PRÉFACE XI
placé; peut-être, à la longue, l'unité allemande, elle-même, risquerait-elle de se briser, de nouveau. Sous prétexte d'achever la nouvelle Allemagne impériale, le pangermanisme pourrait bien en ébranler la solidité et en compromettre la durée.
Le danger est si visible que, pour y parer, les pangermanistes ont jugé bon de détacher les Autrichiens de Rome avant de rattacherl'Autriche à Berlin. De là, le retentissant Lo^ von Rom lancé comme mot d'ordre par les Schoenerer et les Wolf. Mais, ainsi que le montre M. Georges Weil, rappel à Luther de ces politiques champions de la Réforme a rencontré peu d'écho dans les vallées ou les montagnes de la catholique Autriche. Au lieu de préparer la chute de la monarchie habsbourgeoise, il semble plutôt devoir la consolider, en resserrant les liens de la dynastie et de la hiérarchie catholique, encore si puissante sur le moyen Danube et sur les Alpes Autrichiennes, Si, pour prendre place dans l'Allemagne des Hohenzollern, il faut que l'Autriche passe par Wittemberg, on a le droit de traiter de faux prophètes les téméraires qui osentannoncer la prochaine entrée de l'Autriche dans le nouvel
XII PRÉFACB
Empire germanique. Prétendre identifier la nationalité allemande et Fesprit de la Réforme, c'est, au lieu de préparer Tannexion des pays autrichiens, froisser la majorité des Allemands d'Autriche et dresser une barrière de plus entre Berlin et la vallée du Danube ou les montagnes du Tyrol.
Si grandes que soient les difficultés intérieures de la monarchie habsbourgeoise, si menaçantes que puissent sembler les convoitises de ses voisins, nous ne sommes pas contraints de croire au triomphe du pangermanisme. L'Autriche- Hongrie n'est pas encore près d'être rayée de la carte de l'Europe, et si jamais elle devait l'être, c'en serait fait de notre vieille Europe historique. Tous les petits peuples du continent, du Danemark à la Hollande, à la Belgique, à la Suisse, à la Serbie, à la Hongrie, seraient réduits à l'état de vassaux du nouveau Saint Empire germanique. En face d'un pareil colosse, la France et l'Italie, rapprochées par un danger commun, auraient peine à maintenir leur indépendance- L'une et l'autre ne seraient plus que des États de deuxième ordre ; car la France, si longtemps rivale de l'Autriche, ne peut guère