TROISIÈME PARTIE
l’aime toujours... Faites-vous aimer de même; vous êtes assez joli homme pour ça, et vous ferez ensuite de la petite Victoire Laraison, tout ce que vous voudrez. — Voulez-vous m’aider, me diriger? Vous avez été trompée, vous savez la marche!... Ma chère Catherine, guide -moi ! j’en conserverai une éternelle reconnaissance...
Catherine était si bonne, qu’elle fut touchée de ce langage naïf. Elle promit tout au jeune abbé noble. Son maître revint, et l'on dîna.
Catherine était trop subjuguée, pour garder le secret avec l'abbé Roué. Elle lui révéla tout. Aussitôt le maître résolut de s’emparer de toute la reconnaissance, et peut-être même ne désespéra-t-il pas de... souffler la rose .. à l’abbé de Jéguin. Mais l’intérêt fut son premier mobile. Cependant il sentit qu’il ne fallait pas qu’il parût encore. Il laissa tout faire à Catherine.
La gouvernante, dès le lendemain, donna sa pratique à Madame Laraison. Elle prit peu, en donnant pour raison l’extrême économie de son maître, qui lui donnait la dépense à son compte. On vit donc souvent Catherine, qui fit connaissance avec Victoire, et lui prêta des livres. Ce fut après que le cœur fut un peu ému par la peinture des passions, que Catherine hasarda l’aveu qu’elle
connaissait un jeune homme très-amoureux de Mademoiselle. La jeune personne rougit. Catherine voyait que l’accueil devenait plus obligeant. Elle le dit à son maître, qui la dirigeait, et il sentit, qu’il fallait montrer le jeune de Jéguin en habit ecclésiastique , coquet d’abord... habit si puissant sur les jeunes filles, puis en habit laïque.
Un jour donc, sur le rapport de Catherine, on sut que Victoire, nouvellement coiffée était assise à la porte. Les deux abbés passèrent, la regardèrent, revinrent, et la firent rougir, par leur attention... Ah! qu’elle parut belle!... Jéguin fut plus épris que jamais !...
Le lendemain. Catherine parla des deux abbés. Elle dit que l’un était son maître, l’autre... un des plus aimables jeunes gens qu’on pût voir. Victoire rougit. Catherine ajouta : — Il vous aime... comme ses yeux... et il va quitter le petit collet, à cause de vous... 11 y a six mois qu’il vous aime.. C’est votre premier amant... Ici Victoire perdit contenance.
Catherine répéta tout à son maître et Roué lui dit : — 11 est aimé. Qu’il se déguise et qu’il agisse. Catherine dit ces mêmes paroles à Jéguin.
Le jeune abbé n’avait garde d’y manquer. Il loua un petit appartement dans la maison de Roué, y