RÉCAPITULATION
Artistes hommes 19.400
Artistes dames 10.400
Ballet hommes 6.35o
Ballet dames 5.3oo
Ballet enfants 2.426
Comparses 5.784
Orchestre 14.070
Machinistes 10.000
Garçons de théâtre 6.400
Ouvriers à la journée 7.391.2)
Accessoires 1.277.50
Magasin 5. 800
Perruquier 800
Contrôle 4.o5o
Bureaux i .200
Ouvreuses de loges 2.198
Lampistes 2.55 5
Balayeurs 1.642.50
Caisse 3. 600
Imprimeur, afficheur 6.000
Concierge 800
A reporter . , . 117.444.25
Report ... 1 17.444.25
Pompiers et gendarmes 1 3.200
Droits d'auteurs 18.000
Directeur et gérants 18.000
Luminaire 18.000
Intérêts des actions 8.000
Intérêts pour le prix du terrain 4.000
Intérêts de la dette flottante. 4.900 16.900
A M. Allauxj pour son privilège, environ. . . , 12.000
Total général de la dépense. . . . 213.544.25
En ce non compris les droits des pauvres et de l'Opéra.
En regard des dépenses inévitables du Panorama, il nous paraît bon de placer le prix des places à ce théâtre et de donner ainsi, par approximation, le chiffre de ses recettes possibles :
Avant-scène 4 fr.
Premières et loges de face 3. 60
Baignoires, i" de côté et 2^ de face ... 2.40
Première galerie et seconde de face ... 2.00
Pourtour et 2°^" galerie i.5o
Orchestre 1.80
Parquet i.25
Premier amphithéâtre 0.90
Second amphithéâtre 0.60
Il eût fallu, pour encaisser un bénéfice, faire quotidiennement deux tiers de recette à plein tarif, c'est là chose inusitée dans la plupart des théâtres, et le Panorama n'avait, dans son répertoire et sa troupe, rien qui pût motiver une dérogation à la loi commune.
Après avoir fait à la salle quelques modifications indiquées par l'expérience, supprimé le rideau de glaces dont la manœuvre agaçait le public, et institué un comité de lecture composé de Charles Nodier, Taylor, Merville, Decailleux, Gosse, Delatouche, Jal et Bert, M. Langlois continua la tradition de son prédécesseur en prodiguant aux spectateurs du boulevard nouveautés et reprises. Enregistrons,
comme précédemment, les unes et les autres.
i6 avril : Les Deux Pensions, tableau en i acte, mêlé de couplets, par Maréchalle et Ch. Hubert.
La scène est à Paris, près la barrière des Vertus. M. Lebeau tient un pensionnat de garçons et Madame Follette dirige une pension de demoiselles. Ces établissements, séparés par un mur mitoyen, renferment, le premier Gustave, espiègle de dix ans, le second Pauline, d'un an moins âgée, et qui sont destinés à être plus tard unis en mariage. Ils le savent et ne seraient pas fâchés de se voir librement. Pour y arriver, Gustave jette par dessus le mur à Pauline un habillement de garçon tandis que Pauline lui fait parvenir, par la même voie, un costume de fille ; ils n'ont plus alors qu'à guetter les moments où la porte placée dans le mur mitoyen reste ouverte pour se trouver l'un près de l'autre. Ces moments sont d'autant plus fréquents que M. Lebeau courtise en tout bien tout honneur Madame Follette, et que Jacquot, jardinier de cette dernière, serre de près Modeste, gouvernante de M. Lebeau. Le déguisement des petits fiancés leur attire parfois des mésaventures; c'est ainsi que Gustave, pris pour une fille, est obligé de recevoir une leçon de danse pendant que Pauline, prise pour un garçon, subit un assaut d'armes; ils se dédommagent de ces contre-temps en jouant toutes sortes de mauvais tours à leurs maîtres et à leurs suppléants. Profitant même d'une absence de M. Lebeau et de Madame Follette dînant en partie fine à Belleville, ils font passer les filles dans la pension des garçons et les garçons dans la pension des filles. Se sentant en faute, M. Lebeau et Madame Follette n'osent sévir, mais ils annoncent publiquement leur prochain ma-
nage et la réunion de leurs établissements, double événement qui n'empêchera pas Gustave et Pauline de continuer leurs rendez-vous clandestins.
Moins édifiant que les Enfants Maîtres ^ cet ouvrage servait encore à produire les petites étoiles sur lesquelles le Panorama comptait trop sans doute, car elles plurent moins à cette troisième exhibition et disparurent bientôt du firmament dramatique.
3o avril : La Bonne Mère, comédie en i acte, par Florian.
Gréée en 1785, cette jolie pièce, reprise pour les débuts de Bertin et Dubiez, acteurs sortant des Variétés, et de Mademoiselle Hugo, transfuge du Gymnase, ne pouvait être que bien accueillie.
2 mai : Walter de Montbarrey. mélodrame en 3 actes, par B. de Rougemont.
Représenté avec succès au théâtre de la Cité, le 12 septembre i8o5, sous le titre d'Odon de Saint- Amand, grand-maître
des Templiers^ ce drame débaptisé fut reçu au Panorama avec une froideur marquée.
1 1 mai : Le Déserteur, ballet-pantomime en 3 actes, de Dauberval, remis au théâtre par Aumer.
Joué pour la première fois à la Porte- Saint-Martin le 3o juin 1804, cet ouvrage servit au début de Mademoiselle Chéza, mime-danseuse qui y produisit grand effet.
22 mai : Le Lutin amoureux, pièce en 2 actes, à spectacle, par B. de Rougemont.
La scène est en Italie. Le baron de Germaly veut unir son neveu Gustave à une jeune personne que celui-ci ne connaît pas, à sa nièce Caroline. Gustave croit à la magie, il est entretenu dans ses idées par un chevalier d'industrie qui se prétend l'élève de Cagliostro et a promis de l'initier aux sciences cabalistiques. Le baron, instruit des travers de son neveu par un domestique placé près de lui, y voit un moyen de l'amener à épouser sa cousine. Déjà il a fait placer le portrait de Caroline sous les yeux de Gustave, qui se persuade voir la femme que le sort lui destine. L'adroit valet profite ensuite d'un dîner pour faire prendre un somnifère à son maître et le transporter, sans qu'il s'en doute, au château du baron où tout est disposé pour le faire marcher de surprise en surprise. En effet le jeune homme ne reconnaissant pas, à son réveil, le lieu où il se trouve, s'emporte contre son domestique et l'envoie au diable. Un effroyable magicien paraît aussitôt, et Gustave voit auprès de
lui, sous l'habit d'un page, la femme dont il possède déjà le portrait.
Forcé de retourner à Naples, Gustave verse en route et s'arrête dans une misérable auberge. A l'instant où ses regards sont fixés sur un tableau magique qui lui retrace la figure du portrait et du page, il voit entrer, d'un côté opposé, une jeune servante qui lui en offre la ressemblance parfaite. Frappé de cette apparition, il est près de tomber aux genoux de la jeune personne qui se dit un esprit céleste, lorsque son valet annonce l'arrivée du baron. Gustave hésite d'abord à révéler l'état de son âme, cependant il finit par avouer sa faiblesse pour une intelligence supérieure. Sa surprise est grande en entendant son oncle déclarer que lui-même s'est longtemps occupé de nécromancie; pour lui donner une preuve de son pouvoir le baron fait un geste ; aussitôt le théâtre change et représente un des jardins du château d'où le jeune homme n'est pas sorti, et dans lequel se promène l'original du portrait. Au moment où Gustave Ta lui renouveler ses serments d'amour, le maître de l'auberge se présente, un mémoire à la main ; c'est celui des frais extraordinaires nécessités par les costumes, décors et machines de la salle de spectacle du château de Germaly où l'action se passe. Gustave confus serre la main de son oncle et épouse Caroline que, malgré sa terrestre origine, il juge très capable de le rendre heureux
C'est le Diable amoureux de Gazotte, mis en scène avec quelque talent, mais sans grand succès. [Non imprimé.)
i" juin : Annette et Lubin, ballet-pantomime en I acte, de Dauberval, remis au théâtre par Aumer.
