‹ Le Palais royal (volume 5)Chapitre 66 sur 91 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

sa femme et de son frère, donna son histoire à celui-ci, avec son nom, et prit lliistoire de Charles, avec tout le reste.

Il reparut alors devant M. Bourgeois. Il raconta son aventure. Le négociant s*informa. On lui dit mille biens de Charles ; on marqua mille regrets. On dit qu'il s'était engagé, M. Bourgeois parla de cette circonstance à Dulis. — Je Tai feint. Monsieur (répondit le jeune homme), pour ménager la réputation de la demoiselle.

Ce motif lui fit honneur. On n'alla pas plus loin. Dulis avait un grand mérite et un violent amour, qu'il montra également. Il plut au père, à la demoiselle, à la mère, à la jeune sœur; il ne fut jalousé que des garçons qui l'avaient arrêté. On offrit de lui donner la main de la belle Rose. Dulis n'était pas à l'épreuve d'une offre pareille. Il accepta, pénétré de reconnaissance. Il écrivit à ses parents, sous le nom de son frère et en imitant son écriture. On envoya tous les papiers nécessaires. Son père était alors malade. Dulis le savait, et que le vieillard n'assisterait pas au mariage de son fils. Le mariage se fit. Ce ne fut que le lendemain, que l'idée vint à Dulis, que Charles pouvait écrire, n fallait que la passion l'eût bien aveuglé!... Il se hâta d'écrire à son frère. On lui répondit que

Charles était mort... A cette nouvelle, Dulis respira. Il se hâta d'écrire à ses parents, comme en confidence, que Charles avait fait exprès courir le bruit de sa mort, à cause de la nièce du notaire. Une lettre de la véritable écriture de Charles, conscrvée par Dulis, confirma cette assertion, et le bonheur du prétendu Charles.

Une année s'écoula : le père Dulis se porta mieux. Il voulut voir son heureux fils : désespéré du sort de Talné, les avantages dont jouissait le cadet le touchaient plus vivement. Il partit sans écrire. Heureusement qu'une sœur qui avait toujours chéri Charles, jugea convenable de le prévenir par un mot. Ce fut ce qui sauva du malheur le coupable Dulis et deux familles. Il ne montra pas la lettre de sa sœur, et au lieu d'attendre son père , il partit , sous un prétexte plausible et pour des alTaires intéressantes. Il allait en Hollande.

Le père arriva. Il fut reçu comme le père d'un mari adoré. On le rendit le plus heureux des beaux-pères. Tel fut l'effet d'iin petit billet de dix lignes, venu secrètement dé cinquante lieues. Le bonhomme enchanté de la beauté de sa bru, de sa fortune, du mérite et de la considération dont jouissait le père, passa quinze jours dans l'ivresse.

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