D' Gustav Kohn, op. cit., p
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changement. Elle restait la même, inspirée et dominée par les mt^mes idées, pourtant un peu moins ambitieuse peut-ôtre, à cause du mécontentement de plus en plus marqué de la Prusse, mécontentement dont le souvenir de Sadowa obligeait bien à tenir compte. Ce mécontentement de la Prusse, M. de Beust ne pouvait pas ne pas s'en apercevoir, mais il feignait, fidèle en ceci à la tactique de parfaite correction apparente, qu'il avait su maintenir dans sa politique, de ne pouvoir bien se l'expliquer. Le léger recul évident des visées autrichiennes, M. de Beust s'était cependant vu obligé de l'admettre et de le constater. 11 n'était donc pas très satisfait de la situation générale dès le début de cette année 1869, et c'est cette impression de regret et de légère amertume, qui se dégage d'une lettre qu'il écrivait de Vienne, le? janvier 1869, et où nous remarquons le passage suivant : « La politique proclamée par Sa Majesté l'Empereur, celle qui exclut l'idée de revanche, a été suivie loyalement et scrupuleusement; mais, en vérité, ceux qui sont restés seize ans h couver les représailles pour Olmtitz ne peuvent guère comprendre qu'on ait si vite oublié Nikolsbourg*. »
A cette époque, en effet, M. de Beust, un peu découragé peut-ôtre par la difficulté de la tâche énorme qu'il avait voulu entreprendre, se rabat-
1. Mémoires du comte de Beust (traduction Frédéric Rohn Abrest), t. II, 1866-1885, p. 208.
tait sur des projets moins grandioses. La revanche complète, absolue, de Sadowa, celle qui eût été vis-à-vis de Sadowa ce que Sadowa avait été vis-àvis d'Olmiltz, son rêve intime lorsqu'il avait pris le pouvoir, semblait de plus en plus irréalisable et alors, comme pis aller, M. de Beust commence à pensera favoriser la constitution d'une Allemagne du Sud indépendante, sur laquelle, sans aucun doute. Vienne agirait progressivement comme un centre d'attraction naturel et irrésistible. Ce n'était point là une mauvaise idée, et son succès pouvait môme après tout être plus radical et plus certain que celui de la politique de revanche ; mais il faudrait incontestablement l'attendre plus longtemps. Et puis, tous ceux qui prônaient à outrance Tidée de l'unité de tous les Allemands de race, les pangermanistes d'alors, n'allaient pas manquer de lui reprocher de tenter de couper ainsi l'Allemagne en deux parties distinctes, peut-être hostiles, de désorganiser de nouveau cette Allemagne en train de se constituer. Aussi se défend-il d'abord d'avoir conclu ce plan, tout en laissant voir que sa réalisation lui serait assez agréable, et, à ce point de vue, il nous paraît intéressant de citer les passages que voici, tirés d'un leader article de la Neve Freie Presse (juillet 1869). « Le comte de Beust ne veut pas pratiquer une politique de restauration allemande... Un ministre des Affaires étrangères d'Autriche ne peut voir que d'un œil favorable l'Allemagne du
Sud former une confédération solide. Personne n'envoudra au comte de Beust faisant cet aveu : « 11- « nous est permis de désirer la Confédération duSui « et pcut-ôtrc la désirons-nous en réalité. » Et lejournal continue en disant : « Mais le chancelier de la monarchie rejionce complètement à la pensée de revanche pour Kœniggra^tz lorsqu'il ajoute : « Nous ne pouvons et ne voulons pas fonder la « Confédération du Sud, ni contribuer à la fonder. « Si elle s'établit, personne n'aura le moindre droit de dire qu'elle est l'œuvre de suggestions autrichiennes'. »
Ce passage, surlout si on le rapproche de la dépêche adressée par M. de Beust le 4 avril 1869 aux représentants de TAutricheà Munich et à Stuttgart, où il donne l'assurance formelle que l'Autriche n'a ni le droit, ni le désir de se mêler des affaires de l'Allemagne du Sud, permet de se faire, croyonsnous, une idée exacte de ce que fut en 1869 la politique autrichienne dans la question allemande. Politique un peu incertaine, sans plan bien arrêté, s'en remettant surtout pour la réussite au hasard, à la Fortune, n'ayant en somme d'autre ligne de conduite que celle qui consisterait k tirer éventuellement des événements le meilleur parti possible... contre la Prusse. Et voilà encore un sujet de mécontentement sérieux pour les premiers adhérents de
