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Le Panorama dramatique

Le décret impérial qui limitait à huit le nombre des théâtres parisiens n'avait, en raison de son origine, rien qui le recommandât au gouvernement bourbonnien.

En 1820 s'ouvrait, sous la direction de Delestre-Poirson, le Gymnase Dramatique; vers la même époque un second privilège était accordé, sur les sollicitations du baron Taylor, à M. AUaux, peintre connu par d'importantes décorations théâtrales. Ce privilège conférait le droit de jouer des drames, des comédies et des

vaudevilles, à la condition de n'avoir jamais en scène plus de deux acteurs parlants. S'associant avec des capitalistes et des entrepreneurs, M. Allaux acquit pour 64^000 francs, sur le boulevard du Temple, en face du Jardin Turc, le terrain sur lequel avait existé, pendant un assez long temps, le Café du Bosquet. Ce terrain, exigu et de forme irrégulière, offrait, pour la construction d'un théâtre, des difficultés que les architectes Vincent et Châtelain vainquirent habilement. Nous reproduisons, d'après VArchitectono graphie des théâtres de Paris ^ la façade du monument. On avait trouvé moyen, dans une salle qui n'avait que 3i pieds de large sur 23 de profondeur et 3g d'élévation, de placer près de quinze cents personnes.

Cette salle était composée d'un soubassement supportant un grand ordre corinthien arabesque, surmonté d'un autre petit ordre qui soutenait la coupole ; les ornements, d'un style gracieux, y étaient

appliqués sur fond vert tendre. La scène, en y comprenant les dessous, comptait 89 pieds de profondeur, ce qui devait permettre de très beaux effets de décorations. Encadrée d'une large gorge, dorée comme celle d'un tableau, cette scène offrait un détail singulier. Dans lesentr'actes on pouvait abaisser, en guise de rideau, un châssis recouvert en glaces qui, occupant toute l'ouverture, présentait, avec son encadrement, un miroir de vingt-quatre pieds de large et vingt de hauteur, reflétant toute la salle.

Le théâtre achevé reçut le nom de Panorama Dramatique, et Ton prépara sans relâche le spectacle d'ouverture. Voici, d'après les almanachs du temps, les noms des personnes composant l'administration ou la troupe au début de l'entreprise.

Directeur : Allaux;

Administrateurs : Martine. Poissinot, Dubois, Châtelain, Damas; Caissier : Fleary ;

Régisseurs : Solomé, Gautier, Pénancier ;

Premiers rôles : Auguste, Gauthier;

Jeunes premiers : 'Camiade, Francis, Lefèvre ;

Pères nobles : Legros, Faux;

Troisièmes rôles : Boucher, Monnet, Plançon ;

Comiques : Serres, Vautrin, Bouffé, Théodore ;

Utilités : Alexis, Travers;

Premier rôle : Madame Gobert ;

Amoureuses: Mesdames Maria, Laure, Mercier, Belfort, Eugénie, Florville;

Caractères : Mesdames Lecomte, Louis ;

Maître de ballets : Renauzy ;

Danseurs : Josse, Bégrand, Durier, Charlema gne, Hartwig, Cloteau, Belcour, Belfour ;

Danseuses : Mesdames Varnier, Marivin, Pallier, Chevalier, Gossard, Rousse, Gontant, Guittes, Tullot;

Figurants : Briffaut, Chartier, Langevin, Ambroise ; Mesdames Annette, Langier, Pénancier, Alexandrine ;

Chef d'orchestre : Marty.

Il n'y avait, dans les artistes, aucun nom capable d'attirer la foule ; aussi la direction fut-elle obligée bientôt d'engager des acteurs plus connus. Nous signalerons, aux dates précises, l'entrée des re-

crues faites dans les théâtres de Paris ou des départements.

L'inauguration, plusieurs fois ajournée du Panorama Dramatique, eut lieu le 14 avril 1821, par les ouvrages suivants :

Monsieur Boulevard, prologue en i acte, mêlé de couplets, par Carm... (Carmouche) et Rou... (Rougemont, avec Merle).

Boulevard, bourgeois domicilié sur le boulevard du Temple, a, dans le cours d'un voyage de plaisir, tiré d'un fossé un bonhomme affligé d'une jambe de bois et qui promit de le payer de ce service. Quand Boulevard rentre chez lui, son obligé, qui n'est autre que le Diable boiteux, lui apparaît effectivement. Exilé depuis dix années sur la terre, il devait y rester jusqu'au moment où une âme charitable l'obligerait sans intérêt; le service que Boulevard lui a rendu va lui permettre de retourner dans la patrie des diables ses confrères, aussi se déciare-il prêt à satisfaire le souhait que formera le bourgeois. Boulevard est modeste et content de Sun sort; une seule chose le contrarie, le mur qui est en face de sa fenêtre et lui cache le Café du Bosquet où Ton jouait jadis la comédie. Le Diable peut ressusciter ce bon temps ; sur le vœu de son bienfaiteur il bâtit d'un coup de baguette, à la place du mur malencontreux, le théâtre du Panorama Dramatique. Boulevarfl s'en institue directeur, examine les originaux qui lui viennent offrir leurs services, engage une troupe, et, passant à l'avant-scène, voit avec ravissement, dans un rideau de glaces que fait descendre le génie, le public qui doit remplir sa salle, au jour de l'ouverture. Le

Diable et son protégé chantent alors des couplets promettant les plus grands efforts et sollicitant l'indulgence des spectateurs présents et à venir.

