‹ Le Palais Royal (volume 3)Chapitre 59 sur 89 · TROISIEME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIEME PARTIE

bien de lui faire la même confidence qu a sa femme ; elle craignait que les confidences entamées ne tentassent le friand...

Pendant tout cela, Madame Lichères devint tous les jours plus éprise de M. Beignet. Elle résolut enfin de se lier avec lui, et voici comment.

Elle connaissait la situation de la jolie Necard. Elle lui en fit Paveu, mais en lui donnant mille témoignages d’estime : — Ce n’est pas votre faute î (lui dit-elle) ; vos parents, que je sais avoir été de bons marchands, ont mal fait leurs affaires ; votre mère vous a donné à un homme puissant... Vous y êtes, s’il y a du mal, il ne vient pas de vous. Et elle la caressait. Elle lui fit ensuite l’aveu de son penchant pour Beignet.

Ici la jolie Necard marqua de l’étonnement, en louant le mari, Je suis enchantée que tu le trouves à ton goût (lui dit Madame Lichèses). J’ai un projet... c’est un badinage... mais qui nous amusera longtemps... J’ai envie de le faire inviter par mon mari. Comme il ne m’a jamais vue, que j'aurai soin qu’il ne me trouve pas ici. quand il y viendra, je voudrais que tu passasses, dimanche prochain, pour Madame Lichères, et moi. pour Mademoiselle Necard? Nous nous amuserons bien !... Tu vois que cc n’est qu’une risée !

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L’aimable Necard consentit à faire le rôle qu’on lui proposait. Elle y prévoyait du plaisir, parce qu’en effet Lichères ne lui était pas indifférent.

Madame Lichères, dans la semaine, fit la proposition à son man. M. Lichères la goûta et il se promit beaucoup d’amusement! Il invita M. Beignet à dîner.

Le dimanche arrivé, comme il n’y avait pas de domestique dans cette maison, la jolie Necard, venue de bonne heure, mit un tablier devant elle, et prit le rôle de maîtresse de la maison. M. Lichères trouvait du plaisir à nommer sa femme une fille charmante, bien mise, et à laquelle le tablier blanc donnait l’air le plus provoquant. Madame Lichères, parée à son avantage, faisait la dame, ou si elle aidait, c’était avec des grâces nonchalantes. On la nommait Mademoiselle Adélaïde, ou Mademoiselle Necard.

Beignet seconda parfaitement les vues de Madame Lichères. Il s’éprit pour elle, et l’on s’en aperçut dès le premier moment. Ce qui redoubla le plaisir, car la familiarité de Lichères avec la jolie Necard était délicieuse ! Ils se tutoyaient; ils se parlaient en confidence, d’un air froid affecté : l'indifférence des époux était un régal pour eux, parce qu’elle n’était pas de leurs dispositions.

TROISIÈRE PARTIE

Le dîner fut gai. La promenade le suivit. Pour avoir la fausse Necard, Beignet fit entendre qu’il songeait au mariage. — Allons (dit Lichères), il faut donc m’en tenir à ma femme ! Et il prit Adélaïde. La journée s’écoula comme un instant. On se quitta très à regret. Lichères fit entendre qu’il fallait qu’il reconduisuit Mademoiselle Necard. 11 mena sa femme. Adélaïde feignit d’avoir alfaire, pour renvoyer le convive. Elle vint joindre les deux époux au coin d’une rue, où ils l’attendaient. Madame Lichères rentra chez elle et son mari ramena réellement Necard.

On se doutait que le lendemain à midi, M. Beignet rendrait une visite. On avait prié Adélaïde de profiter d’une sortie pour venir. Ce fut elle que trouva Beignet. Elle le reçut froidement, et il resta peu. Il ne revint pas de la semaine, mais il invita chez lui, pour le dimanche suivant. On porta la ruse, jusqu’à envoyer Madame Lichères dans l’église Saint-Jacques-Flamel, où Beignet eut l’inexprimable plaisir d’aller la chercher. Adélaïde était à la maison.

