D' Gustav Kohn, op. cit.^ p
LA CRISE : LE PANGERMANISME ACTIF l'2:3
vague et ne mérite pas de retenir pour l'instant l'attention, d'autantplus que nous retrouverons ces <( Jeunes » sur notre route avant longtemps.
Donc, en somme, à l'intérieur, état de crise aiguë, triomphe des idées fédéralistes, opposition à outrance et mécontentement considérable des partis allemands. A l'extérieur, cependant, les choses ont marché aussi, et comme, en politique, tout se tient, la politique extérieure a subi le contre-coup des événements intérieurs, et va, h son tour, réagir sur la politique intérieure de la monarchie austro-hongroise. L'agitation, la campagne vigoureuse des Allemands d'Autriche contre le ministère llohenwart, furent, en effet, bien vues et encouragées à Berlin. L'on n'y réfléchit sans doute pas que si T Allemagne voulait un jour réaliser l'idéal pangermanist(» en annexant l'Autriche allemande, Tintérôt immédiat commandait de laisser le Gouvernement autrichien mécontenter à loisir les Allemands d'Autriche, puisque ce mécontentement ne pourrait, en les détachant des Habsbourg, que les pousser h se jeter dans les bras des Hohenzollern. Car, par une contradiction en apparence bizarre et inexplicable, la présence au pouvoir d'un ministère anti-allemand en Autriche est bien certainement le meilleur atout dans le jeu des pangermanistes. C'est là un fait que le cabinet de Berlin, que M. de Bismarck qui le dirigeait, et au regard pénétrant de qui rien n'échappait, ne peuvent pas avoir méconnu. Nous sommes
donc amenés à conclure du fait, que, visiblement, ostensiblement, la politique allemande soutint et encouragea la campagne des partis allemands en Autriche, que le Gouvernement allemand avait dès lors compris que la réalisation de Tidéal pangermaniste irait contre ses intérêts et que la « Grande Allemagne » ne pourrait se faire qu'au détriment de la Prusse.
C'est aussi l'époque des fameuses entrevues d'ischl, de Salzburg et de Gastein (été 1871), où se prépare déjà entre Bismarck et Andrassy* l'alliance austroallemande. Tout ceci se passe plus ou moins derrière le dos de M. de Beust qui, sans doute, fut tenu à l'écart, de M. de Beust, dont le renvoi, couronnement final de la politique et des rancunes bismarckiennes, devient dès lors une chose presque décidée entre le ministre allemand et l'homme d'État hongrois. Mais cette alliance austro-allemande qui se trame alors, exige aussi une politique intérieure germanophile, donc le remplacement plus ou moins prochain du ministère Hohenwart parun ministère allemand.
De ces entrevues fameuses, nous ne retiendrons
1. Andrassy (Jules, comte), né en 1823 à Zemplin, membre delà Diète de Presbourg, prend part à la guerre de l'indépendance et représente à Constantinople le (jouvernement réfugié a Oebreczin. Condamné à mort par contumace et exécuté en effigie, il se réfugie à Paris. 11 rentre en Hongrie en 1860 et au Parlement en 1861, et devient un des membres les plus actifs du parti Deak. Chef du ministère magyar en 1867, il succède à Beust aux Affaires étrangères en 1871 et quitte le pouvoir en 1879.
ici que le récit fort intéressant, que nous fait M. de Beust dans ses mémoires, d'une conversation qu'il eut avec Bismarck à Gastein, conversation qui roula sur l'appui éventuel qu'un mouvement pangermaniste en Autriche trouverait en Allemagne. M. de Beust raconte qu'au cours de cet entretien, le chancelier allemand répudia avec énergie toute velléité d'incorporation des pays allemands d'Autriche dans l'Allemagne, à cause surtout des difficultés d'annexer Vienne et les populations slaves et catholiques, et déclara que ses vues se porteraient plutôt sur la Hollande. Mais M.de Beustnousditaussique plus tard, étant lui-même ambassadeur à Londres, il devait y apprendre du représentant de la Hollande en Angleterre, qui lui-môme venait de quitter l'ambassade de Berlin, que Bismarck avait autrefois, dans une conversation analogue, rassuré celuici sur les plans de l'Allemagne à l'égard de la Hollande, et avait ajouté qu'il inclinerait plutôt à l'annexion des provinces allemandes d'Autriche. M. de Beust conclut avec une douce ironie, en disant qu'il ne doute cependant pas un instant de la sincérité des déclarations que lui avait faites à Gastein le chancelier allemande Et, en effet, s'il est incontestable que nous avons là un bel exemple du manque de franchise de la politique bismarckienne, nous croyons cependant que ces affirmations de