Ismayl et Maryarn, ou V Arabe et la Chrétienne, pièce en 3 actes, à grand spectacle, par Frédéric (Dupetit-Méré) et *'' (Taylor).

Fils d'un cheik arabe, Ismayl, blessé dans un combat, a été soigné et sauvé par Ebn-Témyn, chrétien de Jérusalem. Témyn est père de la charmante Maryam, que l'Arabe ne tarde pas à aimer et qui paie de retour l'intéressant guerrier. Mais le gouverneur de Jérusalem, après avoir fait périr Témyn, veut enchaîner Ismayl et mettre Maryam dans son sérail. Les deux amants s'enfuient au désert, où Ismayl retrouve son père. L'hymen devrait alors récompenser les fugitifs ; malheureusement la jeune fille s'est engagée par serment à n'épouser jamais un ennemi de sa religion, et, d'un autre côté, le cheik met pour condition au mariage de son fils le renoncement de Maryam au christianisme. Brisée par toutes ces péripéties, la jeune fille meurt d'épuisement; trop épris pour lui survivre, TArabe se laisse ensevelir avec elle sous la montagne de sable soulevée par un terrible simoun, mais une consolante apothéose laisse entrevoir la région des félicités éternelles, où montent sur un nuage, au son de douces mélodies, Maryam et son fidèle amant.

Monsieur Boulevard^ écrit avec esprit et semé de jolis couplets, fut applaudi, mais ce succès n'était rien auprès de l'accueil enthousiaste fait au drame intéressant^ monté avec un luxe inouï de mise en scène,

et offrant un jeu de décorations aussi nouvelles qu'éblouissantes. Notons que le rideau de glaces, sur lequel comptaient les administrateurs, sembla moins gracieux que bizarre et ne fut pour rien dans Taffluence des spectateurs qui, pendant plusieurs mois, applaudirent au spectacle d'ouverture du Panorama.

C'est dans Ismayl et Maryam que parut pour la première fois, devant le vrai public, un artiste qui fut, par la suite, un des plus grands comédiens de Paris, Bouffé. Bien qu'engagé comme comique, il jouait un x\rabe dont le rôle consistait à faire, d'une voix mourante, le récit de la mort de son chef. Délivré de l'emploi mélodramatique il montra bientôt, dans des personnages plaisants, un talent qui le désigna aux suffrages des amateurs et des journalistes.

Fier de son succès initial, le Panorama Dramatique voulut le consolider par nombre d'ouvra^res de crenres différents. Enu-

mérons ces pièces en analysant les nouveautés et en notant, d'après les feuilles spéciales, l'effet que toutes produisirent.

3o avril 1821 : Les Faubouriens de Paris^ ou la Fête du peuple, vaudeville en i acte, parDuperche et Dubois.

Des habitants de Paris, désignés chacun par le nom du faubourg dans lequel il réside, se sont réunis pour nommer le fils nouveau-né du père Desgaules et donner une enseigne au cabaret que celui-ci se propose d'ouvrir le jour même. Sans s'être consultés ils se trouvent d'accord sur le nom de l'enfant et sur le choix de l'enseigne. Ce rapport de sentiments et d'idées révèle en eux une sympathie dont les effets s'appliquent à l'objet de la fête, et c'est par des chants et des danses que tous la célèbrent à l'envi.

Fait à l'occasion du baptême du Duc de Bordeaux, ce vaudeville fut applaudi pour la circonstance plus que pour son mérite propre {Non imprimé.)

22 mai : Une Nuit de Séville, comédie en i acte, mêlée de couplets, par Th'jodore (Godchou).

