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TROISIEME FILLE

MELANIE

Un abbé fort laid, ex-jésuite, s'établit à Paris, rue Saint—Hyacinthe, en 1765 ou 1766. 11 avait sa pension, quelque patrimoine, et une sœur un peu plus riche que lui, attendu qu'elle avait été séduite par un riche prélat, à l'âge de quatorze ans. L'abbé Naya fit venir auprès de lui M"® Mélanie Naya sa sœur, et ils mirent en commun leurs deux avoirs. Au bout de six mois de société, Mélanie accoucha d'une fille. Son frère dit à tout le monde, au commencement de sa grossesse, que sa sœur était veuve.

L'enfant était destiné à l'hôpital : mais il arriva que la mère eut trop de lait; le médecin lui conseilla de nourrir. Elle allaita sa fille. Voilà comme la petite Mélanie Lévêque fut élevée. On s'y attacha : l'oncle s'était fait journaliste ; il vivait dans l'aisance, et cette enfant l'amusait.

La jeune Mélanie grandit. Elle n'était pas belle; mais elle était faite comme on sait; elle avait la peau blanche, et ces cheveux si noirs, qu'on admire. Il venait chez le journaliste Naya, beaucoup d'auteurs, petits, grands, riches, pauvres, beaux, laids, froids, chauds, etc. Un d'eux, qui était riche, laid et chaud, trouva plaisant de séduire la nièce du journaliste, qu'il

croyait sa fille, pour se venger de la manière persiflante dont Naya avait annoncé sa production la plus chérie, M. Rocher guetta la petite Mélanie, dont l'esprit était nourri de la lecture de tous les romans et de toutes les poésies erotiques qui se fabriquaient dans la Capitale. Il la trouva un jour au Luxembourg avec sa mère. Il était accompagné d'un ami très-doré : il pria celui-ci d'occuper la noire et laide Mélanie, tandis qu'il parlerait à la jeune. M"^ Naya mère fut éblouie par la dorure, et trouva très-spirituelles les choses que le ver luisant lui débitait. Elle fut distraite. M. Rocher ne s'oubliait pas auprès de la petite. 11 lui fit des propositions brillantes, et qui parurent si réelles à la jeune personne, qu'elle fut déterminée sur-le-champ. Le riche lettreur en fut surpris, et ne la crut pas innocente. Cependant il profita de l'occasion. Il emmena la petite, alors âgée de dix-sept ans et six mois.

Au bout de la grande allée, la mère se retourna; elle ne vit pas sa fille. Rocher, qui venait de la mettre dans une maison voisine, paraît alors, et demande à la dame, si elle a maltraité sa fille? M'i* Naya convient d'une querelle assez forte le matin. Rocher lui dit, qu'elle vient de fuir; qu'elle voulait qu'il l'accompagnât; qu'il s'y est refusé; qu'un autre homme de la connaissance de la jeune Mélanie étant survenu, la petite était allée se jeter dans ses bras; qu'ils étaient montés en fiacre, et qu'il accourait pour l'avertir. Il dit le n° ,et promit de découvrir la retraite de la demoiselle

Grande rumeur! On s'en retourna. L'abbé-journaliste mit tout en combustion, et ne retrouva pas sa nièce qui était chez M. Rocher.

Celui-ci, que la facilité de Mélanie Lévéque avait mal prévenu, la traita lestement, et ne crut pas à son bonheur réel. Il fit pis encore : animé par la vengeance, il voulut lui faire multiplier les écarts, pour aggraver l'avilissement de la fille de son critique : il céda Mélanie à un ami : celui-ci à un autre. Elle passa par dix mains, avant d'être placée chez une matruUe, avec qui elle est restée deux ans. Elle s'est enfin mise à elle depuis la mort de sa mère, arrivée en 1788. Elle n'est pas jolie : mais elle

a des amateurs, qui vont la visiter, pour satisfaire le plaisir de la vue.

Nota. Mélanie était encore au Palais-Royal, mardi 15 décembre. Elle nous parut fort triste! Nous lui en demandâmes la raison. Elle venait d'entrevoir son oncle. Ceci nous a donné ridée de la servir. Nous avons averti M. Naya le dimanche 20; et le lundi 21 , il avait retiré Mélanie du désordre.

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