De la Porte Saint-Martin, 23 mai 1804; continuation des débuts de Mademoiselle Chéza, fêtée de nouveau.
4 juin : Le Fou raisonnable^ comédie en i acte, par J. Patrat.
Début de M. Hérault dans cette pièce, jouée d'abord aux Variétés-Amusantes, le 9 juillet 1781.
6 juin : Les Deux Billets, comédie en i acte, par Florian.
Créée par les Comédiens Italiens le 9 février 1779, cette comédie fut reçue moins favorablement que la Bowte Mère.
8 juin : La Fille mal gardée^ ballet-pantomime de Dauberval, remis à la scène par Aumer.
Troisième emprunt, pour Mademoiselle Chéza, à la Porte-Saint-Martin, qui avait donné ce ballet le 3 juin 1804.
1 1 juin : Céleste et Faldoni, drame historique en 3 actes; par Augustin Hapdé.
Ce drame, représenté à l'Odéon le i6 juin 1812, y avait obtenu un succès qu'il ne retrouva pas au Panorama, où on le reprit pour les débuts de Tautin et de Mademoiselle Hugens.
27 juin : Claudinet, vaudeville en i acte, par Bosquier-Gavaudan (avec Sewrin).
Emprunté aux Variétés, où on Tavait joué le 21 avril 1808, Claudinet n'eut pas lieu d'être satisfait de son nouveau public.
9 juillet : Ali-Pacha, mélodrame en 3 actes, à grand spectacle, par Hyacinthe (Decomberousse) et Alfred (Pichat).
Echappé seul à la destruction de Souli, Xénoclès a voué à Ali-Thébélen, pacha de Janina, une haine implacable. Quand Ali, après de nombreux combats qui sont autant de massacres, rentre à Janina qu'il dévaste, Xénoclès rassure les habitants affolés et leur promet vengeance. Il compte, pour l'exécution de son plan, sur Sté^^hano, chef des troupes d'Ali, et Stéphano ne se faitaucun scrupule de trahir le tyran son maître ; mais le complot est dévoilé par la jeune Héléna, qui n'est autre que la fille crue mf)rte de Xénoclès, et qu'adore Sélim, petit-fils d'Ali, aussi sensible que son aïeul est sanguinaire. Ali furieux envoie Stéphano à la mort, et, comme Xénoclès refuse de s'unir à lui pour combattre Ismaïl, pacha général du sultan, il ordonne aussi son supplice.
Cependant les cruautés d'Ali révoltent ceux qui exécutent d'ordinaire ses injustes sentences; ils se révoltent et déli« vrent Xcnoclès et Stéphano. Ali, au comble de la rage, ne pense plus qu'à se venger et à périr avec gloire. 11 confie à son petit-fils la garde de son arsenal et l'avertit que renvoi de son anneau sera l'ordre de mettre le feu aux poudres. Sélim jure d'obéir à cet ordre, mais il se promet bien de ne l'exécuter qu'après avoir mis en sûreté sa mère et Héléna. Cependant les soldats révoltés, conduits par Stéphano, entourent le pacha, demandant la paix et le partage des trésors qae renferment les souterrains de la forteresse. Avec un perfide sourire, Ali remet à Stéphano son anneau en lui disant que Sélim comblera ses désirs. Tous se rendent auprès du petit-fils d'Ali, qui va mettre le feu aux poudres quand sa mère se précipite dans les souterrains où Héléna l'a précédée. Sélim ne peut se résoudre à faire périr les deux femmes, il éteint son flambeau, et, pendant qu'elles se sauvent, il meurt frappé par les révoltés. Ali, poursuivi et blessé par les bourreaux de son petit-fils, met le feu aux poudres en tirant un coup de pistolet dans un baril. La citadelle saute, et c'est sur ses ruines que Xénoclès proclame la liberté de la Grèce.
Des caractères bien tracés, un style meilleur que celui des mélodrames ordinaires, une brillante mise en scène enfin valurent à Ali- Pacha d'honorables recettes.
20 juillet : Le Vieillard malgré lui, comédie en I acte, par '**.
M. de Kerkadec, capitaine de vaisseau rodomontet bavard, se plaît à ennuyer les siens du récit de ses campagnes. Mademoiselle de Kerkadec, sa fille, veut épouser un jeune homme que repousse le capitaine parce qu'il n'a jamais porté l'uniforme. Pour lever la difficulté. Marine, femme de chambre, et le matelot Sabor profitent d'un incident. Kerkadec, à la suite d'une orgie, rentre ivre danssa maison. Sabor se parc alors d'une jambe de bois, Marine s'entoure de petits enfants, l'amoureux prend l'habit militaire, et l'on fait croire au capitaine que, vieilli de dix ans, il a moissonné des lauriers dans mille occasions périlleuses. Après quelques pasquinades, on s'explique ; Kerkadec reçoit, par l'entremise de l'amant de sa fille, la croix due à ses services et marie les jeunes gens.
Œuvre posthume de Madame de Staël, cette pièce, qui n'était pas destinée au théâtre, y reçut un accueil peu propre à servir la gloire de l'auteur de Corinne et les intérêts de l'arrangeur anonyme ; elle n'eut effectivement qu'une représentation.
20 juillet : Les Charbonniers de la Forêt-Noire.
drame-vaudeville en 2 actes, par Sewrin, Servières et Lafortelle.
Jouée en trois actes au théâtre de la Porte-Saint-Martin, le 29 septembre i8o3, cette œuvre réduite n'obtint pas grand succès.
3 août : Le Drôle de corps, comédie en i acte, par Sewrin.
La scène se passe dans une maison de Montrouge. Pernet, bourgeois retiré, veut marier sa nièce Aspasie avec le pépiniériste Pivoine. Aspasie aime son cousin Eugène, et cet Eugène a pour ami Labussière, un de ces plaisants de société qui ne laissent pas échapper l'occasion de rire aux dépens de quelqu'un. Pivoine sera la victime de ce drôle de corps. Profitant d'une absence de Pernet, Labussière s'habille en vieille m^.rquise, se présente sous le nom de Madame de Cormoran, et fait au pépiniériste une déclaration brûlante. Repoussé vigoureusement, il revient en Breton bègue et bretteur, et force l'inofTensif Pivoine à mettre l'épée à la main; le pépiniériste, pour échapper à ce couple désobligeant, déclare alors renoncer à la main d' Aspasie, que Pernet accorde à Eugène.
Le Drôle de corps^ que la Porte-Saint- Martin avait refusé, n'obtint au Panorama qu'un succès contesté. Il contient cependant des scènes amusantes et de jolis couplets.