Le Français Melval a été envoyé à Sévillc et vivement recommandé par son père à Dormeuil. Il tombe amoureux

de la jeune Antonia, qui le reçoit chaque nuit et n'est pas insensible à sa flamme. Cependant un chagrin le tourmente ; Antonia a pour frère un nommé Storelli,dur, brutal à l'excès, et qui veut la marier contre son gré. Melval fait consentir sa maîtresse à un enlèvement nocturne, mais, au moment fixé, le frère arrive. Pendant que l'amoureux se cache derrière une table, Storelli se met en fureur, menace Antonia et la force à rentrer dans son appartement. Une suivante vient alors trouver Melval interdit, lui annonce que Storelli dort et qu'il faut profiter de l'instant pour fuir avec Antonia. Une personne voilée se présente, le Français croit reconnaître celle qu'il aime et va l'emmener quand Storelli se dévoile, accable Melval de reproches, lui dit que sa sœur ne cherchait qu'à le tromper, et lui fait vc'ir le danger que l'on court à se livrer inconsidérément à des aventurières. Le jeune homme convaincu veut se retirer, mais Storelli arrache le bandeau dont il s'était couvert un œil et la moustache collée sur sa lèvre : c'est Dormeuil, qui a employé la ruse pour corriger de sa légèreté le fils de son ami. Melval, qui ne connaissait pas de sœur à Dormeuil, a été facilement sa dupe ; il épousera, sous le nom d'Emilie, la fausse Antonia.

De jolis détails tirent applaudir cet ouvrage, dû à Tun des acteurs du Panorama. Mademoiselle Kimard, jeune personne qui débutait par le rôle d'Antonia, n'y eut point de succès et dut retourner en province.

5 juin : Le Petit Georges, ou la Croix d'honneur^ comédie en i acte, mêlée de couplets, par L. Ponet et"*' (Ferdmand Laloue).

Le colonel français Darmont, fait prisonnier par les Piémontais, vient d'être échangé; il aimait sa captivité qui lui permettait de voir Anna deSenicratas, jeune veuve aux soins de laquelle il doit la vie et dont il est amoureux. L'ordre est donné d'attaquer la ville qu'habite Anna ; le colonel charge le petit tambour Georges de remettre un billet à la belle, ce qu'il fait en se glissant parmi des bohémiens. Les Français vainqueurs chassent devant eux les Piémontais. Le chef de ceux-ci, Montaldi, rival du colonel, cherche refuge près d'Anna qui, pour le sauver, le fait passer pour son mari et n'ose détromper Darmont que cette nouvelle met au désespoir et qui, néanmoins, met la maison de l'infidèle sous la protection de ses troupes. Montaldi, touché de la douleur du colonel, lui dit la vérité et lui rend l'espérance. Mais le canon se fait encore entendre ; Georges reçoit une blessure en défendant le vieux soldat Durlan qui, avant d'expirer, le charge de remettre sa croix à Darmont. Georges s'acquitte de la mission, mais, comme il a pris un drapeau à l'ennemi, le colonel, pour le récompenser de cette action d'éclat, attache sur sa poitrine l'insigne de l'honneur.

La scène change à trois reprises dans cette comédie qui, malgré des épisodes intéressants, n'eut que peu de succès.

26 juin : La Prise de corps, ou la Fortune inattendue, folie anecdotique en i acte, par Léo, old (Chandezon. avec Boirie).

Le colonel Léonville habite, avec son valet Valentin, l'hôtel garni de Stolbert. L'amour et les créanciers déchirent à la fois son cœur. En Russie, où il fut prisonnier, il est devenu

amoureux de Poliska, fille d'un comte qu'on lui a refusée, et sa détresse est telle qu'il ne peut payer ses hôtes qui, chaque jour, lui font remonter un étage. Un nommé Ratinard est surtout acharné à poursuivre le colonel qu'il voudrait marier à sa sœur, affligée d'un demi-siècle. Ratinard, venu pour harceler Léonville, se rencontre dans l'hôtel avec des recors; Valentin les lui donne pour agents de Stolbert dont il courtise la femme et qui veut le faire étriller d'importance ; pris de peur, Ratinard se cache dans la chambre du colonel absent et endosse un uniforme qui le fait, malgré ses cris, appréhender par les recors. Léonville de retour est informé qu'une étrangère vient d'acquitter ses dettes : c'est Poliska, libre d'elle-même par la mort de son père et qui finit tous les tourments du colonel en l'époasant.

Tiré d'une anecdote contée dans 7(2 Quoditienne^ cette pièce dut à quelques détails agréables une demi-réussite.

3 juillet : Sydonie, ou la Famille de Meindorff, pièce en trois actes, imitée de l'allemand, par Guvelier et Léopold (Chandczon).

