TROISIÈME PARTIE
larmes d’attendrissement la soulagèrent... et l’amour matériel affaiblit un peu le sentiment.
Depuis cette heureuse journée, le bonheur de la belle Desforts était au comble.. Mais est-il rien de stable, ici bas ?
Il y avait six mois que les deux époux étaient unis, lorsqu’on vit reparaître Gharlart, qui n’avait fait courir le bruit de sa mort que pour inspirer de la compassion, pour sa femme. Il avait appris qu’elle était dans l’aisance ; il [ne savait comment. Il revenait à Paris, pour s’informer. Elle était alors chez son nouvel époux . et Gharlart , qui n’avait aucun moyen de le connaître, ignorait sa demeure. 11 la cherchait aux spectacles, aux promenades. Gomme il ne savait pas son mariage, il ne songeait guère à rechercher sur les registres des paroisses.
On était dans la sécurité chez Monsieur et Madame Desforts, lorsqu’un soir, à une représentation de Figaro, Gharlart aperçut sa femme, brillante, le rire du bonheur sur les lèvres. Il l’avait adorée Il éprouva la peine la plus cruelle !... Mais il sentit, que c’était sa faute! Il la suivit, après le spectacle; il sut qu’elle était remariée; l’état, le nom de son mari... Il s’en retourna tristement, et garda le silence. Mais il fut reconnu. Le mariage de sa femme n’était pas un secret. On parla. Gette affaire fit quelque bruit.... 20
Or, il faut savoir, que Madame Desforts la première femme était tendrement aimée de ses parents. Lorsqu’ils virent qu’elle avait perdu la raison, ils sentirent qu’elle deviendrait un objet odieux pour son mari, s’il continuait à la voir. Ils la firent passer pour morte en couches, et la séquestrèrent, résolus d’employer, pour la calmer, les moyens les plus doux. Ils y parvinrent. Elle guérit... Sa mémoire seulement demeura presque anéantie. Elle ne connaissait même ses parents, qu’à raison de sa familiarité avec eux, depuis sa convalescence; elle avait oublié toute sa première vie, comme si elle eût été morte réellement, et qu’elle fût revenue au monde. On ne désespéra pas de lui faire aimer son mari, et les réunir. On l’informa.
L’on apprit alors son mariage. On fut trèsembarrassé !.... Desforts n’était pas coupable. Comment faire ?
Tandis qu’on était dans cette embarras, Charlart, qui se cachait à Paris, s’avisa de rendre une visite aux parents de Madame Desforts première, pour savoir ce qu’ils pensaient; se découvrir, s’il était à propos, et se consulter avec eux. Lorsqu’il entra, on venait de parler à la première épouse de Monsieur Desforts, de son mari. Charlart était bel homme. La jeune dame, dont l’oreille était encore
frappée du nom de son mari, s’écria. en voyant celui de sa rivale : — Le voilà !... Oui, le voilà ! N'est-ce pas que le voilà ? Et elle se jeta dans ses bras, d’un air de ravissement... On lut bien embarrassé! Comme Madame Desforts première était fort jolie, Charlart ne se trouva point fatigué de ses vives caresses. Il se découvrit ensuite, et demanda aux parents, ce qu’il était à propos de faire ? On se consulta longtemps.... Enfin, il fut résolu, qu’on verrait les deux remariés. On écrivit à Monsieur Desforts.
L’époux de la veuve Chalart se rendit chez son ancien beau-père. On lui montra sa femme. Il fut très-surpris!... On espérait, que par instinct, elle lui marquerait des préférences. Elle ne fit aucune attention à lui. Comme Charlart devait paraître, il arriva. Madame Desforts première courut se jeter dans ses bras.... Desforts alla chercher lui-même sa femme , afin de la prévenir. Elle fut trèsdfrayée! Mais son second mari la rassura, par tous les serments de l’amour. Elle parut. Charlart voulut aller à elle. Madame Desforts première donna les marques de la plus violente jalousie ; tandis qu’en voyant sa rivale, dans les bras de son mari, elle exprimait du contentement.
Ce fut alors que les parents sentirent la sagesse
de la loi du divorce. Ils furent convaincus que le seul moyen de conserver une fille adorée, était de la faire divorcer avec Desforts, de faire divorcer Charlart, avec la belle Constance Desormeaux ^ et d’unir Isabelle Ribolli leur fille, à Charlart, quoipauvre, et de naissance inférieure. On a porté cette affaire devant le tribunal des Divorces ; elle a été bien expliquée, et les quatre époux, mis d’abord en liberté, ont ensuite été rejoints, comme ils le désiraient.
Tout était perdu, dans l’ancien régime de l’indissoluble fatalité! Comme si l’on pouvait rendre immuables des hommes et des femmes, qui sont la mutabilité même! Apprenez, ô mortels! que Dieu seul est sans changement ! Pour vous, formes animées de la matière, changez comme elle !...
On a, dans le même jour, arrêté le mariage du fils de Desforts avec la fille de Charlart. Mais ce mariage se fera-t-il? Ces deux enfants, destinés l’un à l’autre, se conviendront-ils, dans l’âge de l’amour? C’est ce que l’on ignore. Aussi les parents, qui sentent si bien, qu’une véritable inclination, est la source du bonheur, ont-ils décidé, que leurs enfants, non-seulement ne seraient pas contraints, mais qu’on examinerait en silence, si leur penchant réciproque les portait l’un vers l’autre... On doit