ACTE II
CLAVUO. ^latanlde rire.
Ah! vraiment? Il parait que monsieur aime la raillerie!... j'en suis charmé, car j'y trouve de même un fort grand plaisir. Veuillez donc vous asseoir.
GUILLEN
Il ne s'agit pas de raillerie, et vous allez bien le voir, si vous voulez me prêter cinq minutes d'attention.
CLAVIJO
Gomment donc! une demi-heure, si vous le voulez. Votre début promet trop pour que je ne cherche pas à vous retenir. Quelle charmante entrée en matière de la part d'un homme que je ne connais pas et que je n'ai jamais vu !
Je ne vous connais pas davantage.
CLAVIJO
Admirable ! Continuez donc;
GUILLEN
Je continue. Tel que vous me voyez, monsieur, j*ai eu, parbleu ! quarante mille ducats de rente, que j'ai galamment et lestement mangés.
CLAVIJO
Nous nous ressemblons d'une façon incroyable... j'en ai déjà mangé soixante.
GUILLEN
Je me suis toujours dit : Quand je n'aurai plus que vingt ducats, j'achèterai deux pistolets, quatre balles, et j'irai voir s'il y a un autre monde. Ce que j'ai résolu une fois, je le fais toujours. Donc, hier, lorsque je vis s'évanouir au jeu mon dernier écu, je rentrai chez moi, je pris les vingt ducats que j'avais mis à part il y a un an, et je me rendis chez l'armurier.
CLAVIJO
C'est très-bien ! c'est très-bien ! Mais cela ne vaut pas le début.
GUILLEM
Attendez la fin. Je suis sûr que vous la trouverez digne du commencement. Tout à l'heure j'étais au Prado, je faisais un dernier déjeuner avec quelques amis, car je ne veux pas paraître
oh LE PAMPHLET.
là-haut comme un va-nu-pieds, qui est mort de faim. Ou parla de calomniateurs, de pamphlétaires infâmes... on psoia de vous.
CLAYIJO.
A la bonne heure, cela se renoue !
GUILlEIf.
A ce moment, un jeune homme entra : c'est un de mes parents, plein de cœur et de courage. Je nniqiBs de Urreaz; il raconta
votre dernière infamie, et le cartel qu'il venait de vous envoyer.
CLAVIJO, rUntetmo&iraBt U Ubl« adroite.
H est là.
GUILLEN
Tout à coup, une pensée traversa mon esprit comme un éclair. Parbleu! me dis- je, voilà une belle occasion! ma vie n'a pas été trop pure, ma conscience n'est pas surchargée de bienfaits... il faut qu'avant de mourir je fasse une bonne action... je vais aller tuer ce gredin-là.
CLAVIJO
Bravo! très-inattendu! Et comment comptez-vous vous y prendre pour cela?
GUILLEN
Ah ! mon Dieu ! tout bonnement.
CLAVIJO
Souffrez que je vous fasse une question. Est-ce que vous seriea amoureux de la senora Isabelle?
GUILLEN
Pas Je moins du monde ! Non, je vous jure. Je fais là une affaire de conscience. J'ai idée que, puisqu'il y a quelqu'un là-haut, cela me comptera auprès de lui. Pour les assassins, il y a le bourreau; pour les peuples dépravés, la peste; pour les criminels au-dessus de la loi. Dieu invente un châtiment, un fléau particulier... Eh bien ! je suis votre fléau î
Vous me permettrez au moins de prendre quelques dispositions?
(il va à la table à gaacbe.)
GUILLEN, aTec politeasf.
Faites donc; c'est trop juste, (ciavijo wunc.) Que voulez-vous faire?