1. Mémoires du comte r/e /?eî/.s7 (traduction Frédéric KohnAbrest), t. Il, 1866-1885, p. 4S2-483.
M. de Bismarck à M. de Beust répondent plus exactement h ses intentions réelles que celles que lui prête le diplomate hollandais, ceci dit, d'ailleurs, bien entendu, sans vouloir en aucune façon émettre un doute quelconque sur la bonne foi de ce dernier.
Du reste, une autre indication sur la politique bîsmarckienne nous est encore fournie par M. de Beust. Il dit, en effet, dans un rapport qu'il rédigea alors, que M. de Bismarck lui a déclaré ne pas vouloir soutenir effectivement (notez ce mot capital) l'opposition allemande d'Autriche, ajoutant à cette affirmation formelle que ce serait une politique d'écolier de spéculer sur une acquisition des provinces austro-allemandes, et qu'introduire en Allemagne avec les provinces autrichiennes une population slave et un foyer d'opposition catholique, serait une pure billevesée et la dissolution certaine de Tcmpirc allemand à peine fondé. M. de Beust, qui connaît assez les affirmations de M. de Bismarck pour savoir ce qu'en vaut l'aune, ajoute cependant fort sagement : « 11 est bon pour nous d'être sur nos gardes malgré de telles assurances et de ne jamais manquer de vigilance ^ »
Quant II l'opinion de M. de Beust lui-même sur la question pangermaniste, opinion intéressante à connaître, puisque, ne l'oublions pas, M. de Beust
\ . Mémoires du comte de Beust (traduction Frédéric Ro|in Abrest), t. Il, 186G-1885, p. 4SS.
est un Allemand d'Allemagne et que cette qualité donne k ses conclusions nettement anti-pangermanistes encore plus de poids et de valeur, nous la trouvons dans ses mémoires déjà si souvent cités. Elle est résumée très clairement dans un rapport qu'il rédigea à la suite d'une audience qu'il obtint de l'empereur Guillaume à Gastein : « Je ne manquai pas, dit-il, de répliquera l'empereur que de la part de l'Allemagne on peut contribuer beaucoup à tranquilliser les Allemands d'Autriche, que nous ne rendrons pas le Gouvernement prussien responsable de toute cette agitation, mais qu'elle parviendrait à s'assoupir si en Allemagne des plumes officieuses faisaient comprendre aux Allemands d'Autriche qu'ils vivent dans un empire polyglotte et qu'ils doivent s'accorder avec les autres nationalités, si l'Autriche, qui est considérée du côté allemand comme une nécessité, doit continuer à subsister ^.. » Voilà l'opinion d'un homme auquel on ne pourra pourtant pas reprocher, croyons-nous, de ne pas Ctre un véritable Allemand, un Allemand d'Allemagne. Nous aurions voulu ne pas fatiguer le lecteur avec toutes ces citations un peu longues, mais il nous a paru essentiel, pour la compréhension de tout ce qui va suivre, de dégager d'abord aussi nettement que possible les dispositions dans lesquelles se trouvaient en 1871, relativement à l'idée panger-
1. Mémoires du comte de Beust (traduction Frédéric KohnAbrest), tll, 1866-1885, p. 498.
maniste, les hommes d'Etat allemands et autrichiens, ainsi que les Allemands d'Autriche euxmêmes.
Les événements, cependant, avaient marché rapidement, et le programmeconcertéentre Bismarck et Andrassy dans leurs entrevues de Tété 1871 recevait peu à peu son exécution. C'est d'abord, le 30 octobre 1871, la démission du comte Hohenwart, qui provoque chez les Allemands libéraux un vif sentiment de soulagement. La retraite du ministère Hohenwart semblait en même temps un triomphe pour la politique du comte de Beust. Mais ce triomphe, si triomphe il y avait, devait être de bien courte durée. M. de Beust était, en effet, lui aussi, condamné. M. de Bismarck ne lui avait jamais pardonné d'avoir voulu se mettre en travers de ses desseins, et avait profité des conférences de l'été pour exiger le renvoi de son vieil ennemi. Ce renvoi, Andrassy, désireux de remplacer Beust, avait dû le prôner aussi, et, cédant à cettedouble influence, huit jours après le départ du comte Hohenwart, l'empereur faisait demandera M. de Beust sa démission. Le 14 novembre 1871, enfin, il donnait à l'Allemagne une solide garantie de sa docilité présente et future, en appelant Andrassy à prendre la place laissée vacante par le départ de M. de Beust.
