‹ Le pamphlet comedie en deux actes, en prose (volume 2)Chapitre 49 sur 54 · ACTE · texte numérisé non relu

ACTE

CLAVIJO, ëelaltot de rire.

Ah! vraiment? H paraît que monsieur aime la raillerie!... j’en suis charmé, car j’y trouve de même un fort grand plaisir. Veuillez donc vous asseoir.

Gt'ILLEN.

Il ne s’agit pas de raillerie, et vous allez bien le voir, si vous voulez me prêter cinq minutes d’attention.

CLAVWO.

Comment donc! une demi-heure, si vous le voulez. Votre début promet trop pour que je ne cherche pas à vous retenir. Quelle charmante entrée en matière de la part d'un homme que je ne connais pas et que je n’ai jamais vu !

GUILLE>

Je ne vous connais pas davantage.

CLAVUO.

Admirable! Continuez donc.

GLILLEN.

Je continue. Tel que vous me voyez, monsieur, j’ai eu, parbleu ! quarante mille ducats de rente, que j’ai galamment et lestement mangés.

CLAVUO.

Nous nous ressemblons d’une façon incroyable..- j’en ai déjà mangé soixante.

GCILLEM.

Je me suis toujours dit : Quand je n’aurai plus que vingt ducats, j’achèterai deux pistolets, quatre balles, et j’irai voir s’il y a un autre monde. Ce que j’ai ré^lu une fois, je le fais toujours. Donc, hier, lorsque je vis s’évanouir au jeu mon dernier écu, je rentrai chez moi, je pris les vingt ducats que, j’avais mis à part il y a un an, et je me rendis chez l’armurier.

CLAVUO.

C’est très-bien ! c’est très-bien ! Mais cela ne vaut pas le début.

GL'ILLEN.

Attendez la fln. Je suis sûr que vous la trouverez digne du commencement. Tout à l’heure j’étais au Prado, je faisais un dernier déjeuner avec quelques amis, car je ne veux pas paraître

là-haut t omme un va-nu-i»ieds, qui est mort de faim. On parla de calomniateurs, de pamphlétaires infâmes... on parla de vous.

* CLAVIJO

A la bonne heure, cela se renoue!

A ce moment, un jeune lioimne entra : c'est un de mes parents, plein de cœur et de courage, le Tnarquis de Urreaz; il raconta votre dernière infamie, et le cartel qu’il venait de vous envoyer.

CLAVIJO, riant et montrant la table i droite. '

Il est là.

GUILLEN

Tout à coup, une pensée travei-sà mon esprit comnie un éclair, l’arbleu! me dis-je, voilà une belle occasion! ma vie n’a pas été . trop pure, ma conscience n’est pas surchargée de bienfaits... il faut qu’avant de mourir je fasse une bonne action... je vàis aller tuer ce gredin-là.

■ , CLAVIJO

Bravo! très-inattendu! Et comment comptez-vous vous y prendre pour cela?

GUILLEN. '

Ah ! mon Dieu ! tout bonnement.

CLAVIJO

Souffrez que je vous fasse une question. Est-ce que vous seriez amoureux de la senora Isabelle?

Gl’IlLEN.

Pas le moins du monde! Non, je vous jure. Je fais là une affaire de conscience. J’ai idée que, puisqu’il y a quelqu’un là-haut, cela me comptera auprès de lui. Pour les assassins, il y a le bourreau ; pour les peuples dépravés, la peste; pour les criminels au-dessus de la loi. Dieu invente un châtiment, un fléau particulier... Eh bien! je suis votre fléau!

CLAVIJO

Vous me permettrez au moins de prendre quelques dispositions?

(il va & la table à gauche.) ,

GUILLEN, avec polilotae.

Faites donc; c’est trop juste, (ciavijo toune,) Que voulez-vous faire ?

• ACTK 11.

CLAVIJO

J’ai>pelle mes gens pour vous faire jeter à la jiorte.

r.eiLLEN.

Ah ! (Ion Clavijo, c'est mal répondre à ma confiance, (il s'a|i| r- ciio

de lui et lui monlre le canon d*uo pistolet qu*il arme. Uu domcaliqite tnir>> >le la

iiioiie.) Ordonnez à ce valet de sortir, et défendez-lui de rentrer, ou je vous lue comme.un chien.

CLAVIJO, fITrayrf.

Heîn?... Comment! vous oseriez?...

GUILLEN

Croyez-moi, faites ce que je vous dis. Je suis Valeiiçais... je suis têtu... très-décidé à mourir aujourd’hui... Ainsi, renvoyez cet homme, sinon...

CLAVIJO, d’une voix tremblante, au Domeatiqne.

Sortez !

GLILLEN.

Ajoutez donc : Et ne rentrez pas.

CLAVIJO, au Domeatiqne.

Et ne rentrez pas. (u Domestique tort. — A part.) Comment me tirer de là?

GEILLEN.

A la bonne heure ! Ah ça ! maintenant il ne faut pas perdre de temps. Vous avez, dites-vous, quelques dispositions à prendre? Hàtez-vous. (il regarde i sa montre. ) Il est six heures un quart... à six heures vingt minutes... (a pan.) J’ai mon hydre.

(!l AVI J O, avec épouvante.

Comment! m’assassiner?

GEILLEN.

Dites donc exécuter, s’il vous plaît !... (Mouvemen. de ciav.j.>.) Ail ! tu as peur!

Écoutez : j’ai servi cinq ans; j'ai trois fois bravé la mort dans un duel ; mais êire frappé ainsi, sans défense, comme un animal qu’on égorge.... eh bien! oui, cela me fait peur!

GEILLEX.

Tant mieux!

CLAVIJO

Un duel, au moins, un duel !

UUILLEN.

Lu fluel?... Tu n’es j>as degoùté< (ReRardam •* mooire.) Vingt minutes.

CLAVIJO, «'ree éo«rgi>.

Eli bien! soit, tuez-inoi! tirez sur un ennemi désünné. (a pan.) Il hésite. (Haut.) Assassinez un liomme comme Clavijo, au lieu d’en faire....

CeiLLE.N.

Que veux-tu que j’en fasse?

CLAVUO.

Quelque chose de grand et d’utile 1

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