Le Panorama Dramatique avait, comme tous les théâtres de Paris, l'habitude de célébrer la fête du roi par la représentation d'un à-propos. Une pièce écrite parle chevalier Alex. Dequerelles sous ce titre :
Une Journée d Henri IV ^ ou le Bon répondant, avait été reçue à Tunanimitépour être jouée à l'occasion de la Saint-Louis de 1822, mais les censeurs refusèrent leur visa à cette comédie-vaudeville que Fauteur publia avec une préface ironique et dont voici la rapide analyse :
Le comte de Sarville, accusé par Concini de la confection d'un libelle injurieux pour le roi, a été condamné à la détention perpétuelle; mais Henri IV^ ébranlé déjà par l'intègre Sully, acquiert, dans l'auberge d'un village où il se présente incognito, la preuve de l'innocence du comte. 11 répond pour Madame de Surville que poursuit un huissier, impitoyable en sa qualité d'amouieux évincé, gracie son mari, et tout se termine par une fête champêtre à laquelle Henri IV prend part avec bonne humeur.
Dans cette pièce, à donnée simple, l'auteur prêche continuellement le respect et l'amour de la royauté, et l'on ne s'expliquerait pas l'interdiction qui frappa son œuvre si Ton n'y rencontrait des satires très vives de la courtisanerie et des mauvais conseilleurs politiques.
Pour être privé du Bon répondant^ le
Panorama n'en célébra pas moins la fête de Louis XVIII.
24 août : La Comédie à la caserne, à-proposvaudeville en I acte, par Henri Simon Dautreville.
Des soldats, pour fêter leur général qui se nomme Louis, font l'abandon de leur prêt et se disposent à jouer quelques scènes de comédie. Le général, instruit de ces préparatifs, veut faire adresser au roi l'hommage qu'on lui destine. Il met le buste de Louis XVIII à la place du sien et se cache dans le drapeau du régiment. On l'y découvre lorsque tous les soldats s'assemblent, il les exhorte alors à bien célébrer leur monarque et chante son couplet dans le vaudeville qui termine cette solennité familiale.
Banalité de commande, qui n'eut qu'un médiocre succès. {Non imprimée,)
3i août : Le Mari ermite, comédie en i acte, par Boursault.
Pièce imitée de Kotzebuë, représentée aux Variétés-Etrangères le 12 janvier 1807, puis sur divers théâtres, et qui termina modestement sa carrière au Panorama.
10 septembre : La Lampe merveilleuse, pièce féerie burlesque mêlée de couplets, en 2 actes, avec prologue, par Merle, Carmouche et "** (Saintine).
Patagon, qui est à la fois vizir du sultan Ababa-Patapouf et magicien africain, se déguise en charlatan pour aller, sur la place de Pékin, persuader à Aladin, aventurier français et pauvre, qu'il est son oncle et qu'il le récompensera magnifiquement s'il veut descendre dans la grotte du roi des génies pour s'emparer d'une lampe qui a le don de réaliser tous les souhaits. Patagon espère bien arracher le talisman à Aladin et laisser sous la terre ce dernier que le destin lui a dit être son ennemi, mais Aladin ne veut rendre la lampe qu'il tient qu'après être sorti du souterrain ; Patagon furieux le bouscule, et la lampe s'éteint pendant que la terre se referme sur le pauvre aventurier.
Aladin cependant trouve une issue et rentre chez lui par la cave, possesseur du talisman qui lui sert d'abord à satisfaire ses créanciers ameutés puis à composer un brillant cortège qui l'accompagne au palais du sultan où il va demander la main de la princesse Badroulboudour, dont il est amoureux pour l'avoir vue en songe. Or Badroulboudour épouse le jour même Patagon. Le sultan refuse de changer de gendre, mais Aladin pénètre dans la chambre nuptiale, fait disparaître dans les airs le lit où la princesse endormie rêve de lui et livre Patagon à une troupe de tourmenteurs.
Au moyen de sa lampe Aladin a bâti un palais magnifique où le sultan va redemander sa fille. Les prières des amoureux calment sa colère et il va les unir lorsque Patagon, déguisé en brocanteur, trouve moyen de reprendre possession de sa lampe en l'échangeant pour une neuve à l'ignorante Badroulboudour. Au même instant le palais s'écroule, la princesse disparaît et le sultan exaspéré jure de faire trancher la tête de l'aventurier s'il ne retrouve en dix minutes fiancée et fortune.
Heureusement le génie de la lampe protège Aladin ; il lui donne une armée d'amours et lui prédit qu'il reprendra sa belle si elle veut consentir à accorder une faveur à Patagon.
Transporté dans la demeure du magicien, Aladin décide sa maîtresse à embrasser son cruel ennemi ; il reconquiert ainsi sa lampe et épouse Badroulboudour, tandis que Patagon et ses satellites, vaincus par les amours, sont chargés de chaînes dont rien ne les pourra délivrer.
Imitation plutôt que parodie d'une pièce qui faisait alors fureur à l'Opéra, la Lampe merveilleuse est gaie sinon bien spirituelle. De beaux décors et un brillant spectacle assurèrent son succès.
17 septembre : La Saint-Rigobert, coméd'iQQn i acte, par Mars et Ch. Hubert.
M. Pépin, chassant sans port d'armes, est arrêté sur la dénonciation de Madame Pépin, qui veut se donner ainsi le temps de préparer une fête pour son mari. Dans la prison, des officiers mis aux arrêts tourmentent M. Pépin. L'un d'eux écrit à Madame Pépin que son mari fait la cour à la fille du concierge, et le pauvre chasseur, qui a envoyé chercher par le fifre Turlututu son bonnet, ses pantoufles et sa robe de chambre, trouve au fond de son bonnet une lettre écrite par un cousin à sa moitié. Quoiqu'il ait eu une querelle avec le fifre, il le prie de lui prêter ses habits afin qu'il aille, à la faveur de la nuit, surprendre la femme coupable. Pendant qu'il met ce projet à exécution. Madame Pépin, excitée par le faux avis qu'on lui a adressé, se rend à la prison ; dans l'obscurité elle prend Turlututu pour son mari, pendant que le fifre croit parler à une jeune maîtresse. Pépin, averti que sa femme est entrée en prison, y revient au moment où sa moitié reçoit de Turlututu un ardent baiser. Au
bruit qu'il fait, on accourt et Madame Pépin se justifie en expliquant pour quel motif elle a fait arrêter son mari.
Les auteurs avaient eu d'abord l'intention de tourner en ridicule un garde national, mystifié par des confrères, mais la censure exigea d'eux qu'ils changeassent le soldat citoyen en chasseur et ses persécuteurs en officiers ; cela n'influa pas sur le sort de la pièce, trop frêle pour tenir longtemps l'affiche. [Non imprimée,)
2 5 septembre : Mon cousin Lalure. comédie en I acte, par L. Montigny.
Lalure, ancien colon deux fois millionnaire, veut se servir de sa fortune pour arracher à l'indigence deux cousins et une cousine qui ne l'ont jamais vu. Il les mande à Paris; mais, avant de leur faire partager son existence, désireux d'étudier leurs caractères, il endosse les habits de son valet Prosper qui, lui, prend la place du maître. Lalure a sujet de se féliciter d'un déguisement à l'aide duquel il peut apprécier la sottise, l'égoïsme et la lâcheté de son cousin Carcassonne, les ridicules prétentions et les froids calculs de Madame Badoulard, sa cousine. Il est, par contre, satisfait de la douceur et de la loyauté de Claude Dupuis, son dernier cousin, et de la candeur de Rose, fille de Madame Badoulard. Ces deux jeunes gens ressentant l'un pour l'autre une affection sincère, le parti de Lalure est bientôt pris. Après avoir mis ses mauvais parents aux prises avec Prosper qui les ba-
foue et les effraie, il donne quinze cents livres de rentes à Garcassonne à condition qu'il partira de suite pour son pays, un revenu double à Madame Badoulard qui devra le manger dans une terre éloignée; Claude et Rose, qu'il marie, resteront près de lui.
