-là ? — Qui vous l'a faite ? — De quoi est-elle ? Maman m’a prévenue que dans quelques jours, elle me fera parler comme marionnette automate. Elle m’exerce à prononcer sept à huit mots, d’une certaine façon. Bien! trèsbien ! Je suis contente de vous Monsieur le *** ! Je ne dirai que cela, de cette manière. Puis je resterai parfaitement immobile... Voilà où j’en suis : car Maman dit qu’elle ne veut pas m'employer c ncore, afin de conserver pour les curieux toute la beauté des formes ».

Nous fûmes très-surpris de cette histoire d’Isabelle ! et nous nous proposâmes de faire en forte, qu’elle ne fut jamais employée au profit de Madame Cunégonde. Cependant, comme nous devons beaucoup à cette femme, nous ne voulons pas la mortifier. Nous ferons pour le mieux.

Nota. Les filles de Madame Cunégonde s’appel-

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