‹ Le Palais Royal (volume 3)Chapitre 17 sur 89 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

un dépôt qui répond des bonnes manières qu’on doit avoir avec elles. — Oui, Madame, nous savons tout ceh, et nous l’eflectueront. Voyons vos élèves.

Madame Janus sonna ; une chambrière parut, et la duègne demanda les quatre élèves.

Orange accourut la première. Mais envoyant des hommes, elle rougit, et ralentit sa marche. Pivoine parut alors. Framboisine la suivait. On sait que cette jeune fille a été perdue aux Tuileries, par sa mère, nièce d’un curé. Fraisée arriva la dernière. Celle-ci était fille d’une pauvre fruitière, et cousine de Piédalouette. Les quatre belles étaient appariées: deux blondes. Orange et Fraisée, et deux brunes. Les deux vieillards parurent émerveillés, et ils se disaient entre eux ; — Comment avoir tout cela?

Ils firent leurs conventions, qui ayant été débattues par Madame Janus, et enfin acceptées, amenèrent un quadruple dépôt. Ce furent quatre terres, assignées en dédommagement à chacune des quatre jeunes filles, si l’on venait à manquer aux conditions; cinq cents livres par mois, pendant trois ans, et la table. Respect pour la vertu des demoiselles, égards, etc. Le tout bien cimenté, les informations faites, les vieillards vinrent chercher leurs converseuses, et les amenèrent.

Dès le jour suivant, les deux gaillards, qui guettaient Orange et Pivoine, ne les voyant plus paraître, marquèrent une grande inquiétude! Le surlendemain, ils ne purent y tenir, et vinrent s'informer. Madame Janus leur dit, qu’elle n’avait plus que les élèves qui lui aidaient à tenir sa maison, et que les quatre dernières étaient placées de la veille. Ils questionnèrent. Madame Janus ne crut pas devoir leur cacher le nom des vieillards. Les deux jeunes gens firent un cri de surprise. — Madame ! (ajoutèrent-ils) avez-vous bien pris vos précautions ? Vous êtes trompée !... Nous ne nous sommes confiés qu'à nos pères, auxquels nous avons écrit de vous, comme d’une femme infiniment respectable, dont nous recherchions les filles ; et encore à deux de nos amis, le comte de Millejleurs le marquis des Rubans Z ce sont, où nos pères, qui ont vos élèves, et vous sentez ce qu’ils en feront; ou le comte et le marquis déguisés en vieillards, qui vous auront trompée.

Madame Janus sourit, en leur répondant : — On ne me trompe jamais, Messieurs ! — Avez-vous des signatures? — Oui. — Pouvons-nous les voir? — Non. — Comment savoir la vérité? — Comment vous pourrez... Madame Janus ne voulut pas en dire davantage; mais elle était inquiète.

Des que les deux jeunes gens furent partis, elle alla chez les vieillards. On refusa de l’introduire sur-le-champ. On l’annonça, et elle attendit. Enfin, un des vieillards parut, et lui fit des excuses, en l’introduisant. Elle trouva ses quatre élèves avec quatre hommes, en comptant l’introducteur, deux jeunes gens et deux vieillards. Orange, qui était la plus éloquente et la plus hardie, s’élança dans les bras de Madame Janus, en lui disant :

— Maman ! depuis que nous sommes avec ces Messieurs, nous n’avons pas voulu nous séparer... Je vous ai écrit deux lettres... — Je ne les ai pas reçues. — Ces Messieurs veulent absolument que nous soyons leurs complaisantes, sous l’offre de perdre leurs dépôts. Une des quatre terres appartient à chacun d’eux. Mais quand nous serions sûres de les avoir, nous ne ferions pas ce qu’ils exigent, et nous voulons être mariées, comme nos compagnes. Je vous préviens encore, que les deux fils de ces deux là... (montrant les vieillards)... étaient amoureux de Pivoine et de moi, et que c’est pour cela qu’ils ont été nous demander. Quant à ces deux Messieurs (montrant les deux amis des jeunes gens), ils font leur cour très-vivement à Framboisine et à Fraisée. Le sentiment de mes compagnes et le mien, est que nous ne pouvons

pas rester ici ; qu’il faut nous en retirer, et rendre les dépôts. Nous trouverons mieux une autre fois.

Madame Janus, qui ne marchait pas seule, dans ces occasions, frappa des mains, et aussitôt on annonça huit hommes, qui demandaient à entrer. Il fallut bien les introduire. Ils ne dirent mot. Les quatre jeunes personnes vinrent se mettre au milieu d'eux; et Madame Janus, sans prononcer une parole, sortit avec ses quatre élèves, entourées des huit hommes.

Arrivée chez elle, cette femme y attendit les vieillards. Ils ne manquèrent pas d’y venir le surlendemain, avec les deux jeunes gens, amis de leurs fils.

Mais ceux-ci ayant revu Orange et Pivoine à la croisée, ils s’étaient présentés chez Madame Janus, qui avait refusé de les laisser parler à leurs maîtresses. Ce fut ce qu’elle dit aux vieillards, qui l’en remercièrent. Elle leur remit ensuite leurs dépôts, et les pria froidement de se retirer.

La conduite ferme et désintéressée de Madame Janus les étonna!... Ils avaient vu de près les quatre belles, et fimpression de leurs charmes et de leur mérite avait été profonde. Les vieillards offrirent de les épouser, pour garantir leurs fils d’un

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