‹ Le pamphlet: comédie en deux actes, en proseChapitre 73 sur 312 · ACTE I · texte numérisé non relu

ACTE I

crainte de laisser sa fille, seule au mondet sans (brtuûe et sans protecteur.

WILSON

Cela ne m'explique toujours pas comment ce titre de Gemay...

GfeORGBS.

M'y voici ! Cette terre, comme quelques baronaies d'Ailemagne, donne au propriétaire le droit d'en prendre le titre et le nom. J'avais raconté ce détail à madame de Rochegune qui, dans la conversation, m'appelait toujours par badinage M. le baron de Cemay. Un matin, j'arrive chez elle, comme de coutume, et je trouve à son chevet sa fille, qui revenait d'une excursion de plusieurs jours dans la montagne ; mais quelle est ma surprise , quand la malade me présentant à elle, lui dit : c M. Bernard de Cemay, dont je t'ai tant » parlé 1 1 Je veux me récrier , elle m'an*ête d'un regard et me dit tout bas : c Ne la détrompez pas, je vous en prie I » Je me tus, ou plutôt je ne songeais plus ni à parler ni à me taire ; car j'étais sous le charme d'une apparition céleste 1

WILSON

Et pourtant elle n'avait pas soixante ans 1

GEORGES, avec émotion.

Ne ptadsante pas, je t'en prie!... Alice, — c'était son nom, — avait dans le regard autant de bonté que sa mère, avec je ne sais quoi de fier, d'altier, de royal ! On lisait sur ce jeune front si noble et un peu dédaigneux, comme un reflet éclatant de toute une race glorieuse^... le rayonnement de dix génératiois qui ne s'étaient occupées que de grandes choses ! Et lorsque, dans la conversation, elle laissait percer son dédain ingénu pour tout ce qui n'étail pas la noblesse, ce dédain, le croirais-tu? me plaisait comme légitime. •• c'était comme un attrait de plus qui irritait ma passion in* sensée... Je l'aimais... je l'aimais de me dédaigner t

U passe à gauche, où il s'assied sur le canapé. WILSON, àpart.

Pauvre garçon! (Haut.) Tu as raison... tu étais fou !

GEORGES

Si fou, que le lendemain je d^^mandai à madame de Roche»

âO PAR DROiî DE CONUCETJE.

gune la main de sa fille, c Cette union est mon roBa le pins » cher, me répondit-elle... mais Youlez-vons réussir? D'af bord , ne parlons pas encore à ma fille de fotre grande

> fortune... >

WILSON

Voflà une noble louange pour la fille !

GEORGES

c Et quant à votre nom, laissez-moi choisir le momenl de

> le lui apprendre. »

WILSON

Elle avait raison.

GEORGES

Je reAisai pourtant ; je ne pouyais me résoudre a prolonger Terreur d'Alice... Mais madame de Rochegune me parla en termes si touchants de sa santé détruite, de l'abandon qui menaçait sa fille ; elle en appela si vivement à mon amitié, à mon amour, que je consentis à me taire jusqu^à son retour id.

C'est-à-dire jusqu'à aujourd'hui?

GEORGES

Oui I... nous convînmes qu'aujourd'hui elle apprendrait à Alice et ma fortune et mon nom ; qu'aujourd'hui je viendrais dans ce salon à dix heures et que j'y attendrais sa réponse.

WILSON

Et tu l'attends?

GEORGES

Je l'attends!... Tu comprends maintenant mon anxiété, mon angoisse !••. Madame de Rochegune a-t-eile déjà parlé ? Parle-t-elle en ce moment? Dira-t-elie tout ? Que répondra Alice ?... Ah I je tremble ! L'épreuve que je viens de tenter «,'a montré toute l'inflexibiUté de cette noblesse du Midi. Tu âs entendu la marquise elle-même s'écrier : c Je ne la rever- » rais de ma vie ! » Que dira-t-elle donc, elle, quand elle va tout apprendre?

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