‹ Le Pantcha-TantraChapitre 22 sur 114 · ET SON DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

ET SON DOMESTIQUE

dominer par le vice de l’avarice, ét ayant ramassé une somme d’argent considérable, il l’enferma pour plus grande sûreté dans le creux de son bâton de pénitent (i), afin de l’avoir toujours auprès de sa personne.

Un autre brahme, informé de la manière de vivre de ce pénitent , résolut d’inventer quelque ruse pour lui voler son argent. Il commença par s’introduire auprès de lui d’un air humble et modeste, témoignant un vif désir de s’attacher à lui en qualité de domestique. Le rusé brahme parvint peu-à-peu à gagner l’amitié du sanniassy en prévenant tous ses besoins. Il lui rendait tous les services qui dépendaient de lui , et amusait ses heures de loisir par des morceaux de musique qu’il exécutait avec beaucoup de goût sur la kinnahra (i).

Le sanniassy, charmé d’avoir pour le servir une personne douée de tant d’excellentes qualités , lui confia tout, excepté le bâton de bambou

(i) Les pénitens de l’Inde doivent toujours porter un bourdon ou bâton à sept nœuds. Ce bâton est de bambou et forme un des principaux articles de leur très-petit équipage. Voyez Mœurs de l'Inde , tome II, page 26a.

(1) Espèce de guitare. Voyez Moeurs de V Inde , tome I* r - , page 73.

70 LF. BRAHMF

Un jour que le pénitent, accompagné de son domestique, était allé ramasser des aumônes dans le voisinage de son ermitage, et qu’après sa tournée il revenait chez lui, à moitié chemin , le domestique , qui avait à dessein mis une paille sur son turban, accourut vite vers son maître, et lui dit d’un air consterné : Ah! seigneur pénitent! j’ai commis un grand crime dont je ne me suis aperçu qu’à présent. Dans la maison où nous avons dîné aujourd’hui , une paille est tombée du toit sur mon turban sans que je m’en aperçusse. Quelle expiation y a-t-il pour réparer un pareil larcin?

C’est un péché d’ignorance, répondit le sanniassy, ainsi tu n’es pas coupable.

Mais, seigneur, le poison avalé par ignorance ou avec connaissance est toujours poison, et n’en produit pas moins des effets funestes. Il faut absolument m’indiquer quelque moyen pour expier le crime d’avoir volé cette paille.

Le pénitent voyant la délicatesse extrême de son domestique , lui dit que puisqu’il portait le scrupule si loin, il pouvait se purifier de cette faute, si c’en était une, en se plongeant dans l’eau avec ses vêtemens (i).

(1) On sait que les ablutions journalières sont le remède

ET SON DOMESTIQUE. * 'Jl

Le brahme obéit sans délai aux conseils dp son maître; après avoir fait ses ablutions, il revint auprès de lui, et pour consommer sa purification, se prosterna trois fois à ses pieds, recevant autant de fois son assirvadam (bénédiction;.

Tu peux penser comme le sanniassy fut étonné de rencontrer dans cet homme tant de bonne foi et de simplicité. Quel serviteur ai-je donc là! s’écriat-il , quelle probité! quelle délicatesse ! où trouverait-on un homme semblable ? Dès ce jour il crut pouvoir mettre en lui une confiance sans bornes ; cependant, malgré tous ces témoignages de probité , il n’osait encore lui confier le bâton qui renfermait son argent.

Ce n’était pas assez pour le domestique. Mécontent de voir que sa première ruse n avait pas complètement réussi, il résolut d’en inventer quelque autre. Un jour donc quil conversait avec son maître, il lui fit quelques réflexions sé- & rieuses sur la brièveté de la vie, sur le peu de solidité des biens de ce monde, et*finit par lui conseiller d’entreprendre le pèlerinage sacré du Gange, pour se laver dans les eaux de ce fleuve

que les Indiens emploient pour se purifier de leurs souillures spirituelles et corporelles. V oy ez Mœurs de l Inde » t. I • , page a53 et suivantes.

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