ACTE II. 4t
fois leur valeur. Ainsi vous avez mon dernier mot, six cents francs!
LA MARQUISE, allant «^asseoir adroite. «
Allons, on fera ce que vous vouiez... terrible femme f... Mais la moisson?...
MADAME GEORGES
^ Oh! la moisson... c'est différent! J'ai pris des renseignements ce matin... la vôtre vaut mille francs de plus que vous n'en demandez. . . et je vous les offre !
LA MARQUISE
Oh ! vous êtes une brave femme )
MADAME GEORGES
Je le crois bien ! Ainsi voilà qui est convenu : trois mille francs pour les blés, mille pour les avoines, six cents pour le bétaiL .. avec neuf mille de ce matin... total, treize mille sa cents... C'est écrit...
LA MARQUISE, riant.
OÙ donc?
MADAME GEORGES, montrant m n front LA MARQUISE.
Vous ne le marquez pas sur votre carnet?
MADAME GEORGES
Est-ce que j'ai un carnet?
LA MARQUISE
Gomment écrivez-vous ?
MADAME GEORGES
Est-ce que je sais écrire?
LA MARQUISE
Quoi I . .. TOUS ne savez pas. . .
MADAME GEORGES
A quoi cela sert-il?... Savez-vous ce que c'est que l'écriture, madame la marquise ? c'est une mauvaise habitude. . . conmieles béquilles... comme si l'on avait besoin d'une canne pour marcher, d'un fauteuil pour s'assecir et d'un calepin
ir se souvenir.
LA MARQUISE
Hais enfin vous tenez des livres?
-' ,.:TIP7«î'
If ADAME ^GEORGES.
Pourquoi faire?... pour sept ou huit pauvres cent mille francs que je remue dans Tannée..» Ah! mes livres, ils sont bientôt tenus t... ~- Père Antoine, vous avez là un joli troupeau ! — 11 est à vous, madame Georges. — ^ Oui, finaud, quand je l'aurai payé. Combien en \oulez-vous? — Deux mille francs. — Quinze cents ! -«- Soyez bonne femme, madame Georges, il n'y a plus entre nous qu'un fil. — Oui, mon garçon ; mais ce fil-là, c'est le cordon de la bourse !... — Il se met à rire, moi aussi... on s'arrange... j'emmène son troupeau, il emporte mon argent, et voilà mes écritures finies... Oh ! l'écriture, c'est un des sept péchés capitaux... c'est la mt^re de la paresse !
LA MARQUISE, riant.
Ah!
MADAME GEORGES
Ah çà, je cause... et j'oublie que l'heure me presse. . . (BUe
remonte le théâtre.)
LA MARQUISE, wlerantfltpeaiaBtk gauche.
Quelque grand achat de céréales !
MADAME GEORGES, avec effinioo.
Non! non! une vraie affaire... TafTaire de mon cœur... U... Mais je ne veux pas entamer ce chapitre-là... parce qu'une fois lancée, je ne m'arrêterais plus... Je serais capable de m'asséoir !
LA MARQUISE
Eh bien, asseyez-vous là...
MADAME GEORGES
Quand il m'attend?
LA MARQUISE, aoBriaat.
Qui est-ce donc... il?...
MADAME GEORGFS.
Et qui serait-ce, sinon mon orgueil^ ma joie... oion fils!...
LA MARQUISE
Votre fils !
MADAME GEORGES
Oui, mon fils, que je n'ai pas vu depuis deux mou... c