Ernest Steimberg, négociant richissime, a demandé la main de Sydonie, fille d'un second mariage du comte de Meindorlî, grand seigneur allemand, mais le comte, fier de ses aïeux, a repoussé avec indignation le roturier assez osé pour élever ses vues jusqu'à l'héritière d'une noble famille. Sydonie, moins aristocrate, a été touchée de l'amour d'Ernest ; ne pouvant devenir sa femme devant les hommes, elle a consenti à l'être devant Dieu et porte en son sein le fruit de cet hymen secret. Meindorlf cependant, dont les circonstances ont

ébranlé la fortune et le crédit, veut raffermir l'une et l'autre en mariant Sydonie au puissant prince de Roscnthal. Rodolphe, fils du premier lit du comte, plus orgueilleux encore que son père de sa noble origine, approuve fort l'union projetée ; il en veut à Ernest d'avoir demandé sa sœur, et son mécontentement devient de la haine quand Sydonie, pressée de signer le contrat qui doit la lier au prince, avoue être la femme du négociant. La haine de Rodolphe s'étend à sa sœur, et il persuade au comte que l'honneur de la famille exige la disparition de la coupable. Meindorff, bien qu'aimant sa fille, n'ose s'opposer aux projets de Rodolphe, et ce dernier enferme Sydonie dans la chapelle souterraine où dorment ses ancêtres. Ernest qui, sous un déguisement de domestique, s'est introduit dans le château de Meindorff et a vainement attendu Sydonie, au rendez-vous fixé pour un enlèvement, s'inquiète bientôt de la disparition de son épouse. Pendant que la comtesse, mise dans ses intérêts, se rend chez Rosenthal pour implorer son aide, Steimberg, feignant de servir les projets de Rodolphe, apprend de lui le lieu où gémit Sydonie ; il y pénètre et délivre sa femme, à la grande fureur de Rodolphe qui va lui arracher la vie quand la comtesse survient avec Rosenthal, qui flétrit Rodolphe et annonce à Ernest que le souverain l'admet dans sa cour. Le comte embrasse sa fille et son gendre qui lui pardonnent, mais Rodolphe, que ce dénouement exaspère, refuse la main tendue par le généreux Ernest et se tue d'un coup de pistolet.

Mélodrame noir, aux combinaisons naïves, au style médiocre, et qui fut néanmoins applaudi.

14 août : Le Savetier de la rue Chariot, ou les

Sœurs rivales, comédie anecdotique en un acte, par Maréchalle et Ch. Hubert.

Lambert, marin original, est parti pour l'Amérique, dans l'intention d'y augmenter sa fortune ; mais, avant son départ, il a laissé à Madame Varnier, ?a nièce, assez d'argent pour s'établir et élever convenablement sa jeune sœur Charlotte. Madame Varnier est de l'étoffe dont sont faites les mauvaises femmes. Jalouse de sa sœur, elle la rend malheureuse, à l'instigation de sa femme de conhance Delphine, et son antipathie redouble quand elle apprend que le clerc d'huissier Edouard, dont elle croyait avoir conquis la tendresse, n'aime que Charlotte. Elle finit par chasser la pauvrette. Cependant, quinze ans après son départ, Lambert est revenu millionnaire ; mais, comme on lui a dit que Charlotte n'était pas heureuse, il a voulu s'en assurer par lui-même, et, endossant des habits de savetier, il s'est installé dans une échoppe vacante en face du magasin de Madame Varnier. De cet endroit il dirige son enquête ; édifié, il pénètre chez sa nièce aînée et la somme de reprendre sa sœur qu'il a recueillie ; au refus de Madame Varnier il se fait connaître, chasse Delphine, marie Charlotte à Edouard, et donne à la sœur coupable une leçon qui la corrige.

Jolie comédie, dialoguée avec esprit, très morale et qu'on applaudit justement.

24 août : La Fête au village, à-propos en i acte, mêlé de couplets, par Charles Dupeuty et Ferdinand de Villeneuve.

Grigou, greffier aux Vertus, près Paris, remplace depuis

deux jours le maire absent de cette commune. Il sollicite une place pour son fils Bétinet, qui a pour concurrent Franval, officier à demi-solde. Bétinet e'choue, et Grigou, se fâchant, fait tomber sa colère sur les habitants du village qu'il empêche de danser. Le marinier Laviron conte à Franval la déception des villageois ; l'officier, pour y mettre un terme, fait croire au greffier que son fils a obtenu l'emploi sollicité ; Grigou alors se déride, ordonne qu'on s'amuse et marie Laviron avec Manon la blanchisseuse. Quand il apprend que Franval l'a emporté sur Bétinet, il est trop tard pour révoquer ses derniers ordres, et chacun rit à ses dépens.

Ecrit pour le spectacle gratis donné à l'occasion de la fête du roi, ce vaudeville eut le succès de tous les à-propos {Non imprimé),

! 5 septembre : Le Temple de la Mort, ou Ogierie-DanoiSf pièce en 3 actes, par Cuvelier et Léopold (Chandezon).

Olaûs, simple écuyer à la cour de Gotheric, roi des Scandinaves, s'est fait aimer d'Edwa, fille de ce prince, qui se refuse à épouser Siward, favori de son père. On enferme la jeune fille, on fait courir le bruit de sa mort, et Olaûs se retire à la cour de France.

