COMMERCE DE LA. RUE VIVIBNNE
L'agiotage, la vente des journaux, et l'amour, tels étaient, d'après cette caricature de 1189, les principaux commerces de la rue Vivienne.
D'une Aimée, petite honteuse, qui a l'art de rougir, dès qu'on la regarde, et qui semble toujours être à son premier raccroc?
D'une Nina, espèce d'endolorée, qui affecte de faire la folle, et de se coiffer comme mad. Dugazon?
D'une Renaudette, qui ressemble fort à mademoiselle Renaud l'aînée, ressemblance qui lui aurait immanquablement procuré quelques bonnes fortunes, si elle n'était pas amoureuse de tous les jeunes gens de seize ans, et aussi grossièrement imprudente, que son modèle est timidement modeste?
(Elle a, dans le commerce, deux sœurs; une cadette très-jolie, qu'on appelle Joséfine, [ou la Cerise; et une aînée, dite la Grave- Une, d'environ vingt-cinq ans, belle femme; mais très méchante : C'était un beau sang! On doit regretter que trois belles filles se soient perdues pour la génération présente, dans la classe précieuse des Artisans, pour être des catins médiocres?)
D'une Nicoîette, jolie, charmante I qui retrace les attraits d'une brune brillante, qu'on rencontre souvent dans la rue Saint- Jacques : elle est douce, complaisante, mais elle manque d'esprit; elle ne parviendra jamais?
Non plus qu'une Marie-Jeanne, jolie poissarde, toujours mise dans son costume, mais qui ayant eu le malheur de se laisser contagier, à son premier début, a pris au traitement, un fumet oral ; son souffle repousse ceux qu'attirait sa beauté?
U une Pellagie-Tiellovi, qui s'est débauchée, pendant que son père était colporteur au Palais-Royal. Elle a séduit avec des chàteries, trois sœurs qu'elle a, Florence, Reine, Tohiette?
D'une Nannette, une fille de fruitière, qui vous conduit dans des allées, à l'aide d'un petit frère qui fait le guet. Cette infortunée sera perdue avant que d'être fille?
D'une petite Manette, orpheline de neuf ans, dont une odieuse créature s'est emparée, pour en profaner l'enfance. Elle demeurait chez un chandelier, à la Porte-Bussi?
D'une F/ï^o/i^, jeune femme d'ouvrier, débauchée par la cor-
ruptrice de la précédente; sous prétexte que le mari étant valétudinaire, elle a besoin de gagner?... etc.
Non, non, nous ne parlerons pas de ces ignobles malheureuses, dont hier nous défendîmes une des plus jeunes, contre les attaques de dix petits garçons qui la voulaient obliger à satisfaire, dans le jardin même, le plus âgé d'entr'eux. Car la police est horriblement négligée, depuis quelque temps !
Nous conduirons ensuite nos lecteurs au Cirque, et nous passerons en revue divers ordres de filles, qu'il sera bon de faire connaître, dans les deux parties suivantes ; savoir :
Les suNAMiTES, OU les RESTAURATRICES, qui deviennent ensuîte berceuses;
Chanteuses ou cantatrices; et converseuses.