LA CONFERENCE SLAVE DE PRAGUE DE
Ce groupe a eu pour initiateur le professeur Zdziechowski, de TUniversit^ de Cracovie. II avait pour organe un p^riodique public dans cette ville, la Revue slave. Malgr^ ses tendances, ce recueil 6tait a cette 6poque interdit en Russie par la censure officielle toujours soup^onneuse vis-a-vis des Polonais.
Assures de la bonne volont^ des Polonais de P^tersbourg, M. Kramar et ses collogues s'abouch^rent avec les hommes politiques russes.
Un certain nombre de ces derniers avaient fini par compreodre les int^r^ts de la race slsive et l^a n6cessit6 de lutter contre la politique envahissante de TAllemagne. Les conditions d'une entente morale entre les deux grandes nations slaves ^taient plus faciles a^tablir en 1908 qu'en 1867. II fut. d^cid^ qu'une conference slave internationale se r^unirait a Prague et que les divers peuples slaves y seraient repr^sent^s.
Cette cont^rence eut lieu en effet et le D^ Kramar en fut nomm6 president. Les divers groupes slaves etaient repr^sent^s par des homnies politiques, des publicistes, des hommes de lettres. L'^pisode est trop recent pour que je me risque iciter des noms. Je craindrais de blesser ceux que j'aurais oubli^s. Les stances eurent lieu dans le local de THdtel de Ville. Les mati^res a Tordre du jour de la conference etaient toutes en principe etrai[ig6res k la politique.
Elle avait i s'occuper d*un projet d'exposition panslave h Moscou, de Torganisation du tourisme slave ou plut6t interslave, de Textension et de
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rorganisation desSokols (soei(^.t^s de gymnastique) k tous les pays slaves, de r^Stablissemeiit d'aa^ banque slave, de rorganisation des rapports litt^raires et de la fondation d*un march^ central de librairie slave pour ^chapper au monopole de Leipzig, de Torganisation d'un comit6 permanent des pays slaves.
Les d^bats n'6taient pas publics et les journalistes n'ont ^t^ admis qu'i condition de prendre Fengagement d'honneur de ne point r^v61er les d^bats sur lesquels on leur demauderait le silence.
La politique devait en principe rester ^trang^re a ces d^bats; mais il n'^tait point possible qu'elie ne s'im posit pas a certains moments, en d^pit de toutes les precautions protocolaires. ¥oici comment elle at son apparition.
A propos d'une exposition qu'on se proposait d'organiser k Moscou, les d6\^gu€s pdlonais declar^rent que le royaume, c'est-a-dire la Pologne russe, etait dispose a y prendre part; mais, ajoataient-ils^ vu les circonstances difficiles que le pays traverse, oette participation ne sera peut-6tre pas aussi brillante qu'on aurait pu Tesp^rer.
A cette occasion, un di^putd rosso fit.une importante declaration :
« Nous souhaitons vivement, dit-il, de voir disparaitre le plus t6t possible les obstacles qui s'opposenl au d6veloppement de la culture polonaise; les changements qui se sont aecomplis en Ilussie nous garantissent — nous resp^rons — que les malentendus ant^rieurs ne se reuouveUeroni pas
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k Ul lomiere de la conscieace nationaie^. Je prie les Polonais de consad^rer que le peuple russe a Tn, Ini aussi, se dresser ces obstacles de sorfe que nous ne pouyions pas ^tre ce que nous pouvons 6tre a la lueur de cette conscience. »
A la suite de cette loyale declaration, les d^l^ git6s msses se lev^rent de leur place et all^rent serrer la main aux Polonais. L'exposition de Moscou fut T0t6e h runanimit^ ; les Polonais s'engag^rent k j prendre part.
A propos de cet incident, la Gazette nationale de Prague 6crivait : « Quand m^me la conference de Pn^ue n'aurait donn^ que ce r^sultat, ce serait d^j^ sufRsant. »
An banquet offert par la ville de Prague le 16 juillet, un d^l^gu^ russe, M. Maklovsky, fit entendre des paroles de justice et de conciliation :
« Nous 6voquons le souvenir du pass^ pour y voir les faules qui ne doivent pas se reproduire. Nous Savons que le conflit historique le plus compliqu6 se laisse ais^ment r^soudre si Ton aborde la solution dans un esprit de justice. II est bien. entendu que Tid^e de I'union panslave implique rid^e de la liberty et de r^galit^ de tons les peuples slaves.