Revenu en Scandinavie comme ambassadeur de Charlemagne, sous le nom d'Ogier-le-Danois, Olaûs apprend qu'Edwa a été confiée à Orbaide, prophétesse du Temple de la Mort. Malgré le titre dont il est décoré, Olaûs est proscrit ; méprisant cet arrêt il court au Temple, on le saisit

pour le plonger dans un cachot. En même temps Siward tue Gotheric, pour s'emparer du trône. Edwa, qui s'était déguisée en garde pour parvenir auprès de son père, est accusée de ce meurtre et jetée dans le même cachot que son amant. Délivré par les soins d'un ami, Olaûs-Ogier, à la tête des Français, poursuit Siward jusque dans le Temple de la Mort. La statue qui s'y trouve s'empare de Siward, l'engloutit, et Orbaïde unit Edwa à Olaùs qu'attend la couronne.

Imité de divers ouvrages, ce mélodrame réussit surtout par la beauté des décors, dus au directeur-peintre.

1 3 octobre : Les Cinq cousins , vaudeville épisodique en un acte, par Maréchalle et Ch. Hubert.

Démani a cinq neveux dispersés dans le monde et qu'il convoque à Paris pour la répartition de l'héritage d'un de ses frères. Parmi ces héritiers Démani espère bien trouver un mari pour sa fille Adèle ; mais, comme il a cette idée bizarre que l'amour est plus nuisible qu'utile en ménage, il ne donnera la main d'Adèle qu'à celui de ses cousins qui ne manifestera aucun penchant pour elle. Parmi les concurrents, Adèle n'en connaît qu'un, le lieutenant Victor, qu'elle aime et dont elle est aimée. Prévenir Victor de la résolution de Démani est la première chose que fait la jeune fille. Victor est intelligent autant qu'amoureux ; il rêve de conquérir Adèle avant l'arrivée de ses rivaux et se présente successivement à Démani sous les habits d'un auteur gascon, d'un marin provençal, d'un lord anglais et d'un avocat normand. Chacun de ces pseudo-cousins ne manque pas de feindre, pour Adèle, une admiration qui détache d'eux l'original Dé-

mani. Quand Victor se présente une cinquième fois, sous sa véritable apparence, il a bien soin, au contraire, d'afficher la plus complète indifférence pour sa cousine, ce qui fait que Démani lui offre la main d'Adèle et s'engage avec lui de façon à ne pouvoir se dédire quand la vérité est connue.

De la gaîté, de jolis couplets assurèrent le succès de cette pièce à tiroirs, dont le rôle principal servait au début de Francisque aîné.

3o octobre : Le Délateur, drame en trois actes, traduit de l'italien de Camillo Federici (par Charles Nodier et Taylor).

La scène se passe à Pise, à la fin du seizième siècle. Sans travail, sans pain, abandonnée de tous, la famille Benamati vit dans une extrême indigence. Pietro et Lorcnzo Benamati, qui ne peuvent être d'aucun secours à leur mère, vont la voir mourir de besoin quand ils entendent publier un édit qui promet mille pièces d'or au délateur de l'assassin d'un noble Pisan. Ils imaginent alors de jouer, Lorenzo le rôle du coupable, Pietro celui du dénonciateur, ce qu'ils exécutent avec promptitude. On les croit d'abord, l'assassiné ayant fait beaucoup de mal à leur famille, mais la chaleur même qu'ils mettent à s'accuser éveille les soupçons du chef de la justice qui procède à une enquête minutieuse, découvre le véritable criminel, et, profondément touché du dévouement sublime des jeunes gens, les adopte pour fils, assurant ainsi leur avenir et celui de leur mère bien-aimée.

Sujet larmoyant^ mais traité avec une sobriété intéressante qui le fit applaudir.

10 novembre : VAiivet^gnat, ou le Marchand de peaux de lapins ^ comédie en un acte, tirée des Œuvres de Darnaud par Maréchalle et Auguste G*** (Gombault).

Pour éprouver le cœur de l'auvergnat Léonard, marchand de peaux de lapins, dont on lui a vanté les nobles sentiments, Madame Morin, riche bourgeoise, se donne comme indigente et reçoit du négociant philanthrope une généreuse offrande. Elle se fait connaître alors et installe dans une belle chambre l'auvergnat qui ne peut en croire ses yeux et ses oreilles. Madame Morin a une jolie fille. Elise, et un frère ridicule, Jobinet, qui prétend ne marier sa nièce qu'à un homme millionnaire et titré. Jules, amant d'Elise, ne remplit aucune de ces conditions, mais, avec l'aide d'un valet peu scrupuleux, il se fait fort d'exhiber k Jobinet des titres éblouissants. Tout en jouant vis-à-vis de l'oncle ce rôle peu délicat, Jules met sa conscience en règle en confessant la vérité à Madame Morin et à sa fille. Bien lui en prend, car Léonard, qui n'est autre que son père, surprend son projet, gagne à son tour le valet, et, au lieu des parchemins qu'attend Jobinet, lai fait présenter des peaux de lapins. Comme, au milieu de ces dépouilles, figure le titre de propriété d'une ferme rapportant dix mille francs de renies, Jobinet s'adoucit, Jules épouse Elise, et l'Auvergnat entre définitivement dans la famille de celle qui fut tour à tour son obligée et sa bienfaitrice.

