I. U élément celtique dans le mélange du sang européen
C'est en France que l'élément celtique reprit le dessus le plus vite et avec le plus de force, après avoir été submergé, lors de la migration des peuples, par Pinvasion germanique des Francs.
LE PAX<iEllMA\lSMK PHILOSOPHIQUE
HKINRICH DRIESMAXS
Toute l'histoire de France, depuis Louis XI, doit être regardée comme une « receltisation » progressive de ce pays, comme l'élimination systématique de l'élément germano-franc, et les dynasties franques elles-mêmes n'y ont pas contribué pour une petite part.
Louis XI s'appuya sur le peuple, sur la bourgeoisie, ou, si nous y regardons de plus près, sur la masse gallojceltique. Il se fit d'elle un instrument, dans la lutte qu'il entreprit contre les Fi'ancs de sa race, pour s'emparer de leurs droits et les mettre sous sa dépendance.
Il inaugura ainsi la politique que les Bourbons continuèrent plus tard avec un succès plus grand encore : il fit appel à l'élément celtique contre les Francs pour afiermir la prédominance de sa dynastie et lui assurer un pouvoir despotique. La lutte entre Louis XI et Cliarles le Téméraire, le chef des nobles gi»oupés en « Ligue du Bien Public » a, de ce fait, une haute signification : elle est le début de l'agonie de la race germanique, agonie qui prend fin à la Révolution. Lorsque Louis XI l)risa la puissance de la noblesse française, il porta le premier coup aux racines de la haute noblesse franque, dont l'affaiblissement devait avoir, trois siècles après, de fatales conséquences pour la dynastie régnante, mais lui avait permis d'acquérir dans l'intervalle une j)uissancc passagère peu commune.
Le prototype du Franc et du souverain français tel qu'il reparut sans cesse dans la suite, c'est le grand Mérovingien, Clovis P^ Véritable fondateur du royaume franc, il ©n porta les limites bien au delà de ses frontières naturelles du côté de Test. La cruauté, la perfidie de ce souverain ne sont surpassées que par celles de certains tyrans de l'Asie, comme un Mithridate, roi du Pont. Il a, en effet, dans sa nature, comme les Francs en général, quelque chose d'« asiatique » ; c'est par là que ce peuple se distingue nettement de tous les autres Germains.
Les grands hommes d'un peuple réunissent en eux, renforcés et plus accusés, les traits qui constituent l'ensemble de son caractère, bien et mal. La nature du peuple se concentre, et sexprime, pour ainsi dire, toute en eux, tandis que les individus ordinaires n'en représentent qu'une parcelle. Ils incarnent le prototype, l'idéal, ou, si l'on ose s'exprimer ainsi, l'idée platonicienne dont ce peuple est la manifestation et qui ne cesse de servir de directrice secrète à son développement progressif. Ainsi le « type Clovis » perce toujours chez les souverains francs qui se firent remarquer plus tard par leur supériorité. Louis XI ne fut qu'un petit Clovis ; il n'eut pas la même puissante i)ersonnalité, et son temps d'ailleurs n'était plus tel qu'il pût faire venir à lui les ennemis dont il voulait se débarrasser pour les tuer de sa propre main — mais ce rusé renard sut les faire tomber dans ses pièges avec d'autant plus de perfidie.
Le véritable Clovis ressuscita en Louis XI \, qui sut élever la puissance de sa dynastie jusqu'au prestige de roi-soleil, et réduisit toute la noblesse franque à servir à sa cour ; il laissa exploiter le pays sans ménagement par ses courtisans, et prépara ainsi le suprême, le fatal contre-coup celtique que fut la grande Révolution française, dans laquelle devaient périr et sa famille et le reste des seigneurs francs.
Richelieu avait brisé seulement le pouvoir politique des Huguenots. Par la révocation de l'Édit de Nantes, Louis XIV compléta son œuvre. Cette mesure chassa du Nord de la France en particulier les bons éléments francs qu'y avait laissés la Saint-Barthélémy, et i)ar les dragonnades, acheva dans le Sud la dégermaiiisation, préparée par la guerre des Albigeois.