Le double projet de Madame Lichères ne réussit que trop. Mademoiselle était une petite maîtresse délicieuse ; elle n’était pas Lucrèce, quoique fidèle jusqu’alors à son président, elle aima Li-

chères, elle en fut aimée et l’épouse, énamourée de son côté, encourageait une passion qui la mettait à son aise.

Cette seconde entrevue fut encore plus agréable que la première. On s’amusa, comme des amants, avec beaucoup de particulier.

Beignet déclara sérieusement qu’il voulait épouser, sous quinze jours. On applaudit. Il demanda le nom? L’on donna ceux d’Adélaïde. Les parents? On les indiqua. Dans la semaine, il fit les démarches. Il fallut encore ruser, pour faire trouver Mademoiselle Lichères chez sa belle-sœur, au lieu d’Adélaïde... Il était prévenu qu’on se cachait de la maîtresse... Il fut discret.

On dîna le dimanche suivant chez Lichères. Il y avait deux fêtes. On en profita, pour augmenter l’illusion. On gardait la jolie Necard. On feignit de la faire coucher dans le lit de M. Lichères. Elle s y mit en eifet ; mais elle en sortit aussitôt, au grand regret des deux époux. Car Madame Lichères était si ardemment éprise, qu’elle ne pouvait plus souffrir les caresses de son mari.

Le lendemain, on dîna chez Beignet. On passa la journée ensemble... Le consentement des parents était donné... Après ce souper... le tendre amant... osa proposer à la prétendue... de tromper

M. et Madame Lichères, et de... rester avec lui... La fausse Adélaïde eut de bonnes raisons à donner... Elle était obligée de retourner chez sa maîtresse, etc.

On ralentit les préparatifs pendant six semaines. Beignet était furieux.* Il se désolait. Enfin, il déclara que si on différait encore, il retiendrait Adélaïde (Madame Lichères), et ne la laisserait pas retourner... Mais le président à ménager, qu on lui avoua enfin, modéra sa vivacité. Ce fut un coup de foudre !... un seau d’eau jeté dans le feu. On crut même qu’il se retirerait... Il était trop épris. La générosité s’en mêla, quand il fut tout, et mieux encore (car Madame Lichères savait embellir ses expositions), son cœur s’attendrit. Il jura de regarder sa femme, comme une pupille chérie qu’il arrachait au crime !...

Rien n’arrêtait plus. On allait... on allait. L’on se trouvait à la veille. Quel cruel embarras, pour Madame Lichères ! Il lui passait par la tête de tout révéler, de faire épouser Adélaïde, et de proposer l’échange matériel à son mari.

Le jour du mariage vient de poindre. Beignet se lève, ’vre d’amour et d’espoir... La véritable Adélaïde Necard, les bans publiés, le consentement des parents et celui du président donnés, les

habits faits, était non-préparée ; c’était pour Madame Lichères, différente de taille, qu’était la dépense... Le prétendu arrive. M. Lichères riait. Mais sa femme... ensorcelée d’amour... aurait voulu aller à l’église... si elle l’avait osé. Elle expose alors son embarras à son mari, qui ne savait pas aussi clairement qu’elle où les choses en étaient. Il frémit et malgré son attachement, il pensa qu’il fallait faire épouser Adélaïde. Madame Lichères, sous le nom de Mademoiselle Necard, feignit une fièvre violente, qui l’avait prise chez son amie... Beignet vint au chevet de son lit... les caresses furent vives... Ce fut alors, qu’enivrée d’amour, Madame Lichères avoua la vérité... Elle s’excusa sur son penchant. Elle dit que sa fièvre était l’effet du désespoir.

Beignet demeurait immobile. Puis tout à coup prenant son parti, en se voyant seul, il voulut posséder... Il posséda... Ivre de plaisir, il quitte Madame Lichères , prend la main d’Adélaïde et la mène à l'autel.

Le mariage se fait. Adélaïde croyait que c’était le sentiment de ses amis.

L’absence ne fut pas longue. Beignet revient marié. M. Lichères arrivait pour dîner. Beignet, l’air altéré, lui dit, devant les deux dames : — Tu

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