L'Allemagne doit être hostile à tout pacifisme
Beaucoup pensent aujourd'hui que la guerre est un procédé viedli et indigne d'un peuple cultivé. On a même imagmé des tribunaux d'arbitrage. Mais, de l'avis de Bernhardi, ce n'est pas le seul amour idéal de la paix qui en a inspiré l'idée :
Il est clair que les États qui ont avant tout intérêt à de tels traités sont ceux qui veulent se couvrir dans une certaine direction, pour pouvoir, sur un autre point de la scène du monde, poursuivre leur avantage avec d'autant plus de sécurité et de hardiesse.
Par cela même, ces traités sont fort propres à provoquer la guerre qu'ils prétendaient vouloir éviter.
Aussi ne devons-nous pas, nous autres Allemands, nous laisser aveugler par des tentatives pacifistes de ce genre. Il est évident, en effet, que les tribunaux d'arbitrage doivent prendre pour base l'état de droit et de l>osse.ssion existant.
Pour un État qui fait eiïort pour s'élever, qui n'a i)as encore atteint la puissance à laquelle il a droit, qui a un besoin impérieux d'étendre sa iVuissance coloniale — et qui, au fond, ne peut réaliser celte extension qu'aux dépens d'autrui — ces traités constituent en eux-mêmes un danger, puisqu'ils sont de nature à empêcher un déplacement de la puissance.
En face de la propagande i)acifiste et de ses progrès, et au rebours de ce qu'elle enseigne, nous avons à ne i^as perdre de vue ce double fait, d abord que nul tribunal d'arbitrage en ce monde ne pourra écarter et aplanir des conflits qui reposent sur des rivalités nationales profondes, économiques et politiques, et, d'autre part, que Part dii>lomatique est impuissant à modilier à notre
avantage le partage de la terre tel qu'il existe aujourd'hui.
Si nous voulons conquérir à notre nation la situation mondiale qui lui est due, il faut nous en remettre à notre glaive, renoncer à ces molles utopies pacifistes, et regarder en face, d'un cœur résolu, les dangers qui nous entourent.
Ihid.. p. Il et 12, trad. Ktard, t. I, p. xxi.