Louis XIV fut le roi le i)lus étroit d'esprit (mtzlos) qui monta jamais sur un trône. Il ne comprenait absolument rien à ce qui a un caractère populaire, libéral, indivi-
dualiste, idéologique, en un mot à tout ce qui est spécifiquement germanique. Avec lui périt l'esprit germanique, fondement de la popularité des princes au moyen âge, et de l'attachement des peuples aux dynasties régnantes. Ce fut lui qui porta le dernier coup au « moyen âge » en France, au germanisme, au gothique. Il creusa un abîme infranchissable entre le prince et le peuple, détruisit les racines d'amour et de reispect que les anciennes maisons régnantes d'Europe avaient implantées dans le cœur de leurs peuples, pour les remplacer par l'étau de fer de la toute-puissance princière et de l'ambition des courtisans. Louis XIV fut l'ennemi le plus dangereux du germanisme : celui-ci lui était antipathique au point qu'il traitait d'hérétique quiconque soutenait que les Francs étaient d'origine germanique. Voilà qui est bien caractéristique! Il n'y avait en lui aucune trace de la façon de sentir germanique, et il l'annihila pour des siècles dans toute la haute société moderne ; aujourd'hui encore le ton qui y règne est celui qu'a donné la cour du roi-soleil. De même que Maximilien 1" fut le dernier « chevalier », le dernier roi empreint du germanisme médiéval, de même Louis XIV fut le premier prince moderne et, depuis lui, les rois ne furent plus que des reflets plus ou moins accentués de ce monarque.
Comme chez tous les x>euples incapables de fonder leur existence sur des principes virils, incapables de discipline politique, incapables d'une organisation sociale fondée sur des lois rigoureuses, et qui même opposent de la résistance à cette organisation, rélément féminin a chez les Celtes aussi une influence absolument j)répondéraiite. Leur politique fut de tout temps une « politique de jupons ».
On peut déjà considérer comme tel le servage consenti à la femme dans les romans chevaleresques des Celtes, et c'est là que nous devons chercher les germes
HEINRICIl DHIESMANS
de toute la vie ultérieure de la société française et de la politique de nos voisins occidentaux... Qu'un Louis XIV un Directoire, ou un Président occupent le trône, n'im-' porte, la puissance décisive fut toujours une influence femmine, exception faite pour le seul Napoléon Bonaparte. De même la littérature et l'art français procèdent aujourd hui encore, de l'ancien culte gaulois de la femme. Dans les romans français les plus modernes, tout comme dans leurs précurseurs, les anciennes légendes celtiques se retrouve régulièrement ce thème constant : Phomme courant à sa perte pour une femme, pour un sourire d elle, pou. un gage de sa faveur, et ne connaissant pas d autre lehcUé que de s'être sacrifié ou d'avoir sacrifié sa fortune a celle qu'il aime. Les héros des légendes celtiques versaient leur sang en combattant des dragons et des monstres de toute sorte; le Français moderne prodigue sa fortune pour l'amour de sa dame : ce ne sont que deux formes diilerentes d'une même conception de la vie. qui e eve la femme au rang de souveraine absolue, et abaisse 1 homme à celui de valet, pour lequel les
Zrci ^%'^^^-^^"^^^ -^* ^- commandements divins. Chaque fois que nous rencontrons, dans la littérature européenne, un tel culte de la femme, nous pouvous conclure avec certitude à une origine celtique
La nature celtique, inconsistante, dépourvue d'idées rebelle à l'idéologie, a produit le naturalisme et le cla?: sicisme, dans le domaine de la vie religieuse aussi bien
polypes en forme de sacs, qui peuvent ou se retourner ou être retournés, et dont Pexistenee continue dans cet état nouveau sans en être troublée. On peut fort bien comparer les Français à ces polypes : pour eux ce n'est nen de se retourner du catholicisme le plus orthodoxe à
athéisme le plus radical -^ et ./.. .ersa - et pourtant dans chacun de ces états ils restent /.. mêmes. Ainsi
HEINRIGH DRIESMAAS
pourrait-on dire que les Zola, les Daudet, les Maupassant personnifient l'envers des Corneille, des Racine et des Molière; que ceux-ci incarnent la nature opposée de ceux-là; que c'est la même nature française, qui tantôt présente sa face extérieure, unie, bien proportionnée, souple, tantôt sa face interne, rugueuse, difforme et massive.