Donnée favorable, traitée d'une façon assez amusante : demi-succès.
28 septembre : Le Coq du village^ ballet-pantomime en I acte, d'après Favart, par René Périn et Renauzy, musique de Darondeau.
L'œuvre de Favart, privée de son dialogue, plut médiocrement. Elle se joua quelques jours et ne trouva point d'éditeur.
1 1 octobre : Esope à la Foire, comédie en i acte, en vers, par Daroncourt.
Représentée au théâtre des Victoires en 1800, cette pièce inofFensive fut revue, sans plaisir au boulevard du Temple et ne fit que passer.
16 octobre : Le Revenant, mélodrame CxOmique en 2 actes, par Desenne.
Créé aux Variétés-Amusantes le i^*"
juillet 1786, cet ouvrage obtint, suivant l'expression d'un critique, un succès d'ennui chez M. Lanorlois.
2 3 octobre : Les Vendanges de Bagnolet, folie en I acte, par Maréchalle et Amédée.
Représentée pour la première fois à TOdéon, sous le titre de Monsieur Furet ^ le 23 octobre 18 17, ce vaudeville eut, à sa reprise, assez de bonheur pour être imprimé sous son titre nouveau.
2 novembre : Edward, ou le Somnambule, mélodrame militaire en 3 actes, par A... (Albertin) et B... (Hoirie).
Un intrigant étranger, qui a volé les papiers du comte Edward de Merval et est devenu sous son nom colonel dans une armée française, aime Eugénie, fille du général comte Dormilli. Eugénie est veuve et a, outre Edward, deux adorateurs, le marquis de Francheville et son cousin Victor, qui est le préféré. Francheville provoque son rival Victor; un duel a lieu, mais, après avoir essuyé sans accident le feu de son adversaire, Victor tire en l'air et les deux ennnemis s'embrassent. Quelques instants après, Fabio, valet d'Edward qui a servi de témoin à Victor, assassine le marquis pour laisser à son maître le champ libre auprès d'Eugénie. Ce crime découvert, c'est Victor qu'on accuse et qu'on traduit devant un conseil de guerre dont Edward est nomme présj-
dent. En vain Victor invoque-t-il son témoignage, Edward nie avoir été son témoin et le charge si perfidement que le conseil, formé d'ailleurs par lui-même, condamne à mort l'innocent.
On va passer Victor par les armes quand Edward se trahit dans un accès de somnambulisme; il va jusqu'à signer de son vrai nom l'aveu du crime qu'il a d'abord confessé à haute voix; on l'arrête, ainsi que Fabio, et Victor, réhabilité, devient l'époux d'Eugénie.
Recueil d'incidents vieillots, mal amenés, et qui disparut promptement de l'affiche.
26 novembre : Bertram, ou le Pirate, mélodrame en 3 actes, par Raimond (Pichat, avec Taylor et Charles Nodier).
A la suite d'une affreuse tempête, les habitants de Caldora recueillent nombre de naufrages, parmi lesquels un homme qui, loin de remercier ses sauveteurs, se plaint que le ciel lui ait conservé une existence qu'il déteste. Le solitaire de Saint-Anselme, qui essaie de le ramener à des idées plus chrétiennes, apprend bientôt le nom du malheureux : c'est Bertram, que l'ambition et un amour déçuontfait descendre du rang de seigneur favori à la vile condition de pirate. Cependant une ancienne coutume oblige les étrangers jetés sur la côté à passer quelques jours dans le château de Caldora. Le comte Aldini, propriétaire de ce château, est l'auteur principal de la disgrâce de Bertram, mais il est absent, et le naufragé, pour ne pas exciter les soupçons, se conforme à l'usage. Au château il retrouve la femme qu'on lui a jadis refusée et qui, pour sauver son père de la faim,
a épousé le comte Aldini dont elle a eu un fils. Si Bertram n'a pu se consoler de la perte d'imogène, celle-ci n'a pas oublié l'homme qui le premier fit battre son cœur, elle pleure son intidélité forcée, et Bertram va lai pardonner quand le retour du comte ranime toute sa fureur, Aldini revient après avoir dispersé les rebelles armés par Bertram contre le souverain, mais les pirates sauvés du naufrage sont assez nombreux encore pour lutter contre les chevaliers amis du comte ; un combat s'engage, et Aldini tombe sous le poignard de Bertram. Sa haine satisfaite, l'assassin, par dégoût de la vie, se met lui-même entre les mains de ses ennemis qui le condamnent à périr d'un supplice infamant. Les pirates, dévoués à leur chef, décident de le délivrer ou de mourir avec lui. Bertram refusant de fuir, ils veulent l'y contraindre, attaquent les chevaliers et mettent le feu au château de Caldora où le condamné vit sa dernière heure. Imogène, devenue folle à la suite du meurtre d'Aldini, se jette inconsciemment au milieu du danger; Bertram, pour la sauver, la prend dans ses bras et l'emporte à travers les décombres, mais un escalier s'effondre sous ses pieds et il meurt dans les flammes avec celle qu'il a trop aimée.
Tiré d\m ouvrage anglais, Bertram^ malgré ses décorations superbes, n'obtint un demi-succès que par suite d'une persécution de la censure. Un tableau représentait l'éMise du couvent de Saint-Anselme; des prêtres et des enfants de chœur y entouraient le catafalque d'Aldini ; cette représentation d'un lieu saint et d'une
cérémonie funèbre effaroucha la religion de quelque autorité dévote qui demanda et obtint, le quatrième jour, la suppression de la pièce. La direction parvint à obtenir un contre-ordre en opérant les changements exigés, et n'eut qu'à se féliciter d'un incident qui piqua la curiosité et dont, pendant un temps, profitèrent les recettes.
8 décembre : Les Deux Baillis^ ou le Mariage par procuration, comédie en i acte, par Leblanc de Perrière.
Thérèse, fille de Mathurine riche fermière de Gonesse, est depuis deux mois chez une tante, à Vert-Galant. Le vieux bailli de ce village s'éprend d'elle, veut l'épouser, et prie son confrère de Gonesse de conclure le mariage. Quoique ne connaissant pas le bailli de Vert-Galant, Mathurine donne son consentement, flattée qu'elle est d'avoir pour gendre un homme en place, et le contrat va se signer, au grand désespoir de Julien, amoureux de Thérèse, quand un comédien ambulant, Floricour, arrive à Gonesse, et, moitié par bonté d'âme, moitié pour se venger des deux baillis qui lui ont refusé l'autorisation d'exercer ses talents, se propose de rompre l'union projetée. Il endosse pour cela divers déguisements, brouille les parties et gagne la cause de Julien. Quand ce résultat est obtenu, il se fait connaître, mais Mathurine lui pardonne d'autant plus facilement que Julien vient d'acquérir une étude de notaire et que le bailli de Vert-Galant,
— ôl —
que la réflexion a rendu sage, se retire comme il s'était présenté, par correspondance.
C'est la donnée du Comédien (TEtampes^ variée à Taide de détails assez gais. Le jeu de Bertin et de Bouffé, dans les rôles principaux, assura le succès de l'ouvrage.
i5 décembre ; Le Jugement des Preux, mélodrame en 2 actes, par Barré.
Joué au théâtre de la Cité, vingt ans
auparavant, sous le titre du Jugement de
Dieu, ce drame fit au Panorama peu de
plaisir, bien qu'en passant les ponts il eût
perdu un acte.
22 décembre : Les Deux Forçats, folie en i acte^ par Ferdinand (Laloue), Ménissier et Ernest (Renault).