Ecrit à la louange des coeurs généreux,

cet ouvrage, sévèrement traité à la première représentation, se releva aux suivantes, et fut vu nombre de fois avec plaisir.

24 novembre : Rosalba d'Arandès, pièce en trois actes, à grand spectacle, par Caigniez et P. Villiers.

Nommé vice-roi de Caslille pendant une absence du monarque qui guerroie dans les Flandres, le marquis de Torellas a profité de son pouvoir pour commettre nombre d'exactions, de crimes même qui ont soulevé contre lui la haine générale. Il s'en inquiète peu et projette une infamie nouvelle. Il a attiré dans son palais Rosalba d'Arandès, amie de sa femme Inès et sœur de D'Arandès favori du roi, et, à la faveur d'une fête, il veut abuser d'elle. Rosalba échappe au déshonneur, mais, affolée par le péril, elle se jette dans un lac glacé où elle prend le germe d'une grave maladie. Au retour du roi, cependant, Torellas est mis en état d'arrestation, et, si grande est la somme de ses fautes, que la cour suprême de Madrid le condamne à mourir. D'Arandès a été protégé jadis par Torellas, il lui en est reconnaissant et va s'employer à lui sauver la vie quand une lettre de Rosalba lui arrive. Du couvent de l'Annonciade, où elle est couchée sur un lit de mort, la pauvre fille raconte l'outrage qu'elle a subi et demande vengeance à son frère. La rage de D'Arandès à cette lecture égale son indignation; il sauvera quand même les jours de Torellas, mais pour contraindre l'infâme à un combat mortel. En conduisant Torellas au lieu fixé pour son exil, D'Arandès le provoque; au milieu du duel Inès, qui n'abandonne pas son mari, fond avec des partisans

sur les soldats de D'Arandès et délivre un instant Torellas, mais le criminel, dangereusement blessé, est bientôt repris, et il expire sous les yeux de D'Arandès, tandis que le convoi de Rosalba traverse le fond du théâtre.

Mélodrame construit dans les règles, qui fut sifflé pendant les deux premiers actes et se releva au troisième, grâce à une belle décoration.

5 décembre : Ma tante Rose, comédie en un acte, par L. T. Gilbert.

Madame Rose, hôtelière riche, vieille et coquette, s'est éprise du jeune Armand Derville, bien que celui-ci n'ait rien fait pour lui plaire. Il aime d'ailleurs la nièce de l'aubergiste, mais il a quantité de dettes, contractées sur les conseils d'un valet fripon, et ne sait comment échapper aux recors qui le guettent et à la ridicule tendresse qui le poursuit. Heureusement l'oncle d'Armand survient. Comme tous les oncles de comédie, il tonne d'abord contre le mauvais sujet, puis il s'attendrit, désintéresse les créanciers, et marie les amoureux, à la grande colère de Madame Rose qui, par dépit, épouse un vieil huissier accouru pour appréhender au corps le jeune étourdi.

Pièce mal écrite, mais vive et assez gaie, qui obtint un demi-succès.

i6 décembre : Victor, ou V Enfant de la forêt, mélodrame en 3 actes, par Guilbert de Pixérécourt.

Le Panorama Dramatique, qui avait jusque-là subsisté sur son propre fonds, ouvrit, avec cet ouvrage, la série des reprises que nous allons voir alterner désormais avec les pièces nouvelles.

Victor^ joué d'origine à l'Ambigu en 1798, et passé en 1802 au répertoire de la Porte-Saint-Martin, avait subi, de la part de l'auteur, quelques modifications nécessitées par le cadre du Panorama; on l'accueillit avec faveur.

3i décembre : Le Petit espiègle et la Bonne sœur^ enfantillage en un acte, par Maréchalle et Ch. Hubert.