Nous ne nous attarderons pas aux deux premiers éléments de ce parallèle, mais nous expliquerons seulement, en considérant le dernier, que nous trouvons, miitatis mutandis, du Molière dans Maupassant et du Maupassant dans Molière. Quel comique déchirant nous trouvons chez Molière quand nous Tétudions de plus près, quelle horreur comique se dévoile à nous dans Maupassant! On raconte que Phalaris, tyran d'Agrigente, possédait un taureau d'airain que Ton chauffait au rouge après y avoir enfermé les condamnés, et où tout était disposé de façon à ce que les cris des victimes en sortissent mués en musique exquise, pour l'amusement du tyran. Celui qui ne perçoit pas, dans le Misanthrope de Molière, au milieu des francs éclats de rire, quelque chose comme les cris de douleur des victimes de Phalaris, ne sait pas pénétrer la profondeur d où émanent les accents vrais que la vie inspire au poète. Et celui qui n'est pas frappé par le comique surhumain qui se dégage des tableaux déchirants de Maupassant est encore, en face de la vie véritable et de sa transcription dans l'art, comme devant un livre fermé. De même que Molière et Maupassant incarnent les deux faces sous lesquelles peut nous apparaître la nature française, de même nous voyons se révéler clairement en eux le mélange de sang des deux peuples qui habitent la France. Chez tous deux l'élément germanique est mêlé à l'élément celtique. Chez Molière, les sentiments profonds propres aux Germains, soumis à l'ascendant de l'esprit léger et sociable que nous
trouvons dans la nature celto-romaine, ne purent venir au jour qu en un composé tout différent. Chez Maupassant au contraire, ces sentiments, dégagés de tout lien et empruntant seulement des ailes à la vivacité celtique s élancent avec une nouvelle force vers l'éther bleuisL; et mystérieux.
Mol-erel élément germanique chez Maupassant. Mais c est ce dernier qui est le plus grand : il est la manifestation la plus élevée et la plus parfaite de l'esprit franvais; avec lu, nous arrivons au sc«nmet de l'art français Toutes les aspirations de la nature celto-franque tn,»! vent leur expression en lui, et s'il est permis de considérer le . shakespearien » comme le plus haut degré auquel puisse atteindre la vie actuelle de l'âme et de esprit, cest ce . sauvage ivre », de livresse d'une vie dont II savourait toutes les jouissances, qui a été le pre^ mier et le seul Shakespeare de la France.
Kultargeschiehte der Rasseninstinkte (Histoire de la civilisation expliquée par les instincts de race), t. I, 1899. P- ii-i3, ,5- 16, 20, io5, 3i3.
a. La corruption des Germains par les Celtes.
Les Germains étaient un peuple misérable, affamé pour ams, dire, par la nature maigre et stérile qui l'entourait. Il ne faut pas entendre par là qu'ils étaient allâmes seulement au sens étroit du mot, mais surtout au sens plus large, au sens physiologique; - c'étaient avant tout les organes de leurs sens qui avaient faim de sensations plastiques, qui aspiraient à l'abondance, à la profusion des couleurs. Cette pénurie anormale a produit chez la vigoureuse race germanique une disposition maladive
LE PAxNGERMANISME PHILOSOPHIQUE
un penchant à suppléer à la mesquine réalité par Timagination — tout ceci veut naturellement être entendu cuni grano salis. Sous cette réserve on peut faire un rapprochement avec certains animaux des cavernes, dont les yeux ont disparu peu à peu, par suite du séjour ininterrompu dans l'obscurité. Les Allemands ont quelque chose de ces animaux. Ce n'est pas un hasard si, parmi tous les peuples, c'est chez eux que l'on trouve le i)lus grand nombre de « porte-lunettes ». Il semblé que leur système d'éducation et d'instruction n'en soit pas la seule cause, mais aussi leur milieu brumeux, dont les teintes grises se mêlent à d'autres teintes grises dans une éternelle monotonie. Il semble de plus que ce jeûne perpétuel, ce régime ininterrompu « du pain et de l'eau », en comprimant et emmagasinant les forces, ait eu comme conséquence une intériorisation de l'esprit, et ait excité cet esprit à une activité autonome par laquelle, dépassant les données des sens, il crée un monde sinritualisé et idéal. En tout cas c'est un fait, que les peuples aryens sont les seuls à présenter un « moi supérieur », c'est-àdire une activité de l'esprit principe régulateur, et qu'ils avaient besoin de ce ferment pour rétablir l'équilibre parmi des fonctions physiques ou détruites, ou arrêtées. Le penchant des Allemands au romantisme, cette propension à se perdre dans un monde de rêve, peut s'expliquer tout naturellement par cet ajjpétit des sens qui n'a pas trouvé à s'apaiser. Les conséquences s'en font sentir dans l'indifférence à l'égard des événements réels et présents, et dans l'incapacité à profiter du moment, à en jouir; tout ceci les avait, jusqu'ici, condamnés à l'impuissance politique, et avait fait d'eux la [)roie des peuples voisins.