Deux forçats s'étant évadés du bagne de Brest, Madré, greffier par intérim d'un village des environs, brûle de se signaler en arrêtant les fugitifs. Madré doit épouser Claire, fille de l'aubergiste Finot, bien qu'elle ait été promise à son cousin Longin, lorsque celui-ci, qui fait le métier de marchand ambulant, arrive avec un associé. 11 est si changé que personne ne le reconnaît, et Madré, qui surprend une
conversation dans laquelle les arrivants parlent de banqueroule, d'exposition, de marque, etc., les prend pour les deux forçats. Ne se trouvant pas en force pour les arrêter, il recourt à la ruse, et, Longin se disant le neveu de Finot, il engage ce dernier à se conduire en oncle et Glaire à se laisser faire la cour. Craignant ensuite, lorsque Longin a appris le mariage futur de Glaire, que de désespoir il s'éloigne avant que le renfort attendu ne soit arrivé. Madré feint de compatir aux peines du jeune homme, lui dit renoncer à la îxiain de Claire, lui remet un dédit signé par Finot et fait même procéder à la signature immédiate du contrat entre [.ongin et sa cousine. Puis, les paysans étant revenus des champs, Madré cliange d'attitude, fait emprisonner les deux prétendus criminels, et rédige à sa propre louange un rapport emphatique. Mais des coups de fusil se font bientôt cntcnd:c au lointain, ce sont les deux vrais forçats que la force armée vient d'appréhender. Madré, confus, n'a qu'à donner s.i démission, et Longin, élargi, reste l'heureux époux de Claire Finot.
Sorte de parodie des Deux Forçats, de la Porte-Saint-Martin, cette pièce, amusante et bien conduite, fut justement applaudie.
26 décembre : V Amour mendiant, ou les Deux Chercheurs d esprit, ballet-pantomime en i acte, par Cuvelier et Renauzy, musique d'Amédée.
Déguisé en enfant aveugle, l'Amour demande l'aumône. Dorvieux, sénéchal de la province dans laquelle se passe la scène, et Mademoiselle Pimbêche, vieille femme ridicule.
qui viennent assister aux fêtes préparées par 'e tabellion, le font chasser par leurs laquais ; Blaisotin et Simplicie, au contraire, le secourent avec générosité, et l'Amour se promet de récompenser chacun suivant ses œuvres. Blaisotin, fils du vigneron Lavigne, et Simplicie, fille du procureur Lagriffe, sont pour leur âge d'une ignorance et d'une gaucherie dont chacun s'amuse. Cette innocence a son prix puisqu'elle vaut à Simplicie une couronne de rosière, mais elle contrarie les parents, tout disposés à unir leurs enfants par les liens du mariage ; l'Amour arrange les choses en déniaisant les jeunes gens, instruits bientôt de façon suffisante et récompensés ainsi de leur charité. Restent les deux vieillards, qui lui fournissent bientôt eux-mêmes un moyen de vengeance. Le sénéchal, en eftet, s'enflamme pour Simplicie, Madevioiselle Pimbêche pour Blaisotin; tous deux demandent des rendez-vous qui leur sont accordés par les soins de l'Amour; mais, au moment donné, les jeunes gens s'éloignent avec adresse, laissant en présence les vieillards qui, à la faveur de la nuit, commettent mille extravagances. L'Amour reprend alors sa forme brillante, appelle tous les villageois, et oblige Dorvieux à épouser Mademoiselle Pimbêche en même temps qu'il marie Simplicie à Blaisotin.
Pris dans la Chercheuse d'esprit de Favart et dans F Amour quêteur ô.q Beaunoir, le sujet de ce ballet n'a rien de remarquable; on l'accueillit avec une satisfaction modérée, bien que les danseuses y portassent des jupons excessivement courts.
3i décembre .Le Présent, ou l'Heureux quiproquo^ comédie en i acte, par J. Patrat.
C'est comme pièce de circonstance que le Panorama monta, à l'occasion du jour de Tan, cette comédie, créée au théâtre de la Cité le i^^ janvier lygS, et que son nouveau public goûta modérément.
Vers la même date, M. Langlois, qu'une j;erte de 60.000 francs avait édifié sur l'avenir réservé au Panorama Dramatique, ]}assa la main à un troisième administrateur, nommé Chedel. Il resta néanmoins responsable, vis-à-vis du ministère et des intéressés, d'une entreprise qui lui réservait, après de nombreux déboires, la honte d'une faillite.
Le défilé des œuvres inédites ou empruntées continua, sous Tautonté de l'inconscient ou philosophe M. Chedel.
4 janvier 1823 : Poucet et Croquemitaine, féerie en I acte, par Bonardin (Taylor).
Le bûcheron Grosjean et Madeleine sa femme, ne pouvant nourrir leurs sept garçons, les ont abandonnés dans une forjt. Les marmots, surpris par un orage, vont frapper à la porte du château de l'ogre Croquemitaine. L'écuyer Batifolin, qui les reçoit, déplore leur sort, et les cache dans un
coffre lorsqu'il entend son nnaître revenir de la chasse. L'Ogre veut voir ses sept filles et leur donner des cadeaux; ouvrant pour cela le coffre il trouve les garçons et se réjouit d'avance du repas qu'il va faire. Sur ces entrefaites on vient chercher les filles de Croquemitaine pour les conduire chez la mère l'Oye, leur grand'tante. Poucet, qui entend cela, engage ses frères à prendre les voiles des filles encore endormies et à s'échapper sous ce déguisement. Instruit de cette évasion, l'Ogre chausse ses bottes de sept lieues et se met à la poursuite des garçons. Harassé de fatigue il s'endort sur un rocher dans le creux duquel s'abritent Poucet et ses frères ; ceux-ci sortent de leur cachette, tirent une des bottes de leur persécuteur et partent sur elle. Grosjean et sa femme, qu'une fée bienfaisante a enrichis et qui sont à la recherche de leurs enfants, rencontrent alors Croquemitaine; l'Ogre va passer sur eux sa colère, quand Poucet et ses frères accourent pour défendre leurs parents. Joyeux de ce retour, Croquemitaine veut satisfaire à la fois sa vengeance et son appétit, mais la bonne fée paraît et le punit de tous ses crimes.
Conte amusant et qui, bien mis en scène, réussit grâce à la petite Bordes, revenue au Panorama pour jouer le rôle de Poucet. [Non imprimé.)
i8 janvier : Tringolini, ou le Double enlèvement^
mélodrame comique en 3 actes, par V. de Saint- Hilaire.
La scène se passe à Sainte-Marie, village des environs de Madrid. Le négociant Ybagnès a promis par écrit la main
d'Emma sa nièce à Tringolini, fils d'un riche confrère, mais ce Tringolini, qui a des idées romanesques, veut plaire avant d'épouser, et c'est sous l'habit d'un berger qu'il se présente à sa fiancée. Un rival l'a précédé, Ferdinand, frère du gouverneur de Madrid, qu'Emma voit d'un œil favorable. Mettant à profit l'ingéniosité de son valet Prospère, Ferdinand se présente à Ybagnès comme étant le Tringolini attendu, ce qui est d'autant plus facile que le négociant ne connaît pas son futur gendre, et, quand Tingolini lui-même se présente, il est pris pour un aventurier et mis dans un cachot.