« Ce que nous avons fait ici k Prague ne s'eifacera pas de Thistoire. Nous avons ^chang^ ici des sentiments qui ne s'oublient pas ; nous nous sommes dit des paroles qui engagenl. Nous avons commence one oeuvre qui ne p^rira pas. »
1. La conscience nationale, c'est-^-dire la Russie parlementaire.
A ces paroles geii^reuses, un A6\6g\i6 polonais repondit en rappelant I'antique amitie de Mickiewicz et de Pouchkine, en buvant k Tid^alisme russe et^ son g6n6reux repr^sentant, M. Maklovsky. Un toast fut port^ en Thonneur des Polonais de Poznanie qui, pour des raisons faciles a comprendre, n'^taient pas repr^sentes a cette f6te de famille. Je ne puis entrer dans tous les details des deliberations. Un projet particuli^rement int^ressant au point device ^conomique, c*etait celui qui concernait la fondation d'une banque slave Internationale.
Dans sa dernifere stance, la conference constilua un comite executif qui fut charge de mener a bien les resolutions prises. Prague fut choisie comme siege du comite dont la presidence fut confiee au D*" Kramar. Comprenez-vous maintenant la haine dont ce patriote est Tobjet k Vienne et a Berlin et la condamnation a mort prononcee centre lui pour haute trahison dfes le debut de la guerre?
Dans ce comite, la Russie et la Pologne devaient etre representees par trois deiegues et trois suppleants, les peuples sud-slaves chacun par un deiegue. ll avait ete decide que la prochaine conference se tien(Jrait Tannee suivante a Petersbourg et cette resolution avait ete votee a Tunanimite. Le deiegue russe Krasovsky avait propose et fait adopter la resolution suivante ;
« La conference preparatoire proclame que Tidee du rapprochement des Slaves est realisable et feconde et declare que, pour mettre fin aux malentendus entre les peuples slaves, il est indispen-
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sable de reconnoitre regalil6 du d^veloppement national de tons, les Slaves, »
Le d^l^gu^ polonais, M. Dmowski, prenant acte de cette declaration, proclamait a son tour qu*une Russie Equitable pour toutes les nations, et notamment pour les Polonais. 6tait n^cessaire, non seulement au peuple russe, mais aussi aiix peuples slaves elk toute Thumanite. II ajouta, aux applaudissements de Tauditoii^e, qu'une Russie Equitable ^tait la solution n^cessaire du problfeme slave et que du moment od ils seraient assures de cet esprit d'^quit^, les repr^sentants de la nation polonaise s'engageaient a travailler a Toeuvre commuiie de la race slave.
Le professeur Zdziechowski, de Cracovie, prit d son tour la parole en polonais. en tch^que, en russe pour rendre hommage au r6le cdnciliateur des Tch^ques et, en particulier, a Tactivit^ bienfaisante du D*" Krarfiar.
A la fin de la stance, le chef de la d^i^gation russe remit au president une somme de deux mille couronnes (en ce temps-la deux mille francs environ) pour contribuer aux frais d'une enquete sur les besoins economiques ou moraux de la solidarity slave; les d616gu6s polonais r6unirent de leur c6t^ une somme de seize cent cinquante couronnes. Cette collaboration linanci^re des deux groupes — nagu^re ennemis — h. une oeuvre commune de solidarity slave est plus ^loquente que les discours les plus path^tiques.
Dans son discours de cl6ture, le president put constater que rien ne s'opposait plus a la r^cDn-
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ciliation des deux plus. graDd8^p6U{>k& slaves et L'od se s6para en se donnant rendez-TDjss pour Uaiin^e suivante h Saiat-P6tersl>onrg»
Ce rendez-TQu& i^ derait pas se r^aliser. Des articles de ce beau programme aucnn n'a 6t^ mis h execution. Les Russes et les Polonais sembieat aujourd'hui r^concili^. En revanche^ les Serbes el les Bulgares sont a cooteait tirS et M. Kramar, nagu^re coadamn6 h mort, a du expier daas les bagnes autrichieus son d^youemeDt k la cause des int^r^ts slaves.
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