Madame Germeuil a eu, de deux maris, deux enfants de caractères dissemblables. L'un, Achille, âgé de dix ans, est le garçon le plus turbulent, le plus espiègle qu'on puisse voir ; l'autre, Elisa, d'un an plus jeune, est la douceur, la sagesse en personne. Madame Germeuil comble de tendresse sa fille qui vit avec elle, tandis qu'elle fait élever au collège de Versailles l'insupportable Achille. Ce dernier cependant a le cœur tendre; il le prouve en s'évadant du collège où il est consigné pour venir souhaiter la fête à sa mère qu'il adore malgré ses rigueurs, mais, craignant d'être mal reçu par elle, il imagine de s'habiller en ramoneur et de s'introduire chez Madame Germeuil par la cheminée. Sans le reconnaître, la dame l'accueille avec bonté et va même jusqu'à lui

donner une lettre destine'e à attendrir une mère trop sévère qu'il dit avoir laissée dans sa montagne. Madame Germeuil éloignée, Achille se fait reconnaître d'Elisa et, avec son aide, reprend des habits convenables pour se cacher au milieu d'un immense bouquet destiné à leur mère. En le voyant surgir du sein des fleurs, tenant à la main la lettre qu'elle a donnée au petit ramoneur, Madame Germeuil ne peut que tendre les bras à Achille, en promettant de le garder à l'avenir près d'elle.

Cette pièce, ingénieuse et bien faite, eut du succès. Elle était jouée, paraît-il, avec un réel talent par deux petits acteurs, Lingot et Fanfette Bordes, que le Panorama voulait sans doute opposer aux étoiles enfantines du Gymnase : Léontine Fay et Virginie Déjazet.

i5 janvier 1822 : V Auberge dramatique, comédie en un acte, par Constant Bcrrier et Armand Overnay.

S'imaginant à tort que son oncle Dufour veut lui faire épouser une personne autre que celle qu'il aime, Eugène fuit avec son valet. Tous deux arrivent dans une auberge où se trouve une troupe de comédiens. Sans argent, sans ressources, ils se disent artistes et s'engagent. Mais l'oncle d'Eugène, courant après lui, s'arrête dans la même auberge, où on le prend d'abord pour le fameux Lekain; il linit cependant par voir son neveu, qui consent à retourner chez lui en apprenant que la femme qu'on lui destine est précisément celle qu'il désirait.

Des quiproquos plus ou moins plaisants, des parodies plus ou moins spirituelles, sauvèrent cet ouvrage auquel, pour lui donner un air de circonstance, les acteurs avaient ajouté quelques couplets en l'honneur de Molière, dont l'anniversaire était célébré ce jour-là. {Non imprimé.)

5 février : Catherine, ou la Bataille du Pruth, mélodrame en trois actes, par Boirie, Tournemine et Pierre Dubois.

La scène se passe sur les bords du Pruth, où les armées russe et ottomane sont en présence. Catherine, qui n'est encore que la maîtresse du czar Pierre, a pour ennemis Wazielvitz, chef des boyards, et Wolzonski, généralissime ; mais ce dernier voudrait se délivrer d'elle par des moyens honnêtes, tandis que Wazielvitz rêve un assassinat qu'il va commettre quand un soldat le frappe mortellement. Pierre, quelque temps auparavant, a surpris trois soldats en maraude, et, par respect pour la discipline militaire, les a condamnés à mort. Parmi ces malheureux, Catherine reconnaît Charles, son frère, et demande sa grâce ; pour toute faveur le czar ordonne que le sort choisisse une victime parmi les trois coupables; c'est Charles qui est désigné, et il subirait son sort si Wolzonski, revenu à de meilleurs sentiments pour Catherine, n'aidait celle-ci à soustraire Charles à l'échafaud. Catherine remet à son frère une lettre pour le Grand Vizir avec tous ses diamants qu'elle offre à ce chef en échange de la paix, et Charles franchit les lignes pour accomplir sa mission. Cependant Wazielvitz n'est pas mort sans avoir

vomi d'atroces calomnies contre Catherine ; le czar, qui s'aperçoit de la disparition des diamants et ne peut en obtenir l'explication, se croit trahi et va, pour oublier son chagrin, livrer bataille, quand des cris de joie se font entendre : Charles et le . Grand-Vizir apportent un traite de paix. La conduite de Catherine se découvre alors, et Pierre, honteux de ravoir un instant soupçonnée, la couronne aux yeux de tous ses soldats.

Plein de mouvement et d'intérêt, montrant en outre de très beaux décors, cette pièce à peu près historique, obtint d'unanimes applaudissements ; elle est pourtant restée manuscrite.

12 mars : Le Courrier de Naples, mélodrame historique en trois actes, par Boirie, D'Aubigny et Poujol père.

