‹ Le Palais Royal (volume 3)Chapitre 81 sur 89 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

avertie, et elle allait épier. Quelquefois sa fille sortait aussi, et alors Madame Siram entrait et cherchait partout. Elle ne voulait pas compromettre sa fille ; mais la sauver, si elle était coupable ; la justifier, si elle ne l’était pas.

Un soir, qu’elle s’était glissée dans la maison, au moyen de sa clef, elle entendit rentrer. Elle crut que c’était Victoire-Rosalie. Elle se tint dans sa retraite, à la ruelle du lit. Mais elle remua. Aussitôt on vole à elle, et sans préambule, une voix qu’elle reconnut pour celle de son beau voisin K — n, articula des plaintes d’une longue privation ! Madame Siram voulut voir ce qu’il ferait. Elle ne croyait pas qu’il volerait à la victoire avec tant de précipitation! Elle voulut parler, quand il fut trop tard... Elle ne fut pas entendue. Alors elle se tut. Le héros allait de conquêtes en conquêtes,... quand la jolie mercière rentra. Le bruit qu’elle fit, rendit muets et tranquilles les deux premiers acteurs. K — n vit sa belle. Il ne voulut pas connaître celle qui venait de le rendre matériellement infidèle ; il s’échappa. Maaame Siram en désordre, ne voulut pas être trouvée par sa fille; elle s’évada. K — n, qui guettait dans l’allée vis-à-vis, la vit sortir, la reconnut, la suivit. Elle rentra chez elle. Comme il connaissait les êtres, il l’épia. En rentrant elle se

jeta sur une chaise longue, et parla en soliloque.

— K — n est l’amant de ma fille cadette !... Il vient de me prendre pour elle... Que faire?...

K — n ne voulut pas en entendre davantage. 11 courut chez sa maîtresse, et lui avoua ce qui venait de se passer. Victoire-Rosalie tomba dans une rêverie profonde, dont son amant la tira, par des preuves d’amour.

Or, le mari, qui avait vu sa belle-mère entrer chez lui, s’était tenu caché, dans la même allée où se réfugiait K — n. Il avait vu entrer celui-ci dans la maison. Il l’en avait vu sortir, et entrer dans son allée. Il l’avait vu suivre la belle-mère, revenir, rentrer, pénétrer dans l’appartement. Il Vy avait suivi, et il avait entendu l’aveu de K — n à Victoire- Rosalie... On ne se douterait pas de ce qu’éprouva le mercier, à la nouvelle de ce qu’était son beaupère! Il eut envie de rire!... et sans plus attendre, il courut chez lui. Ce fut pendant ce temps là, que K — n prouvait son amour....

On arriva. Mari, beau-père, belle-sœur (qui s’étaient trouvés che^ M. Siram, à la fin des preuves). Le mari ouvrit doucement. Tout le monde entra. Mais la jolie mercière avait un secret qui l’avertissait, quand on ouvrait. Elle dit à son amant Nous sommes surpris. De la prudence !

— Non, Madame, non (dit K — n), je n’ai jamais pensé que vous dussiez être sensible à mon amour I Je connais trop bien votre vertu !... Mon prétendu bonheur ne m’en a pas imposé longtemps... Je n’y croyais plus, en le complétant... On a fui !... Ah ! Madame j’aime mieux que ce ne soit pas vous ! Je préfère de vous respecter, comme auparavant, à vous aimer davantage... Aussi, quelle facilité!... quelle femme que celle qui a cédé... — A ce mot. Madame s’élança en disant : — J’aurais défié à Lucrèce de se défendre ! Vous ne donnez pas le temps de respirer!... et ma fille est bien heureuse d’avoir eu la force...

La lumière parut. La mine de Madame Siram, celle de son mari surtout, étaient si grotesques, que la fille aînée et les deux gendres éclatèrent de rire. — Monsieur (dit le vieux Siram), ce que vous faites est fort mal ! et ma femme n’avait jamais rien eu à se reprocher !...K — n était si beau que la dame ne put se mettre en colère. Elle s’attendrit.

— Oui! (dit-elle), je deviendrai mère encore! Et... que penseront mon mari, mes filles, mes gendres?

— Ma femme ! (dit Siram), vous n’êtes pas coupable, et je ne vous en ferai pas souffrir... Allez-vousen, Monsieur, et jamais ne remettez les pieds ni chez mes filles, ni chez ma femme, vous êtes trop

dangereux! K — n partit en faisant une* profonde révérence.

Il fut guetté si exactement, qu’il ne put rejoindre la mercière. Celle-ci pria la fourreuse, sa sœur, de la favoriser. Madame Tanrouc y consentit, mais la coquette trompa sa sœur, et eut le beau K — n, deux fois sur une, sans qu’il s'en doutât. Tout se découvrit enfin, et les deux amants préférèrent l’absolue privation, à l’infidélité.

Cependant les trois femmes devinrent enceintes, et eurent trois belles filles. Chose étonnante, le vieux Siram, en vrai Spartiate, fut comblé de joie. Il chérit sa troisième fille, qu’il appelle son bâton de vieillesse : — Elle est bien à moi ! (dit-il à ses gendres), tout ce qu’on édifie dans mon fonds m’appartient... Le fourreur trouva qu’elle ressemblait trop à K — n, et il n’imita pas son beau-père; mais que pouvait-il faire, dans un pays où les femmes sont maîtresses?-.. Pour le mercier, il était furieux ! Sa fille ressemblait comme deux gouttes d’eau, à une sœur aînée de K — n, la plus belle femme du quartier. 11 ne douta plus, et devint comme un enragé; ce qui doit surprendre, après la manière gaie, dont il avait pris l’accident de son beau-père...

Que dirons-nous de plus ? dans l’excès de sa ja-

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