On peut soutenir avec quelque raison que la politique européenne — du moins dans les trois derniers siècles, depuis que la France avait affirmé sa suprématie — a été
HEIXRICII DRIESMANS
dirigée dans les choses essentielles par la race celtique ou plus exactement par la race irlandaise. Les premiers missionnaires chrétiens qui soumirent les Germains à leur joug intellectuel étaient venus d'Irlande, et plus tard cette île pleine de promesses envoya sur le continent ses belles femmes; elles entreprirent de tourner la tête de leurs maîtres germaniques, établis sur les trônes européens et dans les postes élevés et influents, soit dans l'Etat, soit dans la société. Si les hommes de la race celtique étaient les musiciens, les comédiens, les jongleurs, les maîtres des cérémonies, les cuisiniers, les prêtres des peuples supérieurs germaniques, leurs femmes en étaient les courtisanes et les maîtresses. Depuis que la France avec Louis XIV, était devenue la première puissance en Europe et donnait le ton pour les mœurs et pour la mode cette partie du monde était sous la domination de ij femme. Or, la femme qui, à Paris, réglait l'usage et les manières distinguées, n'était pas la ménagère franque mais une fille celtique; ce n'était pas la reine de France' d'origine germanique, mais la maîtresse celtique du roi' Les femmes allemandes des xvii- et xviii« siècles s'habillaient comme M™« de Maintenon et M- de Pompadour, de même que leurs maris modelaient leur vie sur celle des gentilshommes français. La femme passa alors au premier rang en Allemagne aussi; l'intérêt se concentra sur elle. Le culte de la femme, la politique de jupons, ces deux phénomènes anti-germaniques, apparurent et se propagèrent en i^ays germanique.
On s'étonne de rencontrer chez les Germains, quatre cents ans déjà après leur entrée dans la vie civilisée des mœurs et des usages radicalement transformés, en contradiction absolue avec leur pudeur innée. Ce changement ne se manifesti pas seulement parmi les tribus qui avaient quitté leur pays natal et s'étaient mélangées
LE PANGERMANISME PHILOSOniIQUE
à d'autres races, mais aussi chez les Germains établis entre l'Elbe, le Rhin et le Danube et qui, pour la plupart, étaient restés jusque-là purs de toute contamination.
La vie courtoise, le culte de la femme aux xii* et XIII® siècles nous dévoilent une excitabilité sexuelle, une lasciveté, qui devrait être considérée comme un phénomène pathologique, si l'on ne pouvait la ramener à des influences étrangères, des influences celtiques. Ce sont bien des mœurs celtiques que nous rencontrons dans les poèmes courtois des minnesinger; cette habitude de conquérir la femme par ses exploits, de se faire l'esclave de ses caprices, et de voir le suprême bonheur terrestre dans les faveurs qu'elle octroie à son chevalier lorsqu'il sort vainqueur des épreuves auxquelles elle l'a soumis. — Sans doute la vénération innée des Germains pour la femme a pu contribuer à faire naître le culte de la femme des minnesinger. De la rencontre de ce respect avec le culte celtique de la femme est sortie la poésie chevaleresque. On peut distinguer en elle deux tendances correspondant à sa double origine : l'une qui rechercha chez la femme le sexe, la jouissance, la lasciveté, et une autre qui développa et exalta ce qu'il y a de plus élevé dans l'àme, le sens délicat des convenances et d'une vie aimable, embellie x)ar des femmes vertueuses.
