‹ Le Pantcha-TantraChapitre 105 sur 114 · ET LE BRAHME POUROHITA · texte numérisé non relu

ET LE BRAHME POUROHITA

Vous allez, seigneur, animer une statue de pierre et y faire descendre la divinité! reprit le berger avec un air de surprise. Je ne suis qu’un pauvre ignorant de pâtre : je savais bien que le pouvoir des brahmes s’étendait fort loin; mais j’ai ignoré jusqu’à présent, qu’il allât jusqu’au point d’.animer une pierre et de lui donner la vie. Puisque vous possédez un tel pouvoir, je ne suis plus surpris à présent qu’on vous applique les noms sublimes de Dieux brahmes , Dieux de la terre! Maintenant que je suis mieux instruit qu’auparavant de votre puissance surnaturelle, permettez-moi , seigneur pourohita, de profiter d’une occasion si favorable, pour solliciter une grâce auprès de votre excellence.

Il y a environ un mois qu’une maladie contagieuse a attaqué mes montons , j’en ai déjà perdu près de la moitié, et je suis menacé de perdre bientôt le reste. La nuit passée, deux des plus beaux sont encore morts subitemenf; la grâce que je vous demande , c’est , non pas de ressusciter ceux qui sont déjà morts, quoique j’imagine bien que cela 11e serait pas au-dessus de votre pouvoir, mais seulement de retenir la vie dans ceux qui vivent encore, en les empêchant de mourir ainsi à contre-temps.

I^a faveür que je sollicite ne me parait pas dé-

35o LE VERGER ET LE BRAHME , ETC.

raisonnable ni au-dessus de vos forces; car, puisque vous possédez le pouvoir d’animer une statue de pierre qui n’a jamais eu ni mouvement ni vie, il doit vous être infiniment plus aisé de conserver l’un et l’autre 'dans des animaux déjà vivans.

Si votre excellence daigne me rendre un pareil service en arrêtant la mortalité de mon troupeau , je vous promets de mon côté de vous témoigner ma reconnaissance en .vous faisant hommage, durant l’espace d’un an, de tout le lait qui sortira des mamelles de mes brebis.

L’astrologue, tout confus et interdit du langage du berger, et ne trouvant ni réponse ni défaite à ce que ce dernier venait de lui- proposer, se leva de sa place, et jetant sur lui des regards de colère : Chien de soudra ! stupide pâtre ! lui dit-il en le quittant , il convient bien à un ignoble ignorant de ton espèce d’en agir ainsi familièrement avec une personne de mon rang en lui proposant des questions aussi impertinentes et aussi absurdes; et après l’avoir accablé d’un torrent d’injures grossières que le pauvre berger entendit avec patience et rësignation , il continua sa route.

Page 1