La méprise ne peut durer longtemps; Tringolini se fait reconnaître devant les magistrats et Ferdinand prendrait à son tour le chemin de la prison s'il ne disait à tous son nom et son titre qui éblouissent l'alcade de Sainte-Marie. Mais Ybagnès congédie l'amoureux et rend tous ses droits à Tringolini. Que faire? Enlever Emma. La chose va s'exécuter quand une duègne vigilante, Héléna, surprend le complot et avertit Tringolini qui, toujours bizarre, veut opérer l'enlèvement pour son compte. On le trompe, comme bien on pense, et c'est Héléna qu'il fait monter en voiture, tandis que Ferdinand et Prospero s'emparent d'Emma qui ne résiste guère.
Enleveurs et enlevées, gênés par un orage, se rencontrent dans une auberge bâtie aux portes de Sainte-Marie. Prospero sauve la situation en faisant attaquer nuitamment l'auberge par des amis complaisants. Pendantce conflit qu'on attribue à des brigands, Tringolini père survient à l'improviste. Aussi peu intelligent que peu brave il s'imagine que Prospero lui a sauvé la vie et veut en témoigner sa gratitude. Comme salaire l'adroit valet demande la renonciation de Tringolini fils à la main d'Emma, et Ferdinand épouse en paix sa maîtresse.
Succession d'événements invrajsembla-
bles mais présentés avec vivacité et égayés de tirades spirituelles, Tringolini fit plaisir et se joua pendant quelques semaines.
i" février .Les Deux Fermiers y ou la Forêt de ^S^mf-F^/Z/er, "mélodrame en 3 actes, par Ménissier, Dubois et Martin Saint-Ange.
Bertrand, fermier d'Auberive, furieux de voir que tout réussit à son voisin Maurice, tandis que lui-même n'éprouve que des malheurs et des déboires, voue à ce Maurice une haine implacable. L'occasion de la satisfaire se présente le jour même où Maurice, au comble du bonheur, marie sa fille au fils du notaire de Saint- Vallier. Un soldat traversant la forêt qui réunit Saint- Vallier à Auberive est pris pour un braconnier par un garde-chasse qui veut l'appréhender au corps; en se défendant, le soldat tue le garde et se sauve. Bertrand, à qui Maurice a prêté un pistolet pour traverser la forêt, arrive près du cadavre et conçoit l'infernale idée de se perdre pour perdre en même temps Maurice. Il va déclarer qu'ils ont ensemble commis le meurtre du garde. On arrête Maurice, contre qui semblent témoigner la découverte du pistolet et divers détails, et sa famille au désespoir le suit à la prison de Valence, où s'instruit l'aftaire. En vain Maurice, qui a reçu la confession cynique de Bertrand, supplie-t-il celui-ci de dire la vérité, Bertrand ne fait que railler, et Maurice va passer eu jugement quand le soldat, auteur de l'accident, se fait connaître. Un berger, qui a tout vu et que la peur empêchait de parler, confirme alors le récit du coupable. Maurice est mis en liberté et Bertrand, fou de rage, se frappe d'un poignard, après avoir reconnu dans le soldat son fils qu'il croyait mort depuis nombre d'années.
Sujet assez extravagant, mais bien traité et que firent réussir plusieurs situations intéressantes.
9 février : Le Veuvage de Mation, folie en i acte, par Joseph Aude, Ferdinand Laloue et Vernet.
Tombée le 21 mars 1820, à la Porte- Saint-Martin, sous le titre de Cadet Roussel troubadour^ cette pièce de carnaval, de gaîté un peu grosse, n'eut qu'un petit succès.
14 février : Le Hussard et la Fermière y ou la Maitresse-Femme, comédie mêlée de couplets en i acte, par Louis Montigny.
Logé chez certaine fermière, en vertu d'un billet de logement, un hussard profite de ses loisirs pour courtiser la fille de son hôtesse et éteindre un incendie qui éclate dans le village. La fermière, émue de cette intrépidité, n'en refuse pas moins de prendre le hussard pour gendre, mais le capitaine de la compagnie, qui survient, promet à son soldat la main de celle qu'il aime après la guerre, ce qui ne doit pas être de sitôt.
Ouvrage sans originalité, mal accueilli et qu'on n'a pas imprimé.
2 7 février : La Mort du Chevalier d'AssaSy ou la Bataille de Clostercamp, mélodrame en 2 actes, par Alexis (Taylor et Solomé).
La scène se passe dans un château, non loin du bois de Glostercamp. Le capitaine d'Assas, amoureux d'Amélie, fille d'un marcchal-de-camp, revoit après une longue absence son amie qui, prisonnière des Autrichiens avec son père, n'avait pu l'informer de cet événement. D'Assas voudrait s'unir aussitôt à Amélie, mais le vieux maréchal, qui craint les chances des combats, remet le mariage à la paix, et le capitaine consent à ce sacrifice en jurant de cueillir pendant la campagne des lauriers qu'il viendra déposer aux pieds de sa maîtresse. C'est le cœur plein de ces poétiques idées qu'il apprend que le général l'a choisi pour veiller, àTavant-garde, aux destins de l'armée. D'Assas s'y rend, est surpris, prononce le cri sublime : Auvergne à moi! et meurt sous les baïonnettes étrangères, jeune pour l'amour et pour la vie, mais vieux de gloire et d'immortalité.
Pièce sans consistance, mais offrant des tableaux militaires et de patriotiques tirades qu'on ne pouvait qu'applaudir. {Non imprimée,)
1 1 mars : La Main de bois, mélodrame en 3 actes, par Poujol, B. d'Aubigny et Boirie.
Castelli, chef d'une bande de voleurs, s'introduit dans la maison d'un receveur des contributions; on l'y saisit par une main et ses compagnons, pour le délivrer, lui coupent le poignet. Douze ans plus tard ce scélérat, qui a fait adapter
une main de bois à son bras mutilé, revient, sous un nom illustre et sous des habits magnifiques, dans les lieux où il a commis son crime et été châtié; il revient avec le désir de se venger du receveur en épousant sa fille et en faisant rejaillir sur tous deux une partie de la honte qui le couvre. Mais, à la suite de Castelli, arrive une troupe de bandits qui en un clin d'oeil terrifient la contrée en détroussant les voyageurs. Ces brigands veulent se grouper autour de leur ancien chef parce que celui-ci, les abandonnant sans tambour ni trompette, a emporté, par mégarde, une somme considérable, fruit de leurs rapines communes. Leur apparition contrarie d'abord Castelli, mais, aidé d'un valet de chambre aussi coquin que lui, il décide bientôt de faire servir les survenants à sa vengeance. Le receveur doit opérer un versement considérable dans le trésor public, Castelli fait enlever la caisse par les brigands déguisés en valets et met ainsi le fonctionnaire dans la cruelle alternative d'être déshonoré comme banqueroutier ou de lui donner sa fille, qui est amoureuse etairaée d'un colonel. La jeune personne, par bonheur, découvre, dans une scène pathétique, la main de bois de Castelli ; les brigands, livrés par un traître, assassinent leur chef et tombent eux-mêmes sous le feu des soldats conduits par le colonel qui retrouve la somme dérobée, arrache ainsi le receveur à l'infamie, et épouse celle qu'il aime.
Les situations forcées de ce drame, composé de scènes décousues, furent largement payées d'une demi-réussite. [Non imprimé.)
21 mars : Les Deux Sergents, ou la Parole
d'honneur, pièce anecdotique en i acte, par Ménissier et Saint-Ange Martin.