Les Celtes furent les agents de transmission de la culture entre l'Europe du nord et l'Europe du sud, du passage des temps anciens aux temps modernes. Leur naiure impressionnable et réceptrice avait adopté facilement la culture latino-grecque, et l'avait répandue en Gaule et de là en Grande-Bretagne. Ce ne fut pas seulement leur soumission aux Romains qui leur lit adopter cette culture, mais plus encore leur penchant naturel, et la préférence qu'ils i*essentaient pour elle parce qu'elle répondait à leur
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nature. Les Celtes sont un peuple sanguin. Une culture qui leur apportait des jouissances abondantes qui leur promettait une existence agréable, joyeuse, mouvementée, ne pouvait que leur être bienvenue. Tandis que les Germains, séparés d'eux par la seule barrière du Rhin, continuaient à vivre dans leur barbarie sauvage, à écarter cette culture avec obstination, les Celtes gaulois et bretons étaient devenus depuis longtemps des Romains, avaient abandonné leur langue et leurs mœurs primitives Ijour adoj)ter celles de leurs vainqueurs.
Il est curieux que les Celtes aient su toujours oflrir aux peuples de maîtres, sous la domination desquels ils vivaient, la culture dont ils étaient le plus éloignés et qui, par là même, leur faisait le plus défaut... Aux Allemands les plus indomptables, les plus guerriers d'entre les Germains, ils enseignèrent ce qu'était la vraie vie spirituelle, la vie intérieure, les convenances religieuses : ils en firent le peuple le plus pieux, le plus pacifique, le plus patient que le monde ait vu. C'est le peuple qui a su au plus haut point s'approprier la vertu chrétienne de tendre la joue droite quand la joue gauche a été frappée et de se faire donner ainsi, à tout moment, des soufflets. Des Germains pur sang ils firent le « Michel allemand », chef-d'œuvre qui, à lui seul, devrait déjà leur valoir l'admiration du monde entier.
Ihid., t. I, p. 81, 85, 8(), 109, III.
3. Affinités entre le peuple allemand et le christianisme. Sens de la Réforme luthérienne.
Cette sensibilité à l'influence des impondérables peut rendre les Allemands capables des états d'âme les plus violemment tendus et des conceptions intellectuelles les plus extraordinaires; à cela correspond dans la vie réelle
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la « fureur teutonique ». D'autre part, une telle réceptivité peut les plonger dans des états apathiques que l'on a peine à s'expliquer. Cependant nous y reconnaissons, en regardant de plus près, Tépuisement qui est la réac tion nécessaire succédant à une manifestation intellectuelle ou physique de cette « fureur », et qui donne lieu tout aussi nécessairement à un renouveau de la même « fureur ». Les Allemands n'ont-ils pas en effet racheté leur impuissance sentimentale de i8o5 et 1806 par le furor des guerres de l'Indépendance de 1812 et i8i3?
Cette tendance maladive, résultat de l'avidité des sens provoquée par l'inanition j^hysique, que nous remarquons dans la nature allemande, et qui la fait osciller entre une « fureur « ardente et la plus profonde apathie, devait la disposer à accueillir avec joie le christianisme. Il fit entrevoir aux mécontents de la réalité présente, à ceux qui souffraient de nostalgie romantique, une réalité idéale, un ciel dans lequel « l'inaccessible devient réalité présente et l'ineffable s'accomj^lit » (i). Chez aucun autre peuple que le peuple allemand, le christianisme ne pouvait donc prendre aussi fortement racine. Que l'on ne nous objecte pas les pays figés dans le catholicisme; pour eux le christianisme fut toujours quelque chose comme un traité de commerce : en échange d'une soumission pleine de foi, du sacrifice de la messe et d'un tribut régulier de prières et d'aumônes, on devait recevoir en partage la félicité éternelle. En Allemagne au contraire, le christianisme répondait à un besoin véritable et profondément ressenti, à une nostalgie ardente de quelque chose de surnaturel, d'un état idéal que le ciel gris de leur réalité refusait si complètement aux habitants de ce pays.
