Airactere de la Monarchie prussienne
Un lien très fort unit l'art à la politique : c'est l'élément personnel. Une armée de même qu'un vaisseau, et un ministère, de même qu'une œuvre d'art, ne peuvent être dii-igés que par un seul homme. L'élément artistique dans le caractère du g^énéral comme de l'homme d'Etat, qui sont tous deux étroitement unis dans la personne du « roi », repose précisément sur cette union. Leurs œuvres à tous deux sont personnelles. La vocation monarchiciue du peuple allemand est déjà imprimée dans le mot Volltjolk. Ce mot signifie à l'origine, « suite, escorte » ; or, pour qu'il y ait une suite, il faut nécessairement un chef. Dans la partie la plus conservatrice de l'Allemagne, en Basse-Allemagne, ce sens originel s'est encore conservé en partie. Grabbe, inspiré par ses propres souvenirs de Westphalie, met ces paroles dans la bouche de sa Thusnelda, appelant ses domestiques : « A table, les peuples ! » Fürst 1 prince) signifie littéra-
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lement le f)i'emier, et le premier dans les rangs des combattants. C'est pourquoi l'on a pu dire très justement que les officiers prussiens sont les camarades du roi. Le roi héréditaire est un homme vivant et non pas un numéro possédant une valeur plus ou moins grande, comme le président élu d'une république. Et lorsque ce roi appartient en outre à une grande race de monai-ques, il peut se glorifier à bon droit, non seulement d'avoir par sa naissance l'air d'être quelque chose de plus que les autres hommes, mais d'être effectivement plus qu'eux. Car, d'après des lois jiurement biologiques, les forces des ancêtres s'additionnent et forment un total dans leurs descendants, aussi longtemps que des faiblesses individuelles ou la dégénérescence ne se font pas sentir. Et si enfin l'on considère Dieu comme le principe qui gouverne le monde et qui, par suite, est cause de toute foix-e et de toute accumulation de forces en un seul être, on admettra que le roi soit roi « par la grâce de Dieu ». « La grande force vient de Dieu, la moindre force vient du diable », disait Hebbel. C'est pourquoi un vrai roi, de même qu'un vrai homme, est toujours ce qu'il est par la grâce de Dieu. Et il lest d'autant plus que lui et sa race ont accompli un plus grand nombre d'actions mémorables, d'autant plus qu'il est davantage lui-même un souverain, au vrai sens du mot. Et plus le peuple est royal, jîlus le roi peut y être populaire. Le Bas- Allemand, en particulier, tout jjaysan qu'il est, a dans toute sa personne quelque chose de royal...
Le vrai paysan est dans sa ferme comme un roi. Et le vrai roi doit vivre à sa cour comme un paysan, c'est-àdire comme un aristocrate de naissance, comme le premier entre beaucoup, comme le souverain patriarcal, qui règne sans contrôle sur les siens. Ces deux types d'hommes sont inséparables; chacun d'eux a sa cour. Celle de l'un est immobile et occupe une certaine étendue
lie terre, eelle de l'autre est mobile, elle est formée par tles hommes. Toutes deux représentent un centre, avec un cercle qui l'entoure.
Ibid., p. 1*25.
lo. Le Clair-obscur de la Basse- AVcina^ne.
Le contraste qui existe entre les Bas-Allemands ai'istocrates et démocrates s'est vérifié non seulement dans la vie extérieure, mais encore dans la vie intime du peuple. Dans l'Amérique du Nord, où l'esprit collectif de la race bas-allemande s'exprime avec le plus de force, c'est a dark horse, c'est-à-dire un homme tout à fait inconnu, un simple numéro tiré de la foule qui, dans les élections présidentielles, remporte généralement la victoire. Au contraire, dans le Nord Scandinave, où les esprits aristocratiques de la race germanique, où les Hamlet et les Swedenborg sont chez eux, le chewil blanc des poèmes d'Ibsen — huide hesten — cette apparition solitaire, décisive pour la vie intérieure, souvent même fatale, joue dans la légende populaire un rôle considérable.
Le mouvement démocratique de l'école contemporaine a commencé au siècle dernier avec la guerre de l'Indépendance américaine, et il a ensuite fait tomber son ombre sur l'Allemagne. Qui sait si l'inverse ne se produira pas, et si un peu de la blancheur aristocratique de l'Allemagne ne tombera pas sur l'Américiue? Il y a et il y avait autrefois des politiciens expérimentés de l'autre côté de l'Océan qui tenaient cela 2)our possible. En tout cas, il ne faut pas que le « cheval noir », l'esprit démocratique, devienne un facteur prépomlérant de la vie nationale en Allemagne. En Allemagne, dans le domaine politique comme dans le domaine intellectuel, c'est le
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cheval blanc, la personnalité aristocratique, qui tient le haut rang. Entre les deux manières de voir, il y a plus qu'un océan.
Noir et blanc sont aussi les couleurs de l'Etat qui, le premier, a jîrocuré à l'esprit de l'Allemagne du Nord et de la Basse-Allemagne la place qui lui revient dans le monde; cet Etat est la Prusse. C'est ainsi que la plus vieille tradition populaire se retrouve dans un emblème politique tout à fait moderne. La Basse-Allemagne est non seulement le lien politique, mais encore le lien spirituel entre la Prusse et l'Allemagne. Noir et blanc, clair et obscur, sont des couleurs nobles, froides et tranchantes, et, par expérience, les couleurs de la Basse- Allemagne. Sa jîolitique est claire chez Bismarck; son art est sombre chez Beethoven. Mais sa politique ellemême est sombre chez Richard III, et son art est clair dans Shakespeare. Il importe beaucoup qu'un peuple ait toujours en vue la racine profonde et centrale de ses forces, le point où se rencontrent tous ses intérêts primordiaux.
La clarté est un des éléments de la politique; les ombres et les nuances sont du domaine de l'art. Que l'une ou les autres dominent dans la vie dun individu, d'un peuple ou d'une époque, et leur œuvre sera dill'érente. A cet égard, les Germains du Nord-Ouest paraissent avoir été particulièrement bien doués. L'ethnographie la plus récente en vient de plus en plus à chercher l'origine la plus lointaine de la race arienne non plus sur les bords de rindus, mais sur ceux de la mer du Nord. Et là où se trouve le germe physique, là se trouve aussi la floraison spirituelle de la race faite pour dominer le monde. Ces faits sont attestés aussi bien j)ar des raisons préhistoriques que par des raisons historiques, par le passé le plus obscur comme par le présent le plus lumineux.
La nature clair-obscur du Bas- Allemand se révèle
aïO LE PANGERMANISME PHILOSOPHIQUE
daiiascs pensées et dans ses sentiments les j)lus profonds, aussi bien que dans ses habitudes les plus supei-ficielles. Il est dur et délicat; il boit stout and aie. Son âme se nuance, s'ombre, se tempère. Et il est le même dans ses devoirs, ses inclinations, ses actes politiques. Tantôt il contient, tantôt il pousse en avant; bref, il s'adapte. 11 est élastique. 11 a toujours deux iers sur le l'eu. I]t c'est la meilleure politique, car c'est une politique rythmée.
Ibid., p. 281.