Alserno et Relci, aventuriers italiens, guettent, à l'auberge du village de San-Marco, le passage du courrier de Naples, porteur de cent vingt mille livres, et auprès duquel est monté Montréal leur ami. Tous trois doivent assassiner et dépouiller le courrier dans la forêt de Calabrc. L'aubergiste de San- Marco, Madame Manzano et sa fille Georgetta attendent avec impatience le jeune Ferdinand de Belmoaté, qui doit se rendre à Cozenza, capitale de la Calabre Citérieure, pour épouser la fille de Sorretto, grand bailli. Ferdinand arrive, mais il C3t triste. Jeune, sans fortune, ce n'est qu'à l'amour qu'il a inspiré à Palm^■ra qu'il doit la faveur de s'allier à une famille riche et puissante. 11 voulait faire un présent à sa future et Sorretto lui avait remis en secret l'argent nécessaire.

mais il eut le malheur de rencontrer un jeune homme qui l'entraîna dans une maison de jeu où il perdit les deux tiers de la somme destinée à payer le bijoutier, et il craint que la faute ainsi commise empêche l'accomplissement de son mariage. Cette confidence, il la fait à Sanelza, son ancien camarade de collège, que le hasard amène dans l'auberge. Craignant que son ami ne soit devenu joueur, Sanelza, quoique riche, refuse d'abord de prêter les deux mille piastres qu'on lui demande, puis il se ravise et, sans prévenir Ferdinand, part pour Cozenza afin de retirer chez le bijoutier Félicard l'écrin commandé pour Palmyra, car il a sur lui la somme qu'il avait dit à son ami ne pas posséder.

On est à Cozenza. Sanelza a pris livraison de l'écrin, l'a remis à Ferdinand, et Palmyra s'en est parée. Le mariage des jeunes gens se célèbre gaîment, quand une grave nouvelle trouble la fête : le courrier de Naples a été assassiné. Deux des coupables, Montréal et Relci, faits prisonniers, sont amenés chez Sorretto qui, en sa qualité de grand bailli, doit les interroger et écouter les témoins convoqués. Parmi ces témoins sont Madame Manzano et sa fille Georgetta ; trompées par la ressemblance qui existe entre Alserno et Sanelza, les deux femmes jurent, sur le salut de leur âme, que ce dernier est le troisième assassin du courrier. Sanelza, fort de sa probité, proteste contre cette accusation monstrueuse, mais tout se réunit pour accabler le malheureux, même les précautions qu'il a prises pour obliger F'erdinand sans que nul ne s'en doute. En vain Montréal et Relci, touchés de la résignation, du courage de leur co-accusé, proclament-ils son innocence en avouant leur propre culpabilité, le tribunal condamne Sanelza et ses deux prétendus complices à la peine capitale. Ils vont marcher au supplice quand Alserno, enfin arrêté, est amené devant le grand bailli qui, avec les plus humbles excuses, rend à Sanelza l'honneur et la liberté.

C'est, moins le dénouement, la dramatique histoire de Lesurques, que la censure avait fait transformer en aventure napolitaine. En dépit de ce travestissement, dont le public ne fut pas dupe, la pièce obtint un grand succès.

24 mars : Les Enfants Maîtres, vaudeville en un acte, par Amédée Labessc.

Dans quelques contrées et surtout (ians les Pays-Bas, il est d'usage, à certain jour de l'année, de laisser aux enfants l'entière disposition de la maison et de ceux qui l'habitent Le comte et la comtesse de Mérinval, suivant cette coutume, donnent à leur tïls Edouard et à leur fille l.ucile un jour de pouvoir dans leur château. On s'attend à ce que les deux espiègles vont, comme les années précédentes, mettre tout en désordre, mais le contraire arrive. Edouard et Lucile ont résolu, non seulement d'ctre sages, mais encore de réconcilier leurs parents avec M. Liban, voisin fort aimable qu'un procès a seul éloigné. Faisant usage de leur autorité, ils mandent M. Liban au château, et là, par mille petits soins, ils parviennent à supprimer le procès en réconciliant les adversaires. Puis, sacrifiant les goûts de leur âge, ils emploient l'argent dont ils disposent à doter un jardinier pauvre qui peut, grâce à eux, épouser sa fiancée.

Ce tableau, moral et de bon ton, parut un peu froid. Il avait pour interprètes les deux enfants prodiges du Panorama, Lin-

got et la petite Bordes qui, selon les journaux, y montrèrent une aisance et une gentillesse au-dessus de leur âge. {Non imprimé,)

Le Panorama Dramatique eut, à propos des Enfants Maîtres, son second débat avec la censure. La pièce était intitulée d'abord : le Pouvoir dhin jow% mais les censeurs, craignant des allusions, biffèrent ces mots, donnant eux-mêmes au pouvoir la chiquenaude à laquelle Tauteur n'avait point songé.

Le i®*" avril 1822, M. Langlois remplaça, comme directeur du Panorama Dramatique, M. Allaux dont les efforts avaient été, somme toute, plus multipliés que satisfaisants.

Un document conservé à la Bibliothèque de la Société des Auteurs et Gomposi leurs dramatiques nous renseignera, de la façon la plus complète, sur les dépenses nécessitées, à cette époque, par l'exploitation d'un théâtre. Il fut évidemment

dressé, par les soins du directeur initial, pour l'édification du successeur qu'il appelait de tous ses vœux. Nous donnons en entier ce budget, dont souriront peutêtre les étoiles et les administrateurs du Châtelet de nos jours.

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