HEIMUCH DRIESMANS
(il Gœthe, Faust^ lin de la a- partie.
La Réforme offrit à l'esprit du peuple allemand un contenu véritable et précieux; Luther allait ramener le peuple allemand à lui-même, donner une matière à une faculté de penser déjà mûrie, en la remplissant du contenu de sa propre essence. Mais à ce moment, un contenu nouveau, étranger, s'offrit à elle, et détourna une fois de plus l'esprit allemand de lui-même — de la nature allemande, du cœur allemand - et le trompa sur sa véritable destinée. Ce contenu étranger était la culture antique qu'avaient découverte les humanistes. Qu'importe notre opinion sur Luther en tant que réformateur; qu'importe que nous le condamnions du point de vue catholique ou que nous regardions son œuvre comme le plus grand bienfait dont ait été dotée l'humanité depuis la naissance du christianisme. Ne voyons plus en lui que l'individualité dans laquelle le caractère allemand revint vraiment à lui-même et chercha à s'affirmer, dans laquelle la loi de sa vie spirituelle tenta de prendre forme. Cette loi, ce contenu le plus profond, le plus intime de son être, n'avait pas d'adversaire plus dangereux que la culture séduisante, agréable, facile, mais inconsistante qu'est la culture humaniste.
Ce n'est pas sans raison que Luther, ce vieux Germain, condamna en bloc la science aristotélicienne, et fut un adversaire du culte des images, quoiqu'il désapprouvât les agissements des iconoclastes. Le ressort de son action l'tait au fond la haine provoquée par une sorte de révolte de la nature allemande contre les influences civilisatrices étrangères, éléments d'intoxication. Comme Caton, il incarne « l'ancien temps » en face de ses contemporains corrompus i)ar la civilisation. Lorsque Friedrich Nietzsche qualifie Luther de grossier paysan qui tomba lourdement
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au milieu de la civilisation catholique du xvi" siècle, civilisation fine et développée qui avait presque atteint son apogée, il a pensé sans doute à peu près ce que nous voulons dire ici : ce fut le besoin d'indépendance des vieux Germains, leur soif de liberté, ce furent la i>robité, la loyauté allemandes qui éclatèrent contre le mensonge sophistique de la civilisation romano- catholique et la chassèrent; ce fut la même « fureur » qui, mille ans auparavant, avait brisé la culture romaine de l'époque des empereurs.
Tout renouvellement interne de la vie d'un peuple s'accompagne de secousses extérieures, qui atteignent surtout les produits les plus raffinés, les plus accomplis de la civilisation. On comprend donc fort bien que de pareils mouvements soient en contradiction absolue avec les aspirations des esprits les plus éclairés et les plus objectifs, car, s'ils promettent de faire naître une nouvelle vie, ils sacrifient et détruisent aussi en grande partie une vie qui a atteint le dernier degré de maturité et de perfection. — Ce sont certainement de semblables sentiments qui ont décidé un Gœthe à assister, en spectateur passif, à la réaction politique de l'esprit allemand qui se produisit de son temps. Il fut, en face des guerres de l'Indépendance, ce qu'Érasme avait été en face de la Réforme : il se tint du coté des humanistes, contre la réaction allemande. Doit-on absoudre ou condamner ces tleux grands esprits? Gest une question qni peut rester ouverte; en tout cas, leur conduite est la conséquence naturelle de toute leur attitude intellectuelle.
Le protestantisme était simple, austère, sobre et rai sonnable. Les « images », les « couleurs » troublaient 1. protestiint dans son aspiration au recueillement et a « l'irruption delà grâce ». Nue et sobre comme la Véril<
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en face de la beauté florissante et rayonnante, mais dont l'éclat est sans cesse menacée par un souffle de pourriture et de destruction, c'est ainsi que la nouvelle doctrine se présente, sévère, en face de l'ancienne, semblant la rappeler à l'ordre, le Mane thecel sur ses lèvres pâles, ennemie des images, ennemie de la civilisation. Du côté de l'une se trouvait toute l'àme de la vie, dans son complet éj)anouissement et dans sa maturité, tout ce qui peut contribuer à embellir l'existence ; du côté de l'autre se tenait, sans ornement, sans corps, l'àme du cœur.