La revanche de Sadowa, impossible d'ailleurs depuis Sedan, est désormais rayée définitivement du programme de la politique extérieure autri-
chienne. En même temps le revirement prévu s'effectue dans la politique intérieure, et le 29 novembre 1871, l'empereur, sur le conseil très probablement de MM. Unger et Lasser ^, deux des représentants les plus éminents du parti allemand libéral, qui devaient d'ailleurs faire partie Tun et l'autre du nouveau ministère, Tempereur appelait au pouvoir le prince Adolf Auersperg -, frère cadet du prince Karl Auersperg, président du conseil dans le ministère du 30 décembre 1867. C'est donc le rejour au centralisme allemand età la politique germanophile, qui prend son point d'appui sur l'élément allemand, c'est, en un mot, le retour au régime établi avant le ministère Hobenwart, notamment sous le ministère Karl Auersperg, par exemple.
La tendance évidente du nouveau ministère se manifeste dès ses premiers actes qui concernent la Bohême; le régime Hohenwart y avait, en effet, fortement battu en brèche la situation de l'élément allemand. Le prince Auoi'sperg s'empressa, en con-
1. Lasser de Zollheim (JosepliJ, né à Wcrfen (Salzburg) le 30 septembre 1815, mort à ViennelelS novembre 1879. Après avoir étudié le droit, entre dans l'administration en 1846. Député en 1848, ministre sans portefeuille en octobre 1860, ministre de l'Intérieur du cabinet Schmerling (février 1861 —juillet 1865), gouverneur du Tyrol, anobli en 1861, ministre de l'intérieur du cabinet Adolf Auersperg (1871-1878).
2. Auersperg (Adolf- Wilhelm-Daniel, prince), né en 1821, entre d'abord dans rarmée, puis est élu à la Diète de Bohême par la curie des grands propriétaires ; grand maréchal de la Diète, deux fois gouverneur de balzburg, membre à vie de la Chambre des Seigneurs en 1868 ; président du cabinet cisleithan (29 novembre 18^1), quitte le pouvoir en 1879, puis devient président de la Cour des Comptes.
130 LE PANGERMAMSME EN AUTUICIIE
séquence, de prononcer la dissolution de la Diète de Bohême. Il semblerait donc, comme nous le disions plus haut, que l'Autriche soit revenue purement et simplement au statu quo ante Hohenwart; mais, si Ton examine la situation d'un peu plus près, l'on se rend compte très vite du fait qu'indépendamment du rapprochement plus marqué avec TAllcmagne, qu'amène la présence aux Affaires étrangères d'Andrassy, le passage au pouvoir du comte Hohenwart a modifié sensiblement l'état d'esprit des Allemands d'Autriche et a eu aussi des conséquences importantes au point de vue qui nous intéresse, c'est-à-dire en ce qui concerne le développement de l'idée pangermaniste en Autriche. Le souvenir du ministère Hohenwart a laissé, en effet, aux Allemands d'Autriche, une vague appréhension, un certain sentiment de crainte d'un retour possible, un jour ou l'autre, d'un régime analogue. Pour y parer autant que faire se peut, pour prévenir une pareille catastrophe (car à leur point de vue, un ministère tchéquophile est bien une catastrophe), un certain nombre d'entre eux vont se trouver amenés à voter pour les partis qui affichent le plus ostensiblement et le plus bruyamment un caractère allemand intransigeant; et c'est en grande partie cet état d'esprit, très compréhensible d'ailleurs, qui fait qu'aux élections de la fin de 1871, un parti nouveau, qui, sans doute, n'est pas encore le représentant de l'idée pangermaniste.
