‹ Le Pangermanisme en AutricheChapitre 4 sur 37 · PRÉFACE X · texte numérisé non relu

PRÉFACE X

empire allemand, maître à la fois de Vienne et de Berlin, se résigne à laisser Prague couper l'un de l'autre le Danube et la Sprée, et tolère longtemps au Hradschin une garnison russe ou une citadelle slave? La Bohême et la Moravie, l'ancien royaume de Wenceslas, si longtemps uni à l'Allemagne, tout en étant toujours en révolte contre les Allemands, telle sera toujours la pierre d'achoppement du pangermanisme. Une grande Allemagne, héritière à la fois du Saint-Empire du moyen âge et du Parlement de 1848, ne saurait renoncer à la Bohême, champ de bataille séculaire du germanisme et du slavisme. Et la Russie, patronne des Slaves, la Russie autocratique, où il y a, malgré tout, un peuple et une opinion publique, ne saurait livrer ces Slaves de Bohême au Niémetz^ éternel adversaire des Slaves.

Mais allons plus loin, supposons que, par la diplomatie ou par les armes, — ce qui serait presque également malaisé, l'Allemagne réussisse à s'approprier la Bohême et la Moravie, quelle situation pareille conquête ferait-elle à l'Allemagne et à la Prusse ? Annexer à l'Allemagne de Bismarck les provinces semi-allemandes

X préface;

de rAutriche, lui rattacher la Bohême et la Moravie, en même temps que les pays Slovènes autour de Trieste, — car si Trieste est italien, la campagne triestine est restée slave, — ce serait introduire dans le nouvel empire des éléments étrangers, deséléments réfractaires, qui, appuyés sur les Polonais de la Posnanie et de la Haute Silésie, entretiendraient, dans la nouvelle grande Allemagne, une incessante agitation nationale, assez forte pour y mettre en danger et l'unité de rÉtat et les libertés publiques. Alors même que Berlin se croirait de taille à germaniser ou à mater ces dix ou douze millions de Slaves, Polonais, Tchèques, Slovènes qui, sur toutes les frontières orientales du nouvel empire, formeraient une large ceinture hostile, la maison royale de Prusse se demanderait si, pour elle et pour TAllemngne même, il n'yaurait pas un péril dans ces acquisitions autrichiennes. Ce serait refaire la grande Allemagne de 1848, avec toutes ses difficultés et ses rivalités intérieures. L'équilibre entre le nord et le sud, entre les protestants et les catholiques, le précaire équilibre établi au profit des premiers par Bismarck, se trouverait rompu ; le centre de gravité de l'empire serait dé-

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