‹ Le pangermanisme en Autriche: ses causes, ses origines, son histoire, ses éléments et son avenirChapitre 33 sur 38 · CONCLUSION. — L AVENIR · texte numérisé non relu

CONCLUSION. — L AVENIR

menaçants, que sortira l'orage, si tant est qu'un orage doive encore se déchaîner, après tant d'autres, sur les terres de l'empereur François-Joseph,

Nous irons môme plus loin, et, au risque d'encourir l'accusation d'émettre un paradoxe, nous dirions presque que ce qu'on considère, en général, comme devant être la cause de la ruine de l'Autriche, à savoir la lutte effrénée qu'y ont engagée les nationalités rivales, et qui, en effet, y constitue le principal obstacle au fonctionnement régulier d'institutions, qui ont sans doute le grave tort de ne plus répondre à la nature du pays, que cette lutte effrénée est peut-être ce qui contribuera surtout à préserver l'Autriclie-Hongrie de la dislocation. 11 est fort croyable, en effet, que c'est précisément ce combat formidable qui y métaux prises des nationalités qui se balancent à peu près également comme force numérique, combat formidable, dans lequel, de par la constitution même de l'État austro-hongrois, il est désormais impossible qu'aucune prenne jamais définitivement le dessus, il est fort croyable que c'est précisément ce combat sans issue qui actuellement maintient l'édifice austro-hongrois dans un équilibre peut-être instable, mais en tout cas préférable à l'écroulement.

Enfin, pour rassurer dans la limite du possible les pessimistes à outrance, qu'il nous soit permis de dire qu'en admettant (on voit que nous faisons ici la part belle aux pangermanistes) que l'unani-

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mité des Allemands d'Autriche en vienne un jour à souhaiter l'annexion à TAlIemagne, que, par un miracle inespéré, elle soit en mesure de l'imposer aux non Allemands, qu'en admettant même que l'Allemagne, emportée dans un rêve néfaste de grandeur démesurée vers la réalisation d'un idéal national exaspéré, que l'Allemagne, aveuglée sur ses intérêts immédiats, directs, positifs, matériels, soit prête à tout pour opérer cette annexion, qu'il nous soit permis de dire que même alors tout ne serait pas encore perdu. Quelestle spectacle auquel nous assistons, en effet, presque journellement ? Dès qu'une puissance quelconque manifeste par un acte plus ou moins important, plus ou moins officiel, son intention d'annexer quelques tas de sable, habités par une population sauvage, dans quelque trou perdu de l'Afrique ou d'ailleurs, sans importance considérable au point de vue politique ou économique, aussitôt toute l'Europe pousse de hauts cris, c'est un toile général, une clameur indignée contre ces conquérants avides, et de tous côtés on dénonce hautement l'attitude agressive et ambitieuse de la puissance en question.

Pouvons-nous, en toute franchise, penser ua seul instant qu'à une époque pareille l'Allemagne pourrait annexer purement et simplement dix à douze millions d'Européens civilisés, habitant une des régions les plus belles et les plus importantes à tous les points de vue, de notre vieille Europe,

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sans déchaîner immanquablement la guerre universelle. Or, nous le demandons ici à tous ceux qui suivent la politique européenne, quel exemple tout récent n'avons-nous pas sous les yeux, encore à rheure actuelle ? Une guerre a éclaté en Extrême- Orient entre un État européen et un État asiatique : immédiatement une émotion profonde s'est emparée de l'Europe entière; chaque puissance a supputé les risques qu'elle pouvait courir d'être entraînée dans la guerre, l'opinion publique s'est émue, une véritable panique s'est, pendant quelques jours, déchaînée dans toutes les grandes capitales, et pourtant de quoi s'agissait-il? D'une guerre extraeuropéenne, et qui, on le savait, resterait presque certainement localisée en Extrême-Orient. Une guerre européenne, éclatant aujourd'hui, amènerait dans l'Europe entière un arrêt complet de toute vie politique ou économique, ce serait une catastrophe, un cataclysme, et, avant même le premier coup de canon, une panique effroyable, cause de bien des malheurs et de la ruine générale de la prospérité publique. Dans ces conditions là, et elles ne sont pas poussées au noir, est-il téméraire de penser qu'il est peu probable qu'aucun chef d'État ose jamais prendre sur lui la responsabilité écrasante designer, dans une simple pensée de gain et de conquête, l'acte qui déchaînerait immanquablement cette guerre européenne, cette guerre mondiale, dont on pourrait, à la rigueur, déterminer l'origine

et voir le point de départ, mais dont personne au monde ne pourrait prévoir la marche, la fin, le dénouement, à travers les images de désolation et de carnage que cette seule idée de guerre européenne évoque fatalement à l'esprit môme le plus positif.

Non ! Dût-on traiter nos espoirs d'utopies et de chimères, nous voulons croire que ce n'est pas vers un avenir pareil que marche l'Europe du xx' siècle. 11 ne sera pas dit, espérons-le pour Thonneur et la gloire de notre époque, qu'un mouvement comme le mouvement pangermaniste, œuvre d'un parti sans scrupules, d'un parti de violence et de haine, parviendra à déchaîner cette guerre fatale, cette guerre mondiale qui ramènerait l'Europe civilisée de quelques siècles en arrière. Non, ce mouvement avortera et avortera piteusement, et c'est avec uije satisfaction profonde que nous avons constaté que l'étude approfondie et raisonnée du mouvement pangermaniste, de son histoire et de ses éléments, nous amenait à une conclusion conforme à nos espérances et à nos rêves.

Nous voulons croire, jusqu'à preuve du contraire (preuve qui, souhaitons-le, ne nous sera jamais fournie), que l'avenir ne saurait être sur terre qu'à ceux qui savent prêcher aux hommes la bonté et la tolérance, à ceux qui préparent de toutes leurs forces Tavènement du règne grandiose de la justice et de la concorde, où, sous l'égide bienfaisante de la paix,

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