mais qui cependant a déjà avant tout un caractère allemand-national, le parti des Jeunes, dont nous avons déjà eu Toccasion de parler un peu plus haut, se trouve à la tête de 65 sièges. C'est là un fait significatif; mais, si Ton considère que ce parti des « Jeunes » de 1871 est Tembryon de la célèbre <( Fortschrittspartei » (parti du progrès ou progressistes), parti qui est bien loin d être à Tavant-gardc <lu mouvement national allemand, on peut immédiatement se rendre compte des progrès considérables qu'a accomplis en Autriche Tidée paugermaniste depuis 1871. Le mouvement a, en effet, incontestablement augmenté d'intensité depuis lors, et, pour bien s'en convaincre, il n'y a qu'à voir toute la distance, l'abîme môme, qui séparent un Jeune de 1871 d'un Schœnerer* ou d'unWolf d'aujourd'hui. La situation étant ainsi nettement définie, l'année 1872 ne nous retiendra guère. 11 nous faut cependant signaler un discours assez curieux du député Greuter, prononcé le 13 janvier 1872 à la Chambre des députés. Ce discours est intéressant surtout par le ton qui y règne. L'orateur blâme l'adhésion aveugle des partis allemands au régime dualiste et leur attachement inébranlable à la constitution, car.
1. Schœnerer (Georg, chevalier de), né à Vienne le 17 juillet 1842, député en 1873 et pangermaniste déclaré depuis 1878. A la suite de sa démonstration violente dans les bureaux du Wiener Taghlatt qui avait lancé la fausse nouvelle de la mort de Guillaume 1", il fut condamné à quatre mois de prison et à la perte de son titre et de son siège (5 mai 1888). Héélu député en 1897.
dit-il, si toutes les autres nationalités se coalisaient contre cette constitution, Télément allemand, incapable de la défendre contre tous, succomberait avec elle. C'est une noie assez nouvelle et qui, à ce point de vue, méritait d'être signalée.
Cette môme année 1872 devait cependant voir un fait important, la confection d'une loi électorale, sur laquelle il convient aussi de s'arrêter un instant. Cette loi, votée le 6 mars 1872 par 120 voix contre 2, modifiait, en somme, complètement le droit électoral, puisque les députés étaient élus désormais par les curies et non plus par les diètes. Sans parler des autres avantages qu'elle pouvait présenter aux yeux du Gouvernement, cette loi favorisait nettement l'élément allemand, puisqu'elle donnait en Bohême, par exemple, d'après M. Asseline*, à 1.500.000 Allemands 56 députés, tandis que 2.500.000 Slaves n'en avaient que 34. Quant k l'agitation nationale allemande, momentanément calmée par la démission du ministère Hohenwart, elle ne se signale par rien de bien saillant pendant toute cette année 1872.
Mais au printemps de 1873, voici la réunion à Vienne, le 27 avril 1873, par les soins du parti des Jeunes, du troisième Congrès allemand-autrichien (Dritter Deutsch-QEsterreichischer Parteitag). On y prône de plus en plus l'idée, déjà vieille de deux
1. Louis XsseVine, Histoire de r Autriche depuis la 7nort de Marie- Thérèse jusqu'à nos jours. Paris, 1887, p. 349.
OU trois ans, d'après laquelle les Allemands d'Autriche devraient désormais mettre en avant en première ligne leur intérêt national en tant qu'Allemands, sans tenir compte d'abord de l'intérêt de la monarchie et soutenir leurs droits nationaux avec autant de vigueur et d'énergie que les Hongrois et les Slaves. Cette idée, lorsqu'elle était émise sous le ministère Hohenwart, pouvait dans une certaine mesure se justifier et trouver une application pratique à la direction politique du parti ; mais en 1873, ce principe de l'intérêt allemand avant tout n'avait aucune raison d'être et était un principe inutile, puisque la politique du ministère ne devait certainement pas fournir beaucoup d'occasions où cette ligne de conduite dût et pût être suivie.
Les quelques années qui suivent sont assez incolores et peu intéressantes au point de vue qui nous occupe. Il semble que le développement de ridée pangermaniste subisse un temps d'arrrt et cette accalmie momentanée est d'ailleurs assez aisément explicable. Le pouvoir, en effet, est exercé par le ministère Auersperg, et c'est un ministère germanophile dont la politique contente pleinement tous ceux des Allemands qui veulent bien entendre raison, et c'est alors la quasi-unanimité.