L'action se passe dans un village, aux environs de Toulouse. Les sergents Paul Leblanc et Louis Perrot aiment Annette et Thérèse, filles de la meunière Gertrude; celle-ci ne demanderait pas mieux quQ d'avoir pour gendres les deux militaires qui se sont signalés par divers traits d'héroïsme, mais, ayant répondu pour un voisin, elle est menacée de la ruine et ne veut pas faire partager à d'autres son malheur. Cependant, au milieu d'une fête que donne à leur intention M. Benoit, riche commerçant retiré, les sergents apprennent que Gertrude, saisie, va être expulsée, faute de pouvoir acquitter une dette de i.5oo francs. Paul et Louis n'ont que leur honneur, ils le mettent immédiatement en gage par un écrit en échange duquel un usurier leur compte les i.Soo francs qu'ils désirent. De cet homme, qui ne comprend pas bien sa teneur, le billet passe à M. Benoit, puis au comte de Crény, lieutenant-général venu pour inspecter le régiment dont Louis et Paul font partie. Le comte, vivement ému de l'action des sergents dont il connaît d'ailleurs le glorieux passé, déclare vouloir acquitter leur effet, les dote et les marie aux filles de Gertrude.
Sujet moral, traité avec adresse et qu'on applaudit pour cette double raison.
3 avril : Jennjr, ou le Mariage secret, balletpantomime en 3 actes, par Aumer.
Représenté au théâtre de la Porte-Saint- Martin, le 20 mars i8o6, avec un succès
~ 72 — énorme, cet ouvrage fit plaisir au Panorama où Mademoiselle Chéza, toutefois, n'effaça pas le souvenir de Madame Quériau, créatrice du rôle principal.
1 5 avril : Les Trois Trilby, folie en i acte, par Ménissier, Ernest (Renault) et Saint-Ange Martin.
La scène est en province, aux environs de Blois. Madame Cocquerel profite d'une absence de son mari, propriétaire vieux et bossu, pour connaître le roman de Trilby. dont il lui a défendu la lecture. Ce roman met à l'envers les têtes de Madame Cocquerel, de sa fille Ambroisine et de sa bonne Charlotte, de sorte que les trois femmes s'imaginent voir partout le héros de leur livre favori. Rien d'étonnant donc à ce que le soldat Robert, qui se présente en vertu d'un billet de logement, le capitaine Derneville, accouru pour connaître Ambroisine dont on lui a offert la main, M. Cocquerel luimême, revenu en secret pour souhaiter la fête de son épouse, soient pris pour trois incarnations successives du lutin Trilby. Cocquerel seul souffre du quiproquo, sa femme lui dit ses vérités et un valet affolé le bâtonne. Quant à Derneville et à Robert, ils gagnent, l'un l'amour d'Ambroisine, l'autre l'admiration de Charlotte, si bien que la pièce se termine par deux mariages, auxquels Cocquerel, adouci par l'idée qu'il n'a eu pour rival qu'un fantôme, consent avec bonne humeur.
Cet épilogue du roman de Nodier, poussé jusqu'à la bouffonnerie, fit beaucoup rire et fut conséquemment très applaudi.
28 avril : La Vieille Femme colère, on la Correction conjugale, folie en i acte, mêlée de couplets, par Alaréchalle et Philadelphe.
La vieille Madame Doucet, femme acariâtre et tyrannique, fait de sa maison un enfer pour son mari, sa nièce et ses serviteurs, qu'elle injurie et bat à la journée. Après une scène plus vive encore que les précédentes, Doucet a l'idée d'essayer de corriger la mégère. Elève-t-elle la voix, il crie; casse-t-elle un objet, il en brise deux ; il lui écrit ensuite qu'attribuant sa méchante humeur à l'oisiveté, il veut la ramener à de bons sentiments en mettant le feu à sa ferme et en faisant fondre ses diamants ; puis, s'armant d'un pistolet, il s'avance vers sa femme qui, redoutant un suicide, se jette à genoux et confesse ses torts en jurant d'être à l'avenir aussi douce qu'elle était violente. Enchanté de la métamorphose, Doucet pardonne et marie sa nièce à l'officier Alfred, qui a contribué au succès de son expérience.
Pièce fantaisiste, mais amusante, qui réussit.
20 mai : Les Inséparables^ mélodrame en 3 actes, précédé d'un prologue, par B. d'Aubigny, Poujol et Jules de Sainte-Aurre.
La scène se passe au dix-huitième siècle. Charles Beaudoin et Olivier Prévillars, tous deux âgés de vingt-trois ans, sont liés, depuis leur enfance, par une amitié telle qu'on les a surnommés les inséparables. Voulant se donner, après la mort même, des preuves de cette inaltérable affection, ils prennent, dans un écrit signé de leur sang, cet engagement singulier : le premier des deux qui mourra ira trouver l'au-
tre pour le défendre dans tous les dangers qu'il pourrait courir. Olivier doit, le jour où la pièce commence, épouser à Orléans Eugénie Lalonde, fille d'un riche manufacturier. Eugénie, en contractant ce mariage, obéit à son père; elle aime B Baudoin qui l'adore et s'est sacrifié avec héroïsme au bonheur de son inséparable. Mais comme Charles songe tristement, à Paris, à la cérémonie qui se passe en province, l'ombre d'Olivier paraît devant lui, révèle qu'un crime vient de séparer son âme de son corps, et le somme de prendre sans délai le chemin d'Orléans où sont ses assassins qu'il lui fera connaître. Beaudoin obéit au désir du défunt. Transporté par un véhicule fantastique dans la ville désignée par Olivier, il entre chez Lalonde au moment où l'on s'étonne de l'absence inexplicable du futur, attendu pour le contrat. Visible pour Beaudoin seul, l'ombre de son ami lui désigne alors comme ses meurtriers Théodore Lalonde, propre frère d'Eugénie, et Pietreville, ami de celui-ci. Pietreville en effet, épris d'Eugénie, n'a trouvé qu'un crime pour se débarrasser d'un rival, et Théodore, qu'il tient par des besoins d'argent, s'est prêté à cette combinaison sinistre. Beaudoin, désolé à l'idée de déshonorer la famille de celle qu'il aime, hésite d'abord à obéir aux injonctions de son inséparable ; il s'y décide pourtant, et c'est sur le tombeau même de la victime qu'il nomme ses assassins. Olivier apparaît alors une dernière fois pour révéler à Lalonde que Théodore n'est pas de sa famille, remercier Beaudoin et lui dire d'épouser Eugénie.
Moins raisonnée que bizarre, cette œuvre, puisée dans les Mille et un souvenirs de Deforges, était précédée d'un prologue dans lequel, raillant spirituellement leurs chutes antérieures^ les auteurs deman-
daient au public son attention bienveillante ; prologue et drame furent accueillis par des applaudissements.
29 mai : La Cousine supposée, comédie en i acte, par Villard et Adrien (Payn, avec René Périn).
Le capitaine Derneville, à la suite d'une quercllo avec son frère, s'est retiré dans la petite maison qu'il possède sur les bords de la mer et où il a été suivi par un vieux soldat nommé Labombe. Le frère de Derneville, après avoir essuyé des malheurs qui l'ont réduit à la misère, envoie Sophie, jeune orpheline qu'il a élevée comme sa fille, pour le réconcilier avec le capitaine. Sophie se présente sous le nom de Jeannette chez Derneville, et Labombe, qui est dans la confidence, la donne comme sa cousine. Jeannette gagne bientôt, par ses grâces, l'affection du capitaine qui a home de se déclarer amoureux ; il s'y décide pourtant, mais la jeune fille ne consent au mariage proposé qu'à la condition que Derneville se réconciliera avec son frère ; la chose est acceptée et le contrat se signe en famille.
Fond peu nouveau, mais détails gais, dialogue charmant ; au total succès et succès mérité.
