GRAVURE DE L EDITION
î'ilumène
Boutonderose
Mélanic
Aglaé
lloseiuoiule
Bienfaite
Tayelle^ Chouchou èecilia décile
Adélaïde
ou l'Athéuienne
Doriue
ou la PhiloaoDhe
llosetto (Saïre ou Saiut F***
Coquine Elise
l^l/de Deô Sau^lrs.
Eléonore
Sofie
Angélique
Adèle
Zéfire
Zoé
Esther
Zilia
Dorothée
Jeanne
Agnès
Corisandre
Gcrtrude
Isabelle
Rosière
Polhimiuie
Filuméne sourit, tergiversa, nous mentit, et nous renvoya insatisfaits. Nous eûmes recours au registre de l'inspecteur, et nous y trouvâmes les vrais noms de lafille, sa rue, la condition de sa mère. C'en fut assez; nous nous rendîmes dans la rue Ma;(arine, et à force d'informations, nous y apprîmes ce que nous voulions savoir.
En 1770, il y avait dans ce quartier une jeune parfumeuse, à laquelle on ne voyait pas de mari. Elle en avait un cependant. C'était un assez bel homme, l'air distingué, toujours en jolie perruque blonde, qu'on appelle bonnet, en habit gris trèspropre, avec un collet violet, des bas de soie blanc-perle, culotte et veste de satin de même couleur. Cet homme était extrêmement poli pour les voisins. On le voyait rarement; mais il soupait tous les dimanches soir avec sa femme. — Le joli ménage (^disait-on) ! Quel dommage que l'emploi de cet honnête homme l'oblige à s'éloigner de son aimable femme?... Ne coucher avec elle qu'une fois par semaine! c'est terrible !... — 11 est apparemment homme d'affaires d'un grand seigneur... Tels étaient les discours du voisinage.
Mad. Torel, c'est le nom de la mère de Filuméne, eut une fille, qui fit l'admiration de tout le monde par sa gentillesse. Elle en eut ensuite une seconde, appelée Sojie, plus mignonne encore. Ces enfants avaient eu de superbes layettes, et l'on disait, dans le quartier, que M. l'intendant faisait bien ses affaires. Jusqu'à l'âge de 12 à 13 ans, c'est-à-dire jusqu'en 1784 et 1785, les deux sœurs étaient mises comme de jeunes personnes de condition. Personne ne soufflait; on croyait savoir ce qu'était leur père; on avait même découvert qu'il était l'intendant d'un évêque.
Mais tout à coup, en 1786, la parfumeuse parut triste, éplorée : elle prit le deuil de veuve. Ses filles étaient encore plus jolies, sous ce triste costume. On vit alors paraître quelques beaux messieurs à la boutique de la mère, qui abandonna son commerce. Elle disparut avec ses filles.
C'est que le père, non l'intendant, mais 1*** de'** lui-même,
était mort d'apoplexie, sans avoir pu rien faire pour sa femme, ni pour ses enfants. Nous disons sa femme : c'est qu'effectivement le faux Torel l'avait épousée, sous le nom de son valet de chambre, et qu'il s'était fait recevoir marchand parfumeur. Aussitôt après sa mort, Mad. Torel, qui n'avait pas déménagé, se trouva presque sans ressources, avec sa mauvaise boutique. Quelques connaissances de son mari vinrent la voir, et se proposèrent pour entretenir ses filles, après lui avoir déclaré, ce qu'était son mari ; car elle l'ignorait.
Le plus scélérat d'entr'eux, riche bénéficier déguisé exprès sous l'uniforme de la marine, eut Filuméne l'aînée. Il la séduisit, la corrompit, et quand il en fut las, il la mit chez une matrulle, qui profita de la seconde fleur de ses charmes. Filuméne, qui se vit recherchée, sentit enfin tout ce qu'elle valait : elle voulut se mettre à elle, se loua un bel appartement, celui qu'elle occupe aujourd'hui, 3 août 1789, et où elle exerce son art ; car celui des filles comme elle n'est pas un métier, à cause de ses finesses exquises. Filuméne tâche d'avoir des grâces, de la politesse, des talents. Elle estropie un peu tout cela; mais on lui tient compte delà bonne volonté.
Nous en resterons là, pour cette première///^.
Quant à Sofie, sa cadette, plus heureuse que son aînée, elle eut pour amant un premier commis des bureaux de Versailles, qui devint veuf la seconde année de T eniretiennement .
11 était si charmé de la beauté, des grâces de Sofie, si touché de son attachement, qu'il l'a épousée. Elle est passablement heureuse. On dit qu'elle ignore le sort de sa sœur. Elle l'apprendra par cette historiette. Car, vu la célébrité de notre nom, nous espérons qu'elle sera lue de tout le monde.
Nota. Filuméne n'est plus fille publique aujourd'hui 15 décembre 1789. Elle est montée d'un cran.