1. Mémoires ducomfe de lieust (traduction Frédéric KolinAbrest), t. Il, i8()(;-1885, p. 221-222.
'idée pangermaniste, qui, dès lors, voudraient, oublieux d'un passé* si récent, qu'on fît des avances L la Prusse et qu'on l'aidùt aveuglément à constiuer cet empire allemand, qui ramènera par la )ensée ces sectaires fanatiques (le mot, croyonslous, n'est pas trop fort) du sentiment national lUemand, qui ne veulent plus se souvenir de leur qualité d'Autrichiens, aux temps les plus glorieux iu Saint Empire Romain Germanique.
L'année 1869 n'avait donc pas été très favorable à la politique de M. do Beust; Tannée 1870 devait, elle, dès son début, voir chanceler d'une manière inquiétante tout l'édifice, si laborieusement équilibré par le ministre autrichien. La politique intérieure, une fois de plus, allait déranger la politique extérieure.
M. de Beust, en effet, toujours hanté par l'idée (l'amener à l'intérieur une trêve entre les diverses nationalités, qui lui permettrait de tourner toute son attention et toute son activité vers le dehors, avait entamé des négociations avec les Tchèques, l'élément le plus remuant de la monarchie, pour tâcher d'obtenir d'eux, moyennant quelques concessions, un peu de tranquillité. Ces négociations, le président du conseil autrichien, le prince Auersperg, représentant d'une politique de résistance à toutes les revendications, les réprouvait. De plus, certains actes de M. de Beust avaient froissé l'amour-propre du prince. De là, une cer-
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taine tension et une grande froideur, qui avaient fini par amener la démission du prince Auersperg. Le cabinet se disloquait donc. Sur le moment, néanmoins, la majorité de ses membres qui prônait, comme le prince Auersperg, la politique de fermeté vis-à-vis des Tchèques, l'emporta malgré la retraite dn prince, et, le 1 *" février 1870, le ministère se reconstituait avec un programme inspiré par cette politique de résistance, sous la présidence de M. Hasner*.
Malgré tout, Tavenir devait bientôt donner raison à M. de Beust. En eiïet, la question tchèque devenait si critique, si aiguë, que même ce ministère ainsi reformé, si nettement allemand, ce ministère do combat se vit obligé à son tour d'entamer des négociations avecics Tchèques. Elles échouèrent, et cet échec amenala démission du ministre de Tintérieur, M. Giskra, quiles avait dirigées (22 mars 1870). Le ministère se disloquait donc de nouveau et le i avril 1870, devant Téchec do la politique de résistance, la minorité du cabinet, celle qui était disposée à essayer de prime abord de la conciliation, l'emportait h son tour.
llasner démissionnait on effet, et le comte Po-
\. lïasner (Léopold\ chevalier d'Artlia, né à Prague le 15 mars 1818, mort le îi juin 1891, rédacteur en 1848 à la Prager Zeitung^ ensuite professeur de philosophie et de science politique à TUniversité. A partir de 1861, député à la Diète de Bohi^me et au Reichsrath. En 1805, professeur de science politique à l'Université de Vienne, ministre de l'Instruction publique du cabinet Auersperg (30 décembre 1X67), président au conseil du 1" février au 4 avril 1870. Membre de la Chambre des Seigneurs depuis 1867.
tocki* devenait président du conseil à sa place. Il se trouvait en présence d'une situation difficile, d'une opposition qui. désormais, savait ce qu'elle pouvait faire. Il était très délicat et malaisé de reprendre les négociations. En un mot, la question avait été très mal engagée. Les Tchèques, en effet, ne se tenaient pas pour satisfaits du demi-succès que constituait pour eux Tarrivée aux affaires du ministère Potocki; les Allemands, de leur côté, regrettant l'échec de la politique intransigeante du prince Auersperg et de M. Hasner, voyaient d'un assez mauvais œil le nouveau ministère...