17 juin : Le Pauvre Berger^ mélodrame historique en 3 actes, par d'Aubigny, Carmouche et Hyacinthe (Decomberousse).
Ronsberg, riche propriétaire suisse, va épouser Lisbeth, fille du grand bailli du canton, quand un vieux soldat, étran-
gerau pays, lui demande un secret entretien. Instruit par un certain Ulric, qu'il assista à son lit de mort, ce soldat sait que Ronsberg, dix-huit ans auparavant, fit disparaître, à la faveur d'un incendie, le frère aîné qui le gênait. Ulric, qui devait tuer ce malheureux, lui a laissé la vie, mais il Ta abandonné sur un chemin. Or le soldat a retrouvé la trace de ce frère qui mène une vie des plus misérables, il somme Ronsberg de lui rendre nom et héritage, le menaçant, s'il refuse, de s'adresser au grand bailli. C'est, pour Ronsberg, la ruine et la rupture de son mariage ; aussi n'hésite-t-il pas à conserver, par un second crime, les avantages que lui a procurés le premier. Il assassine le vieux soldat, mais on l'a vu s'entretenir avec l'étranger et, quand le cadavre de la victime est découvert, c'est lui que les paysans, indisposés déjà par sa hauteur, accusent ouvertement, Ronsberg comprend qu'il doit, pour son salut, livrer un coupable à la justice. Dans le pays demeure un berger du nom de Zug qui est pauvre, sans place, et ne peut nourrir sa femme et ses enfants. Zug a l'esprit borné, Ronsberg l'éblouit en étalant de l'or sous ses yeux, et l'indigent consent à se déclarer l'auteur de l'assassinat du soldat.
On arrête Zug et le bailli instruit l'affaire sur le lieu même du crime. Le berger persiste à se dire coupable, mais pendant qu'on le juge il boit, mange, se réjouit, et finit par s'endormir au moment où on le condamne à mort. Une attitude si extraordinaire donne des soupçons au bailli; la découverte d'une sacoche ayant appartenu à la victime fait de plus connaître que Zug n'est autre que le frère aîné de Ronsberg, cru mort depuis nombre d'années. Ronsberg, que cette révélation terrifie, se sent perdu, il échappe à l'échafaud par le suicide, et Zug recouvre en même temps la liberté et la fortune.
Zug reproduisait, dans ce mélodrame,
— 77 ~ l'étrange action du berger Pourril qui, pour quelques pièces d'or, s'était avoué coupable d'un crime qu'il n'avait pas commis. Pourril, devenu un héros populaire, assista à l'une des représentations de l'ouvrage intéressant, bien fait, et qui obtint une complète réussite.
Un détail de sa mise en scène amena, le premier soir, un incident conté dans les chroniques. Soucieux d'exactitude on avait, par dérogation aux usages, enrôlé une vingtaine de brebis véritables qui, s'étant comportées à merveille pendant les répétitions, débouchèrent, le jour de la crémière, avec un désordre plein d'ordre et se groupèrent pittoresquement autour du pâtre. Un tonnerre d'applaudissements les accueillit. Effrayés par ce tintamarre imprévu, les moutons s'approchèrent de l'avant-scène du rez-de-chaussée, occupée par des dames, et s'y précipitèrent l'un après l'autre. Il fallut plus d'une heure pour ramener au bercail les bêtes réfrac-
taires. Le lendemain on revint aux moutons en carton, comme dans les pastorales de nos aïeux.
4 juillet : La Romance et la Gavotte, comédie anecdotique en i acte, mêlée de couplets, par Carmouche et F. de Courcy (avec Xavier Saintine).
La scène est en province. Père de deux filles, M. Sauvageon destine pour maris, à Adeline l'aînée l'avocat Doligny, à Laurc la cadette le commis-voyageur Sélinral. Ces projets contrarient le pique-assiette Bonceil qui voulait devenir le gendre de Sauvageon et qui, pour arriver à ses fins, persuade à Doligny que Sélinval, tombé subitement amoureux d' Adeline, a demandé sa main de préférence à celle de Laure. Doligny a la lêtevive; quand Sélinval paraît, fredonnant les premiers vers d'une romance qu'il a composée pour Laure, l'avocat met lepée à la main et force le commis à chanter tout au long ses galants couplets. Or M. Sauvageon a les arts en horreur, il surprend Sélinval roucoulant et lui reprend sa parole. Mais le commis n'est pas homme à laisser une méchanceté impunie ; il va chercher un pistolet et, profitant de ce que l'avocat a endossé sa robe, il l'oblige, sous menace de mort, à danser une gavotte. Grâce à Bonœil, Sauvageon surprend le danseur comme il a surpris le chanteur et rompt le second mariage. Mais les jeunes gens s'expliquent et, furieux contre Bonœil, le menacent de deux duels successifs. Sauvageon n'a pas moins peur des querelles que des arts, il pardonne po. a- éviter le bruit, et conclut à nouveau les deux mariages à condition que la double cérémonie se passera stns rigodon ni couplets.
Cette pièce, rééditant sans originalité
le sujet traité au Vaudeville dans la Revajîche forcée, et au Gymnase dans Partie et Revanche^ fut la dernière que joua le Panorama Dramatique.
Le 24 avril précédent, M. Langlois avait en effets déposé son bilan. Ce dénouement, depuis longtemps prévu, ne fut pas accepté sans murmures. Trois opuscules portèrent à la connaissance du public les doléances de ceux qui se trouvaient lésés par la faute des gérants successifs de Taffaire. Ce sont :
1 ° Précis sur le théâtre du Panorama Dramatique^ Paris : Fain, 1823, in-8 ;
2° Encore quelques mots sur le Panorama Dramatique^ Paris : Leberguc, 1823, iîi-8:
3° Précis sur le théâtre du Panorama Dramatique, par LUI créancier de ce thcâlre, Paris : Ponthieu, 1823, ia-8.
Ces brochures, ne contenant en somme que les accusations d'insufiisance ou d'indélicatesse qu'on voit se produire après la déconfiture de toute administration
théâtrale, entretinrent pendant trois mois, chez les Parisiens, Tespoir de voir durer sinon prospérer l'entreprise si récente encore du Panorama Dramatique. Il n'en devait rien être : le 21 juillet 1823 l'affiche annonçait, par ordre de Tautorité, la clôture définitive du théâtre.
C'était, sans nécessité, mettre sur le pavé deux cents personnes au moins. Plus particulièrement affligés de la décision ministérielle, les artistes demandèrent à continuer, en société, l'exploitation du Panorama ; ils n'obtinrent, après un mois de démarches, que l'autorisation d'y jouer cinq fois à leur profit.
Le théâtre rouvrit, à cet effet, les 10, i5, 17, 18 et 21 août 1823. Ces représentations, composées de pièces du répertoire, auxquelles s ajouta (le 17 août) le Jugement de Salomon, créé à l'Ambigu en 1802, produisirent 8.200 francs qui furent partagés au prorata des appointements.
Quelque temps après le Panorama, dé-
moli, était remplacé par une maison à six étages.
Des nouveautés données au Panorama Dramatique, une seule, le Pauvre berger^ fut recueillie par une autre scène; des acteurs recrutés par lui, un seul, Bouffé, obtint plus tard rang d'étoile ; ce théâtre n'aurait donc rendu à la littérature et à l'art que des services contestables s'il n'avait donné à la mise en scène, au double point de vue du luxe et de la vérité^ un développement inconnu jusqu'à lui. Cet utile progrès> imposé par son fait aux directions parisiennes, doit sauver de l'oubli Tentreprise éphémère dont nous venons d'écrire la véridique histoire.
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