‹ Le pangermanisme colonial sous Guillaume II;Chapitre 44 sur 84 · EMIL JUNG · texte numérisé non relu

EMIL JUNG

versement violent de tout ce qui existait, reçurent en [jartie satisfaction par les ordonnances du nouveau roi de Prusse (i) qui, comme son illustre aïeul (2), désirait, — encore qu'il ne l'ait pas déclaré explicitement — que cliacun dans son Etat pût assurer son salut à sa l'açon ; d'autre part, la grande guerre (3) leur apporta enfin la réalisation d'un vœu que depuis longtemps ils nourrissaient ardemment : Vunité de V Allemagne. La vieille légende du Kyllhauser s'était réalisée ; on jeta le bonnet en loques des Jacobins ; et de même que celui qui les appelait jadis au combat, Freiligrath, se- réconcilia, en terminant noblement sa carrière politique par ses dernières et magnifiques poésies : Hurrah Germania et La Trompette de Vionville, de même aussi les Allemands d'Australie saluèrent, par d'éclatants cris de joie, l'aurore naissante d'un nouvel avenir plein de promesses.

Si, en ellet, le glaive de la Germanie a donné à l'Allemand de la vieille terre natale une position parmi les peuples (le la terre, qu'on avait à peine jamais soupçonnée auparavant, le bénéfice fut plus grand encore pour les Allemands fixés à l'étranger. A cùté du Latin proclamant fièrement sa nationalité, l'Allemand put alors, lui aussi, jeter son cri non moins fier : « Je suis Allemand. ». Le c uns g er marins fut désormais l'égal du cUns romanus, tandis qu'auparavant on avait apprécié la haute valeur de l'Allemand, qu'on aimait mieux faire passer pour Prussien, Bavarois, Hambourgeois, etc., non pas parce que, mais quoiiiu'AUemand. Sans doute, les Allemands eux-mêmes furent bien souvent cause de ce manque d'estime, car il ne leur arrivait que trop souvent de serrer le poing dans leur poche, oublieux du vieux I)roverbe : ft A méchant, méchant et demi. »

[li Frédéric Guilluuiue IV.

(2) Frédéric II.

(i Celle de 1870.

^ LE PAXGERMAiyiSME COLONIAL

De toutes les colonies australiennes, c'est surtout l'Australie méridionale qui avait accueilli chez elle beaucoup d'hommes de 4^. C'est là également que prit naissance tout d'abord, et de la façon la plus expressive, le désir de commémorer par une fête le rétablissement de l'empire allemand. Il est vrai que la capitale de cette colonie, Adélaïde, possédait déjà à cette époque le ]>lus fort conting^cnt de poj)ulatiou allemande ; cependant il y était étoulle par l'élément ang'lais ; plus au nord, dans la riante ville de Tanunda, on était davantage entre soi. Tauunda formait et forme encore aujourd'hui le centre économique de toute une grande couronne de localités allemandes ; c'était aussi, à cette époque, alors que VAusfrnlische Zeitiing-, paraissant aujourd'hui dans la capitale, y était encore imprimé, le centre intellectuel vers lequel convergeaient les intérêts allemands de l'Australie méridionale. C'est donc ici, au pied du Aaiserstnhl, montagne qui s'élève à une grande hauteur, que fut célébrée la fête commemorative qui vit encore dans le souvenir joyeux de tous ceux qui purent y prendre j»art. Certes, cette i)articij)ation ne fut ])as toujours permise aux Allemands eux-mêmes, (^ar, au cours des nombreuses années écoulées, la haine des « vieux luthériens » c<mtre l'intolérance du Gouvernement, qui cependant avait cess('' d'êlre intolérant, mais par lequel ils avaient été contraints de quitter le ]niys de leurs pères pour servir Dieu à leur manière, s'était si peti adoucie; les soull'rances qui s'étaient l'épandues sur eux étaient si peu oubliées, que les pères de l'Kglise, plus encore que les pasteurs des Ames, interdirent sévèrement à tous les ndèles «le [trendre part à cette l'ête <' impie ». Peine perdue! Des hauteurs qui (htminaient Titnunda et r«'ni])lacement ilv la fête, beaucoup assistèrent quand même avec plaisir au cortège d'unt^ beauté surprenante, avec ses représentants des réginu'nls aile-

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jnatids, en parliculiei* des uhlans si redoutés des Français, avec ses demoiselles d'honneur et ses nombreuses l)annières; et, le soir, lorsque les feux de joie flambèrent alentour, au flanc des hauteurs, ou dit que 2)Uis d'un «f rigoureux fidèle » apporta à la fête universelle son tribut de quelques souches d'eucalyptus.

Mais celui qui, enfreignant la défense, assista à cette fête mayniiique et inoubliable, et attii-a sur sa tète rebelle les foudres de l'excommunication de l'Eglise, celuilà fit volontiers pénitence, car il avait vécu des heures qui ne pouvaient pas s'eflacer de sa vie.

Emil Jung, Die Zulainft des Deutschtunis in Australien (L'avenir du germanisme en Australie), i\)0-i, j). aO-u^.

2. Faible résistance des émigrés allemands devant la civilisation anglo-saxonne.

Le germanisme peut-il et pourra-t-il continuer à se maintenir en Australie? Il ne pourra certainement ]»as reposer sur les membres des classes cultivées, sans recevoir constamment un renouveau de la mère patrie; car ceux-ci, habitant jkjui- la jdupart dans les villes, s'ada])tent plus ou moins à leur milieu anglais, tandis que leurs enfants deviennent d'ordinaii-e des Australiens anglais.

De même qu'en Amérique, la deuxième génération y cmi»loie également de préférence la langue anglaise. Et cela d'autant plus que, par suite de l'extension rapide de l'instruction à bon marché et souvent même gratuite dans les écoles de l'Etat, où tout l'enseignement se donne en anglais, les écoles allemandes auti*efois assez nombreuses ont en grande partie disparu. A l'heure actuelle, ce sont surtout les églises luthériennes allemandes

96 LE PAXGEUM.VMSME COI.OXIAI.

qui constituent les principaux appuis du germanisme, vu que, tout au moins dans les paroisses des campagnes, une vie religieuse passablement active s'est maintenue.

Mais, en Australie, comme dans tous les [>ays de langue anglaise, l'élément allemand ne peut avoir un avenir assuré que par une immigration constante, venue de la terre natale, rajeunissant le caractère allemand et resserrant de plus en plus les liens qui unissent l'ancienne et la nouvelle patrie.

A la vérité, quel que soit le plaisir que cause aux Allemands de la vieille patrie la pros2)érité de leurs frères allemands sur les rivages du Pacifique, ils ne peuvent pas se fermer à cette ])ensée qu'il serait ])lus avantageux pour notre nationalité que l'émigration allemande se dirigent vers des i)ays où notre caractère propre soit exposé à moins de dangers que dans les contrées de langue anglaise ; vers des pays où ce caractère ne sombre pas comme « engrais de cwilisation », mais continue à donner une riche floraison ainsi que la branche vigoureuse d'une vieille souche.

Emil Jung, Ibid., p. uj), sq.

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