H K MU
Pourquoi? parc^quc je sais son nom maintenant, Violante vient de me l'apprendre; et quand je songe que ce vil pamplilélaire, ce calomniateur public, ce Clavijo...
ISABEI.I.E, avec effroi.
Clavijo ! ,
HENRI
Vous le connaissez?...
ISABELLE
Oh! oui, je le connais!.. N’était-il pas, il y a six ans, archiviste à la guerre?...
HE.NRI.
Oui.
ISABELLE
N’en a-t-il pas été chas.sé pour une action coupable, pour un Iralic de places?
HENRI
Oui!
ISABEL LE
Et depuis, repoussé par tous, méinisé de tous!...
HENRI
Oui, pendant deux années!... Mais en un instant tout changea. Ulcéré de rage, il cherche autour de lui, eu lui, une arme, une force... il la trouve. Biographe oomlotliere, il se jette dans le monde une plume à la main, en guise d’épée, ne s’atta(|uant qu’aux plus grands noms : hommes de guerre, hommes de tribune, hommes d’Etat; fouillant leur vie avec une sagacité infernale, leur demandant compte d’actions (ju’il altère, de paroles (ju’il dénature, de projets qu'il travestit; calomniant leure iiensées, quand il ne'peutpas calommier leurs actes; et, comme il est verveux, incisif, spirituel, amusant, élocpient, tout ce (ju’il écrit se lit, tout ce qu’il dit se répète; c’est un misérable, c’est un bandit, mais c’est une puissance !
ISABELLE
Arrêtez, mon ami.... vous. me faites peur!...
HENRI
Peur, pourquoi?
LK 1‘AMPHLET.
ISARKTI.E.
Savez-vous qui a fait oliasser Clavijo de sa place ! qui a révélé sa vénalité?... C’est mon père!
HENBI.
■ Votre père!... et Clavijojie s’est pas vengé de lui.... il n’a pas cherché à le déshonorer?...
ISABELLE^ «Tec iodigoatioo. ‘
Déshonorer mon père?... Comment le pourrait-il ?...
HENRI
Comment a-t-il pu diffamer le général Mercedes? Comment a-t-il pu réduire au désespoir le brave d’Aranda?...
ISABELLE
c’est vrai!
HENRI
Hélas! il a pour lui le plus redoutable des appuis! la malignité humaine... le monde est si heureux quand il voit renverser une statue ! les envieux, les méchants, se pendent tous à la corde pour la jeter plus vite à terre. Regardez.... voyez! toutes ces boutiques de diffamation qui s’élèvent de toutes parts, à Madrid , à Séville... .Ne sont-elles pas encombrées d’acheteurs? ne se dispute-t-on pas leurs misérables pamphlets, plus avidement que les œuvres même du génie? Les plus honnêtes gens ne se font-ils-pas, sans le savoir, les échos, c'est-à-dire les complices de leurs scandales ? Que dis-je! no voit-on pas chaque jour le monde accorder confiance même à ces calomniateurs posthumes, qui, laissant après eux, sous le titre de Souvenirs historiques, leur testament de haine, profitent de ce qu’ils sont morts pour insulter tous les vivants, et se cachent derrière leur tombeau pour assassiner impunément les plus saintes mémoires? Oh! croyez-moi!... pas de liens avec cet homme! qu’il ignore votre existence.... qu’il ne sache pas votre nom!...
Oui!... oui !... vous dites vrai!... Mais pour cela, au lieu de l’irriter par une rupture, il faut partir dans deux heures, sans le voir, sans lui parler !...
HENRI
Partir de ces lieux?...
ISABELLE
Kli! qu’importent, à présent, ces lieux, ces meubles, ces soüVe-