Nous ne nions pas que le christianisme ait été, à un certain point de vue, un bienfait pour les Allemands ; mais ce ne fut pas un bienfait qu'il leur fût transmis par l'intermédiaire des Celtes. Du fait de ces derniers, les Allemands perdirent leur liberté et furent soumis au Saint-Siège ; les Celtes surent empêcher, ce qu'ils n'étaient pas parvenus à faire en Angleterre ni en France, que se constituât en Allemagne une Église nationale, ne dépendant de Rome qu'extérieurement.
La tendance à se détacher du joug de Rome qui agite le peuple autrichien à notre époque i)ermet de reconnaître, que le but des eftbrts du clergé catholique est toujours et partout uniquement d'écraser et d'éliminer l'élément allemand. Ce n'est pas tant le protestant et le renégat que VAlleniand qui est pour lui l'hérétique. Dans cette race allemande, race d'idéologues, qui sait penser l)ar elle-Hiême, il voit son ennemi mortel, contre lequel tous les moyens sont bons. Partout oùl*Église catholique apparaît sur le champ de bataille, c'est une lutte de races qui se livre, lutte séculaire qui, depuis plus de mille ans déjà, est déchaînée sur l'Europe, lutte entre la conception du monde, la pensée de deux peuples : l'une
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servile, celle des Romano-Celtes, l'autre libre, celle dos Germains.
L'un des historiens de notre littérature a écrit ces mots pleins de sens : « Le Shakespeare allemand a disparu dans l'ouragan de la Guerre de Trente ans... Dans celte guerre, le mélange de sang allemand qui avait élabore une forme dVime supérieure et qui voulait trouver son expression parfaite dans un individu, fut dissous et décomposé en ses éléments j^rimitifs. » Le « Shakespeare allemand » c'est-à-dire l'être allemand qui avait réussi à constituer son individualité vigoureuse et créatrice, fut foulé aux pie<ls et anéanti dans le tourbillon de la grande guerre.
Ihid., t. IIl, p. 91, 92, 96, 100, 124, i3i, i33, r36, i38.
4. La supériorité de la culture allemande tient à un mélange de sang slave et germanique.
Le mélange de sang celto-germanique n'a donné quelque chose de durable chez aucun des trois j)euples les plus puissants de l'Europe. Il put bien produire une culture intellectuelle très développée, raffinée, mais ne put pas réaliser, une fois pour toutes, Tindividu supérieur qu'aurait pu être rEuroi)éen commun, s'il avait pu fondre en lui ces deux éléments sociaux, et les harmoniser en une activité plus créatrice, plus féconde que ne pouvait être celle de chacune de ces races isolément. En France, l'élément germanique fut maintenu comme en un état de siège constant par l'élément celtique, puis finalement vaincu et repoussé. En Angleterre, il se fit pour ainsi dire une division du travail, en suite de laquelle l'ék'ment germanique fut refoulé dans le domaine de la poli-
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tique et des aflaires, et l'élément celtique dans celui des arts. En x\llemagne enfin, la nature primitive n'entre en composition avec la nature celtique et celto-germanique que déjà mélangée à un troisième élément, et de l'api^arition de ce nouveau mélange de sang résulte une lutte avec l'ancien mélange, lutte qui dure toujours.
La. véritable vie allemande moderne a sa source dans l'opposition de ces deux mélanges de sang; c'est de là qu'elle tire toute sa force ; là est la raison pour laquelle tout arrêt, toute stagnation de la vie est impossible en Allemagne, tandis qu'on peut observer ce phénomène dans la France moderne et en Angleterre, où manque cette double opposition des sangs.