Les politiciens et les agitateurs qui bientôt trouveront dans le sentiment national allemand un levier pour soulever les masses, ceux à qui le mouvement pangermaniste doit servir de tremplin pour
satisfaire leurs ambitions personnelles, ceux-là ne jouent pas encore un grand rôle à cette époque et, par conséquent, l'élément allemand d'Autriche ou tout au moins la très grande majorité des Allemands d'Autriche, favorisée par la politique du ministère Auersporg, laisse de côté l'idée pangermaniste dont elle avait voulu se servir sous Hohenwart pour effrayer la Couronne.
Il nous faudra donc arriver à la fin de Tannée 1878, c'est-à-dire aux débats sur la question de Bosnie, pour trouver un fait réellement important, capital môme, une déclaration ouvertement pangermaniste, faite en pleine Chambre. Et cette déclaration, indépendamment de Tintéret qu'elle présente de ce fait qu'elle est, croyons-nous, la première manifestation franchement pangermaniste, dans le sens anti-autrichien et prussophile du mot, qui se soit produite à la tribune autrichienne, mérite encore, a d'autres points de vue, de retenir l'attention. Elle émane, en effet, d'un député dont le nom reviendra souvent dans le cours de cette étude et qui n'est autre que le trop célèbre M. de Schœnerer, le véritable apôtre du mouvement pangermaniste en Autriche.
Cette manifestation est également intéressante, parce que indirectement, elle vient contredire une idée qu'on a émise souvent et qui paraît en effet assez logique.
C'est l'idée d'après laquelle l'intervention de
TAutriche en Bosnie et roccupation provisoire (nouvel exemple de ce provisoire politique qui dure souvent plus longtemps que le définitif) de ce pays auraient été le résultat d'une suggestion amicale de l'Allemagne poussée, elle, par le désir, d'une part, de voir l'Autriche, avant-garde de la culture germanique, s'étendre vers l'est et le sudest, vers Salonique, Gonstantinople et l'Asie Mineure, d'autre part aussi, de l'amener à se désintéresser de plus en plus de ce qui pourrait se passer sur ses frontières du nord-ouest et à laisser ainsi l'Allemagne préparer et favoriser tranquillement la campagne et la propagande politique, qui aboutiraient un jour ou l'autre à l'annexion de l'Autriche allemande h l'Allemagne. Le passage qu'on va lire semble au contraire prouver que les pangermanistes autrichiens étaient alors d'un tout autre avis et que l'occupation de la Bosnie ne les enthousiasmait nullement. D'où l'on peut conclure : ou bien qu'ils n'obéissaient pas à des ordres et à des conseils venus de Berlin, ou bien que, s'ils y obéissaient, le cabinet de Berlin n'avait pas les vues itiachiavéliques qu'on lui prête si fréquemment.
Voici, en effet, la traduction aussi exacte que possible du passage capital du discours prononcé, le 18 décembre 1878, à la Chambre des députés, par M. de Schœnerer. « De plus en plus on entend dans ce pays le cri : Si seulement nous faisions déjà partie de l'empire allemand », et un peu plus
loin : « De jour en jour, on Tentend devenir plus fort et plus distinct dans les pays allemands de la Couronne (in den Dcutschen Kronlàndern) ce cri : si seulement nous appartenions déjà à Tempire allemand et étions ainsi délivrés de la Bosnie et de tout ce qu'elle traîne à sa suite*. » (Le terme si curieux et si expressif du texte allemand « Bosnien und seinem Anhang » nous paraît malheureusement intraduisible littéralement.) Sans doute ne faut-il pas prendre à la lettre ces déclarations emphatiques et exubérantes du député pangermaniste, mais enfin ce passage n'en reste pas moins important et prouve amplement que le mouvement pangermaniste a déjà pris en Autriche une certaine intensité en 1878. Et cette intensité ne fera évidemment qu'augmenter pendant les années suivantes, puisque, pour la première fois, nous venons de rencontrer à la tête du mouvement cet agitateur politique qui lui manquait auparavant, et dont la présence est indispensable au développement d'un parti, qui cherche son succès surtout dans le bruit qu'il cause et le scandale qu'il suscite.
L'année 1879, qui s'ouvrait quelques jours après cette manifestation si nettement pangermaniste., allait de son coté voir d'importants changements s'opérer dans la politique autrichienne. En effet ,