‹ Le pamphlet: comédie en deux actes, en proseChapitre 2 sur 312 · MON PETIT-FILS · texte numérisé non relu

MON PETIT-FILS

C'est à loi^ cher fils, toi qui im revivre Un nom si cruel et si doux pour moi, A toi que je veux dédier ce livre, Venu dans ce monde un jour après toi.

Vous êtes tous deux frères^ ce me semble.

Car pendant les jours de mon cher labeur, Je vous ai tous deux sentis vivre ensemble :

Lui dans ma pensée, et toi dans mon cœur.

Bien grande est la joie au cœur de Tartiste Lorsqu'à ses regards, un jour, tout à coup.

Son idée obscure éclot, nalt^ existe, Et jaillit enfin, vivante et debout!

Plus grand mon bonheur quand un pur mirage Faisait devant moi, dans un doux lointain.

Poindre obscurément ton petit visage^ Confus, mais charmant comme un paysage.

Qui sort tout voilé des pleurs du matin.

Combien différente est votre fortune !

Tandis que , couché, toi, dans ton berceau.

De tout ce qui blesse ou même importune Nous te défendons, doux et frêle oiseau;

Le voilà déjà^ lui^ courant le monde.

Le voilà déjà, ton cadet pourtant, Par le flot qui berce et le flot qui gronde, Poussé^ repoussé, luttant, combattant; Et, bien que ta voix commence à s'entendre^ Le voilà criant bien plus haut que toi.

Et même plus haut, si je sais comprendre.

Que ne le voudraient gens connus de moi.

Que de chers regards tendrement te suivent!

Que d'anges gardiens autour de tes pas !

Sans compter celui que Ton ne voit pas.

Et qui veille plus que tous ceux qui vivent ! Gomme toi, ton frère a des cœurs à soi, Quelque sympathie aussi l'environne.

Mais si j'en suis fier, c'est' lorsque je croi Que le peu d'éclat qui sur lui rayonne Peut aussi, cher fils, rayonner sur toi!

Rayon fugitif! clarté passagère !

Éclat d'un moment ! Et comme bientôt

Tu te vengeras, enfant, de ce frère, Qui semble aujourd'hui te trsHer et haot!

Les jour» et les mois, dans leur coors fapide, Â chacun de tous portant, pour sa part^ A toi quelque grâce, à hri qudque ride.

Te feront jeune hornïne et le font viciflard. 11 ne faudra pas même un si long âge l^our mettre en oubli son faible renom ; Et quand tu liras son nom sur la page, Las! il ne sera déjà plus qu'un nom !

Il n'importe, enfant! Mort pour tout le monde,

P Ce livre, du moins, pour toi revivra :

Bien que nulle voix lors ne lui réponde,

De moi, je l'espère, il te parlera ;

Et de tes beaux jours quand! viendra l'aurore,

Si je n'y suis plu», il te redira

Qu'à toi, mon enfant, je pensais déjà,

Quand tu ne pouws, toi, penser encore !

Dans la vie, ensemble, entrez donc tous deux !

S'il faut qu'à Ion tour notre art te séduise,

Pour que vers le bien le beau te conduise, Que mon père, enfant, soit devant tes yeux î Sans prendre souci qu'on s'en effarouche, Fais ce que tu dois, dis ce que tu sens, Et qu'à son exemple enfin, tes accents.

Parlant de ton cœur plus que de ta bouclie.

Alitent <lroît au cœur des honnêtes gens !

Ernest Legocivk,

OISTRilUTION DE Lft PIÈCE

LÀ MARQUISE DE URRBÀZ. M» Jooasiaiii.

HENRI DE URREAZ, son fils MM. Dblaowat.

DON GUILLEN DE ÀZA6RA, son neveu. RéoRiin.

DON JOSEPH CLAYIJO Gkppkot.

DONA ISABELLE TORDOYA M"'** D. Fix.

YIOLANTEi sa nourrice Laubquiii.

UN DOMESTIQUE. M. Masquillibk.

Iji scène se passe à Madrid.

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