Et c'est cette sensation de malaise peu dissimulée, c'est ce mécontentement réel des partis allemands, qui motivent la réunion à Vienne, le 22 mai 1870, de « l'Erster Deutsch-Œsterreichischer Parteitag » (premier Congrès du parti allemand-autrichien). Parmi les hommes politiques qui y prennent part, nous relevons les noms d'Anton Auersperg-, de MM.de Kaiserfeld,Rechbauer, Giskra, Gross ans
1. Potocki (Alfred, comte), né en 1817, mort à Parislel8mail889, membre de la Chambre des Seigneurs en 1861, ministre de l'agriculture (1867-1 870), président du Conseil (4 avril 1870 — 7 février 1871). Gouverneur général de la Galicie (1875-1883).
2. Auersperg ( Anton- Alexander-Maria, comte), plus connu sous son pseudonyme littéraire d'AnastasiusGrun,né à Laibach en 1806, mort à Gratz le 12 septembre 1876. Etudia le droit à l'Université de Vienne, puis passa une grande partie de sa vie dans ses domaines. Gomme homme politique, il siège à l'Assemblée nationale de 1848, au Reichsrathdel861. 11 est ensuite nommé à la Gliambrc des Seigneurs, membre du Conseil privé en 1863. Bourgeois honoraire de Vienne en 1864. Président de la délégation du Reichsrath en Î868. 11 fut un des chefs du parti libéral allemand. Ses œuvres poétiques sont justement réputées.
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Wels, Kaiser, Max Friedlamder, etc., etc., tovis personnages connus et influents. Sans doute, ^^ Congrès s'intitule encore sllemaxid-autrichien; "^ reste sincèrement, foncièrement autrichien, et ^^ serait faire injure à ceux qui le composent qvi® de les confondre, ne fût-ce qu'un instant, avec l^^ pangermanistes ; mais, ceci dit et affirmé nettemeiB-*» n'est-ce cependant pas déjà une indication sérieux ^ d'une tendance fâcheuse vers le pangermanisir^ ^ dans l'avenir, que le programme élaboré par c^^ Congrès, et qui consiste à faire passer l'intérêt n^*^ tional allemand et le maintien de la solidarité all^ — mande avant toute autre considération. Il est doii^c? certain que, motivée par l'importance et l'acuité croissantes de la lutte des nationalités en Autriche à cette époque, il commence k exister chez les Allemands d'Autriche, dont la suprématie y est battue en brèche, une tendance réelle à se considérer de plus en plus comme de simples sociétaires, pour ainsi dire, dans cette grande société, que forme l'Autriche-Hongrie sous la raison sociale: <( Habsbourg ». Et cette tendance, s'accentuant fatalement, par la force môme des choses, amènera bientôt certains de ces Allemands, à tort ou à raison, à chercher contre leurs rivaux en Autriche un point d'appui hors de l'Autriche, c'est-à-dire à Berlin. Pour que ce point d'appui devienne un centre d'attraction, il faudra alors peu de chose et ainsi, pensons-nous, peut se résumer le plus
simplement révolution, pour ainsi dire psychologique, des pangermanistes, tout au moins de ceux pour qui le mouvement est autre chose qu'un prétexte à agitation et à scandales.
Si Ton veut se rendre compte plus exactement de cette revendication très nette des droits des Allemands, en tant que sociétaires influents dans la monarchie austro-hongroise, revendication dont nous parlions tout à Theure, Ton n'aura qu'à lire certains passages des discours fort éloquents et d'une belle tenue littéraire prononcés par M. de Kaiserfeld le 8 avril 1870 et M. Sturm le 19 novembre 1870, à la Chambre des députés, et surtout de la magnifique et prophétique harangue de M. Unger^ à la Chambre des Seigneurs, le 16 novembre 1870. Ces passages fort intéressants sont malheureusement trop longs pour être cités ici ; on en trouvera le texte allemand dans le recueil déjà mentionné du D"" Gustav Kohn-.
Mais, pendant que la situation politique intérieure de l'Autriche se brouillait ainsi de nouveau, toute l'attention se trouvait subitement reportée sur des faits autrement importants, autrement graves. La guerre franco-allemande, prévue, inévitable depuis
1. Unger (Joseph), né à Vienne le 2 juillet 1828. Professeur de droit aux Universités de Prague (1853), de Vienne (1855), fut l'un des promoteurs du système dualiste et le chef du parti libéral à la Chambre des Seigneurs (1869), ministre sans portefeuille dans le cabinet Adolf Auersperg (1871-1879). Président de la cour impériale en 1881, et l'un des plus célèbres jurisconsultes de rAutriche.