Les yeux de toute l'Europe, et même du monde entier, ont, dans ces trente dernières années, été constamment fixés sur l'Allemagne, comme si c'était là que dût avoir lieu le grand combat d'où dépend le sort de l'Europe, et avec lui le sort du monde entier. Et c'est bien un combat décisif qui se livre ici, un combat dont l'issue semble devoir décider quel mélange de sang, quelle union de races mi-germaniques, mi-étrangères, montrera le i^lus de résistance, le plus de fécondité, et devra l'emporter. Celle qui s'est révélée comme telle jusqu'à ce jour, c'est la race slavo-germanique ou plutôt slavosaxonne Les Slavo-Saxons sont des hommes auxquels
on décerne le plus grand éloge en leur accordant qu'ils savent « commander ». Ils possèdent les qualités qui, à l'origine, manquent à la nature allemande ou qui, du
moins, sont à peine développées en elle
Avec leur façon d'agir nette, énergique, sûre de son but, pleine de décision, ils se sentaient un autre peuple, et leurs princes, qui furent toujours pour eux justes et pleins de sollicitude, quoique sévères jusqu'à la cruauté, firent naître en eux la conscience de leur valeur, le sentiment de leur supériorité sur leurs voisins de même
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race, et le dédain pour ceux qui se laissaient mener comme un troupeau de moutons. Il est vrai qu'il manquait à la vigueur slavo-saxonne une qualité qui, d'ailleurs, fait défaut chez toutes les natures soldatesques et faites pour l'action : ils ne s'intéressaient pas aux choses supérieures de l'espnt Ces lions riants ne se laissaient pas plus débiliter par les vapeurs de la pensée que par les effluves du sentiment. Ils aft'ectaient i)our la science et la civilisation un certain mépris, méi>ris qui doit paraître suspect à celui qui y regarde de plus près. Il ne peut, en elfet, pas être la conséquence de sa seule nature de soldat; il doit découler aussi de rop|)ositiun sociale entre lui et les peuples pi^oches parents établis au sud-ouest. Lorsque Frédéric-Guillaume, le père spirituel du prussianisme moderne, promenait le Président de son Académie habillé en fou, et s'amusait à jouer des tours à ce savant pour la plus grande joie de ses officiers, nous ne devons pas trop nous scandaliser d'une conduite aussi sauvage; nous devons i)lutôt reconnaître ici l'instinct slavo-saxon qui voulait frapper, dans l'homme de science, un genre haï et mépnsé, le type livresque, lymphatique et bourgeois des Allemands de l'Empire. . . .
Chez son fils Frédéric le Grand, cette hostilité à l'égard de la culture se manifesta sous un jour plus curieux encore Elle se montre dans une ignorance infinie des
choses de l'esprit allemand, ignorance qui alla si loin que jamais il ne fut complètement maître de la langue allemande. Ce grand prince, en vrai Prussien, méprisait les Allemands de l'Empire, et témoignait à leur égard d'une petitesse de sentiments, d'une étroitesse de vues, qui faisaient un violent contraste avec son ouverture d'esprit et sa grandeur d'âme habituelles.
Le mépris de la civilisation est une vieille tradition prussienne, qu'on a le devoir de blâmer et dont il faut
combattre les excès, mais à cause de laquelle on ne doit pas condamner cette race. Les Prussiens ont donné au peuple allemand l'armature politique qui a remédié définitivement aux faiblesses dont son existence en tant qu'Etat avait eu à souftrir dejmis des siècles, et grâce à laquelle il peut vivre et se développer suivant ses dispositions naturelles, plus complètement et plus librement que dans la prétendue liberté des anciens petits États. Nous ne voulons pas dire par là que le type slavo-saxon puisse émettre la prétention d'être considéré, à cause des services rendus au jieuple allemand, comme un type hyper-européen. Cependant il n'est pas douteux que ce type ne puisse fournir, sinon dans sa forme actuelle, du moins dans une forme légèrement modifiée, la base de ce que Friedrich Nietzsche a appelé le « bon Européen », qu'il ne réunisse les principales qualités des difl*érents éléments sociaux européens, depuis la solidarité massive du nord jusqu'à la chaleur de sang méridionale et ne puisse, en les harmonisant, atteindre à une capacité physique et intellectuelle supérieure à tout ce qui s'est vu jusqu'ici.
Ihid., t. I, p. 145-147, i4B-i49'
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