Niederl^, la Race slave, 2« Edition. (Paris, Alcan
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va pas au dela de Klagenfiirth. Quelques pretentions qii'elle invoqiie sur TAdriatique, quarante lieues de pays slaves la s^parent de Trieste, et c'est aux Slovenes, aux Italiens, aux Dalmates (autrement dit aux SerbO'Croates)<, que la mer appartient. La France suit avec un trop vif int^r^t le d6veloppement de la nouvelle Allemagne pour qu'il lui soit permis d'ignorer les nationalit^s secondaires qui s'opposent a ce d^veloppement. Les Slovenes ne se sont point laiss6 absorber par le germanisme autrichien et n'ont nulle envie d'entrer dans la Grande Allemagne. lis savent fort bien a quelle race ils appartiennent et si, dans une crise europ^enne, TAllemagne les revendiquait au nom de j6 ne sais quelle raison d'Etat, ils ne seraient pas embarrasses pour trouver des allies chez leurs fr^res slaves, dussent-ils aller les chercher a Moscou. »
De m6me que les Slovaques, dout nous parlerons tout k ^he^re, les Slovenes ont le malheur de n'avoir point d'histoire nationale. Ils ont 6i6 soumis tour k tour par leurs voisins, les Bavarois, les Francs, les Frioulans, colonists par des laboureurs et des moines allemands. Pendant longtemps Tusage commun de la langue latine leur a fait oublier la difference d'idiome entre les Germains et les Slaves. La Reforme, en introduisant la langue vulgaire dansl'Eglise, obligea ses adherents a creer un idiome litteraire.
Au debut du XIX® si^cle, les pays Slovenes, par suite des conquetes de Napoleon, firent partie (en 1809) du royaume d'lllyrie improvise par le
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conqu^rant. ^Le po^te Vodnik chanta la resurrection et le slavisme de cette Illyrie.
« Le Grec et le Latin Tappellent rillyrie, mais tons ses fils Tappellent la Slov^nie.
« Le citoyen de Raguse, Thabitant du littoral de Cattaro, de Gorica (la Gorizia des Italiens) tons de leur ancien nom s'appellent Slaves.
« Chez les Slovenes p^netre Napoleon. Une generation tout enti^re s'^lance de la terre. »
On retrouve les memes sentiments chez Ijes Groates qui firent partie du royaume d'lHyrie.
II y a une trentaine d'ann^es je me trouvais le 13 juillet k Ljubljan2^(Laybach), la capitale intellectuelle du peuple Slovene. Dans une reunion amicale. un depute aujourd'hui decide, M. Vosniak, portant un toast k rh6te de passage, se faisait Tinterprfete des sentiments que sa race professe pour la n6tre, des antipathies qu'elle ^prouve pour Jes Germains.
« Comparons, disait-il, I'histoire des Allemands, des Slaves et des Frangais. Nous n'avons, jusqu'ici, vu TAllemagne faire la guerre que pour satisfaire les inter^ts les plus egoistes. L'Allemand ne se contente pas de vivre chez lui; il pretend aussi s'etablir chez les aulrfes ; il revendique notre sol, il.veut nous imposer sa langue et ses inoeurs. Quand a-t-on vu les Allemands faire la guerre pour une idee, deiivrer un peuple asservi sans rien lui demander, comme la France qui nagu^re affranchissait I'ltalie, comme la Russie qui arrachait le3 Bulgares au joug musulman ? »
Dans une po^sie ceiebre, un po^te slovfene con-
temporain, Gregorcic, met en sc^ne qn pr^trecatholique qui impose les cendres aux fiddles suiyant le lite de TEglise cathoiique. Parmi eux figure le peuple Slovene si longtemps d^daign^, si miserable. Le pretre rejette les cendres loin de lui et s'^crie d'une voix forte : « L^ye-toi, mon pauyre peuple, jusqu'ici foul6 aux pieds dans la poussi^re; ce n'est pas ' le jour des Cendres qui est ton jour, c'est le jour de la Resurrection ».
Cette resurrection definitive, les Sloy^nes ne peuyent Tattendre que de leur entree dans una confederation sud-slaye a constituer sous Tegide dela Serbie et cette confederation nepeut s'assurer une existence definitive que dans la vaste federation slave qui renouvellera la face de TEurope.
Le groupe serbo-croata.
Au point de vue ethnique, les Serbes et les Creates sent de meme langue et de m^me Origine. L'histoire et la geographic les ont separes; mais beaucoup d'entre eux comprennent aujourd'hui la necessite de se reunir pour former un groupe defiriitif.
Les populations qui se sent etablies au nordouest ont profite du voisinage de la mer, de la civilisation latine et ont pris le nom de Creates. EUes appartiennent k la religion cathoiique. Leur principal centre intellectuel est aujourd'hui Zagreb, que nous appelons Agram. Les tribus du sud et de Test, etablies plus avant dans la Peninsule balka-
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nique, ont pris le nom de Serbes, et embrass^ le christianisme sous la forme byzantine avec la liturgie slavonne. II r^sulte de \k que les Groates dcriTentf^ leiir langue en caract^res latins, tandis que les Serbes emploient I'alphabet cyrillique analogue a I'alphabet russe. Tandis que la Croatie formait un royaume, une annexe du royaume de Hongrie, la nation serbe, apr^s avoir constitu^ plus^eurs l^tats ind^pendants est tomb^e au xV* si^cle sous la domination turque et ne s'en est 6mancip6e qu'au d^but du xix* si^cle.
