TROISIÈME PARTIE
et on les transporterait tous ensemble, en nombre, à l’endroit désert où ils voudraient aller, avec la faculté de se repentir et de revenir... Le but de cette loi, qui paraît d’abord singulière, serait de rendre plus chères aux individus, et la patrie, et les lois, par une augmentation indéfinie de liberté. Ce n’est pas en faveur des Sans-joug, qu’on leur ferait tout le bien possible, mais en considération des bons citoyens, qui en seraient plus heureux.
» Je proposerais encore aux Etats-Généraux, de permettre le divorce à volonté, sans en détailler les causes, pourvu que les deux époux s’accordassent à le demander; et, en détaillant les causes, si l’un des deux s’y opposait. On ne pourrait trop étendre cette loi du divorce, qui, jusqu’à présent, a paru l’épouvantail de la société : elle seule peut rappeler les mœurs, le bonheur et l’union dans les ménages.
» Je sais combien il est essentiel de marier les curés, les évêques même ; mais leur permettra-t-on le divorce ?... Oui, dans le cas où l’épouse serait scandaleuse, et alors elle serait punie. Dans tout autre cas, le divorce leur serait interdit. Les épouses sacerdotales seraient averties, qu’elles doivent être des modèles de vertu. La chasteté des curés consisterait à s’en tenir à leur femme; et ils seraient
encore suffisamment mortifiés. Henri de Gueldre, évêque de Liège, avait fait quatorze enfants en douze mois ; c’était un homme comme moi, je suis un homme comme lui. Si tous les curés nous ressemblaient, il faudrait nous donner autant de femmes que nous en pourrions nourrir, et nous distinguer par là des laïques. Mais on ne fait pas une loi sur une exception. Une femme belle et vertueuse aux pasteurs, sans divorce, à moins de scandale, d’adultère ou de méchanceté, voilà ce que je demande. »
Voilà tout ce que nous avons pu recueillir des dits et greffes du Curé patriote, qui a, ce premier janvier 1790, soixante-douze enfants.
Puissions-nous, par ces faits, fixer un moment l’attention et faire sourire ces Français, qui ont remplacé le grelot de la folie par des baïonnettes.