LE COLONEL, MARTHE, SUZANNE, VILLENEUVE
EDITH. (Tout le monde est assis, Suzanne touche du piano.)
EDITH, h Yilleneuye.
Du tout! du tout!... Vous nous appartenez, ainsi que mademoiselle Marthe, pour deux jours !
VILLENEUVE
Mais!...
EDITH
Comment!... débarqués tous deux à Dieppe ce matin, après vingt jours d'absence ; arrivés chez nous à peine depuis deux heures, vous voulez déjà nous quitter, et nous emmener miss Suzanne?... ^
MARTHE
Elle vous reviendra ; mais il faut bien que nous la conduisions un peu au pauvre Joseph. ^
^ EDITH
Mais il va venir, M. Joseph !
Ici?...
EDITH
Il' arrive de Paris par le train d'une heure, la voiture va le chercher... Il a écrit à miss Suzanne... (on se lève.)
SUZANNE
Oui, une lettre assez singulière, même!
MARTHE
Je m'en rapporte bien à lui ! Le plus drôle d'amoureux l...Le bonheur t'avait tellement attendri, qu'imaginez-vous, colonel, que, le jour de notre départ, il me faisait presque des déclarations, à moil... Il me trouvait jolie... jugez!...
LE COLONEL, à part.
Elle a du montant, cette fille-là!... (ii remonte.')
EDITH
Ainsi, voilà qui est convenu, vous nous restez 1
VILLENEUVE, soariant.
Mais., je crains*. •
éDITH.
Oh ! il n'y a pas à répliquer ici! Afon père est colonel I... Jo commande à mon pèrel... donc, il faut m'obéir!... C'est de la disciplineM...
LE COLONEL
E|t puis il faut bien que vous nous parliez un peu de l'Exposition de Londres!... qiie nous disions du mal de ces scélérats d'Anglais!...
VILLENEUVE, riant*.
Vous ies détestez donc bien?... Mais ces grands champs de bataille de l'Industrie... cela rapproche. En voyant toutes ces machines utiles, on veut bien encore se battre, mais se battre à qui fera le plus de bien!... Les hostilités tombent! les haines s'effacent! le cœur s'élargit! on n'aime pas moins son pays, mais on ne déteste plus les autres!...
1. Marthe, Suzanne, le colonel, Villeneuve, Edith. d. Marthe, Edith, Suzanne, le colonel, Vilieneuye.