Voici quels ^talent, en 1900, les chiffres approximatifs des Serbes et des Creates qui doivent aujourd'hui 6tre renforc^s d'au moins 10 *'/o, peutfttre m6me 15 ^'/p.
Aulriche cesleithane 711.382
Croatie et Slavonie. . 2.101.580
Hongrie (approximativement) . . . . 70.000
Territoire de Rieka (Fiume) 13.929
Bosnie-Herz^govine * 1.650.000
Mont^n^gro environ ........ 350.000
Royaume de Serbie 2 . 398 . 551
Vilayet de Scutari et Albanie, environ . 100 . 000
Italie 5.000
Russie . . • • ^-0^
Amdrique et autres pays 300.000
que nous pouvons, sans exag^rer, porter aujourd'hui 4 dix millions. Ce chifTre, joint a celui des Slovenes, donne un total qui atteindra trfes prochai- 1. D'apr^s le recensement de 1905.
nement douze millions. N'oublions pas qu'il s'agit d'un groupe essentieHement proliflque.
L'un des signes prinicipaux qui diff^rencie les Creates des Serbes', c'est la religion. Le* Croates sont essentiellement catholiques, les Serbes orthodoxes et musulmans, mais la r^gle n'est pas absolue. II y a des orthodoxes en Dalmatie, notammeht k Raguse, aux bouches de Kotor (Caltaro) et dans certains districts de la Hongrie. Presque tout le royaume de Serbie appartient h Torthodoxie.
En Bosnie-Herz^govine, on a compt6, en 1905, 598.632 Serbes musulmans. Suivant les evaluations du professeur Florinsky de Kiev, le nombre des musulmans pour Tensemble des pays serbes sergiit d*environ 800.000. Le jour ou les Turcs seront d^finitivementvaincus, cechiffre ira diminuantpar suite de T^migration. Naturellement, le gouvernement austro-hongrois s'est appliqu6 a souligner les differences Hnguistiques ou religieuses pour empecher les tendances unionistes de se d^velopper. A un certain moment, il avait m^me imaging une nationality bosniaque et il d^.signait la langue parl^e par ses sujets du mot de landsprache (zemaljski jezik) la langue du pays 1
Le gouvernement serbe avait 616 mieux inspire quarid, pour attester sa tolerance religieuse, il avait conclu un concordat avec Rome par les soins de M. Vesnitch, son ministre actuel a Paris.
Pour eviter rinconv^nient d'une double denomination, j*ai propose pour les deux groupes le nom commun d*Illyriens qui se rattache aux souvenirs de Tantiquite et de Napoleon. II symboliserait
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runit6 morale des deux groupes, de m^me que le nom des Beiges symbolise Funit^ politique des Flamands et des Wallons. Ge nom a d'ailleurs ^te d^ji employ^ dans Fhistoire, sous la forme illyrisme, pour caract^riser la renaissance litt^raire des pays creates au xix^ si^cle.
Les Bulgares.
J'ai propose plus haut T^pithfete d'illyrienne pour I'union serbo-croate. On a propos6 jougo-slave ; mais r^pith^te conviendrait ^galement aux Bulgares qui actueilement ne paraissent gu6re disposes a faire partie du groupe, encore que leur situation g^ographique soit plus m^ridionale que celie des Serbes.
Les Bulgares, comme les Serbo-Croates, ont eu leur berceau quelque part au nord, du c6t^ des Carpathes, non loin des Russes. Quand ils sent arrives dans la P^ninsule balkanique, ils ne portaient pas encore le nom de Bulgares et vivaient, d'ailleurs comme leurs voisins serbes, en tribus Isoldes et anarchiques.
Sur les bords du Volga existait une tribu d'origine turque appel^e les Bulgares ; elle se mit en mouvement, traversa le Danube, p6n^tra dans la Dobroudja, soumit les Slaves de Test de la P^ninsule, les unifia et leur donna son nom. D'autre part, elle adopta la langue slave et s'assimila aux indigenes. Le m^me ph^nom^ne s'est accompli chez nous. Nous sommes un peuple celtique, organist tour a tour par la conqu^te romaine et les Francs, peuple germanique.
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Le m^me ph^nom^ne, comme nous le verrons tout a rheure, s'est ^galement accompli en Russie. Les Russes et les Bulgares sont des Slaves, mais des Slaves dont les anc6tres ont subi un alliage dont la proportion est d'ailleurs difficile a determiner.
La destin^e des Bulgares a 616 parallele a celle des Serbes; eux aussi ont fond6 un empire (tsarat) ' qui a eu des jours de gloire; eux aussi ent 6i6 opprim6s par les Turcs; non seulement par les Turcs, mais aussi par les Grecs qui, grdce a la complicity du Divan, ont r^ussi a s'emparer de presque toute la hi^rarchie eccldsiastique. On sait comment ils ont, dans ces derniferesenn^es, 6chapp6 a ce double joug par la constitution de Texarchat eccl6siastique, qui assurait leur autonomie religieuse, et par les armes victorieuses de la Russie qui a pos^ les bases de leur ind^pendance politique.
A la fin de Tannic 1900, M. Ni^derl6 * comptait un total de cinq millions de Bulgares qui se d^composait ainsi :
Royaume de Bulgarie, d'aprfes le recensement du 30 d^cembre 1900 2.885.379
Roum^lie, Turquie, Albanie, Constantinople, Asie Mineure 600.000
Mac^doine (d'apr^s la statistique de M. Kantchov) 1.200.000
Roumanie avec la Dobroddja . . . 180.000
Autrespays.. 50.000
Total 4.915.379