ACTE DEUXIÈME
VlKt^BTNT.
Je le crois bien!... Pendant huit ou neuf ansl... mais depuis son retour, depuis six on sept mois, il vient sans cesse...
IULIE
Je t'arrête encore!... Que ton maître soit amoureux de ma maîtresse, je n'en doute pas. Que Madame aime ton maître, ]e n'en sais rien; 'mais, qu'aimé ou non, il perd son temps, ça, j'en suis sûre.
VINCENT
Ta mal tresse est donc une vertu farouche?
JULtE.
Farouche?... non, mais solide? Oui, hors cela je ne sais rien. Ici tout est mystère. Madame est séparée de son mari depuis dix ans... Pourquoi? Mystère! Monsieur est riche et Madame est pauvre... par quel hasard ? mystère! Madame a son fils avec elle, mais elle l'a perdu pendant quatre ans... Comment? Mystère. Au bout de quatre ans elle l'a retrouvé... Comment ? Mystère. Madame ne me confie jamais rien ! Et, vrai, elle a tort, car je Faime beaucoup.
VINCENT
C'est étonnant !... moi, je n'ai jamais aimé mes maîtres.
ÏULIE.
Oh ! c'est que madame Delpierre est une mète comme il û'y en a pas. Si tu la voyais avec son fils!... Elle se refuse tout pour lui tout donner! et avec cela si adroite à lui cacher ses sacrifices! si aimable avec lui! si gentille pour lui l Le soir, elle lui chante de la musique d*Opéra; le matin, elle l'aide à préparer ses examens. Ils font bien, la mère et le fils, le plus gentil petit ménage... On dirait un frère et une sœur.
n UNE SÉPARATION.
VINCENT
Mais le fils?
JULIE
Brave garçon I raimant beaucoup, mais un peu triste parfois, parce qu*il regrette son père qu'il ne voit qu'une fois par mois.
VINCENT
Et ce père?... Le mari?...
JULIE
Dis donc monsieur le baron!... car il est baron et trèsriche, très-influent, très-ami avec des ministres! Il a un appartement superbe, boulevard Malesherbes!
VINCENT
Pourquoi donc, alors. Madame n'est-elle pas baronne?
JULIE
Toujours mystère!... Silence! madame.