VI PRÉFACE
Pour M. G. Weil, comme pour M. René Henry, ni les lois naturelles, ni les lois historiques n'ont encore condamné l'hétérogène monarchie de François-Joseph à une dissolution inévitable. L'existence a beau en sembler de loin inconciliable avec le principe national sur lequel reposent presque tous les Etats contemporains, la chute de l'antique maison d'Autriche, au lieu d'affranchir les peuples réunis sous le sceptre des Habsbourg, risquerait d'écraser la plupart d'entre eux sous ses ruines, tant ils sont enchevêtrés les uns dans les autres, et tant ils auraient peine à vivre en dehors du vieux cadre historique où les siècles les ont rassemblés.
Tandis que la plupart des prédécesseurs de M. G. Weil dans l'étude du problème autrichien en ont examiné un à un les divers facteurs, — allemand, slave, roumain, hongrois, M. G. Weil a consacré tout son livre au facteur dominant de l'Autriche propre, au facteur allemand. Cela lui a permis de l'étudier avec une ampleur et une plénitude qui font l'originalité et le mérite de son ouvrage. Il a pesé, avec soin, la force des éléments tudesques de l'Autriche, en même temps qu'il a mesuré la poussée germanique du
PRÉFACE Vil
dehors. 11 nous a donné ainsi un livre nouveau qui éclaire et complète tous ceux qui ont été écrits, chez nous, en ces dernières années, sur FAutriche-Hongrie et sur l'Allemagne, tels que les Questions d' Autriche-Hongrie de M. René Henry et V Lnjpêrialisme allemmid de M. Maurice Lair.
Le pangermanisme! iln'estguère, aujourd'hui, en ce temps d'impérialisme, de sujet plus digne de l'attention de la France et de l'Europe. Que nous tournions nos regards vers les bouches du Rliin, de la Meuse et de l'Escaut, vers les sources de l'Elbe ou vers celles de Tlnn et de l'Adige, vers les crêtes des Alpes Juliennes ou vers le golfe de Trieste et la rade de Pola, nous rencontrons, partout, les ambitions pangermaniques; et si, au nord comme au sud, à l'est comme à l'ouest, elles se heurtent, le plus souvent, aux défiances des États et aux résistances nationales, nous ne sommes pas assurés que les barrières matérielles ou morales qui se dressent devant elles seront toujours assez fortes, ou assez bien gardées, pour qu'elles n'y puissent faire brèche.
En Autriche, le grand obstacle aux convoitises du pangermanisme, c'est, on le sait, les Slaves