TROISIÈME PARTIE
Rosemarine ne se fut pas plus tôt montrée aux institutrices que lui donnait son mari, qu'elle s'en fit chérir. Celles même, qui avaient témoigné du dédain en furent éprises. C était une jolie enfant, qui ne marquait que de la douceur, de la déférence. Et cependant, elle ne manquait pas d'esprit ! Elle en mettait, et du très-délicat, dans les témoignages de sa reconnaissance et de son amitié. Lauréole au contraire, hautaine, insubordonnée, aimait son amie, et elle lui faisait quelquefois entendre qu'elle rampait. Lauréole fut détestée des dames, qui conseillèrent à Démophile de l'éloigner.
Mais elles étaient loin de compté I L'époux de Rosemarine , depuis son mariage , ne trouvant dans sa femme que douceur et dévouement, avait laissé endormir son amour. Il avait remarqué l'impérieuse beauté de Lauréole, qui lui parut imposante. Il ressentit pour elle une passion trèsvive, sans que néanmoins elle fût accompagnée du repentir d'avoir épousé Rosemarine. Celle-ci était une fille soumise, quand elle était auprès de lui, et Lauréole, une épouse remplie de dignité. Démophile aimait à se trouver seul à seul avec ces deux femmes. Il aurait volontiers fait asseoir Lauréole avec lui dans le même fond, et placé Rose-
marine sur le devant. Il prenait le parti de ne sortir qu*en grand carrosse, et de se mettre au milieu.
Tout le monde voyait le goût du mari pour Lauréole ; mais personne n'en connaissait la vraie nature. Il aimait Rosemarine plus que Lauréole, mais d'une manière différente. Les dames institutrices avaient la bonté de plaindre Rosemarine, comme une épouse abandonnée, avant même d'être possédée, car elle n'était encore femme que de nom. Elles avertirent la mère.
Cette femme fut effrayée du sort qui menaçait sa fille chérie ! Elle demanda conseil. On voulut voir sa nombreuse famille. Or, il y avait, parmi ses filles aînées, deux beautés formées, et les plus attrayantes qu'il soit possible d'imaginer. Les dames ne trouvèrent aucun inconvénient à les rendre rivales de Lauréole. Acaciette était une brune provoquante, de vingt ans, ayant le sourire délicieux : Brunone en avait vingt-deux; elle joignait la dignité de Lauréole, à tous les charmes qui semblaient annexés au sang de sa mère, qui elle-même avait été une superbe femme. On habilla ces deux jeunes personnes de la manière la plus élégante et on les introduisit.
Démophile, qui les aimait, les reçut avec les^