LE CORMORAN , LES POISSONS
du sujet de ses inquiétudes, le priant en même temps de l’aider de ses conseils et de lui suggérer quelque moyen pour faire périr le serpent.
Cf Cormoran, 1rs poissons ft l’Ccrmssf.
Dans un étang formé par la rivière Varada , répondit le renard au corbeau , vivaient autrefois un grand nombre de poissons de toutes les espèces. Un cormoran vint un jour se désaltérer à cet étang, et ayant aperçu la multitude de poissons qui nageaient dans ses eaux limpides, il eût bien voulu pouvoir en faire sa proie ; mais l’eau était si profonde qu’il n’y avait pas moyen de les attraper. Pour exécuter son dessein il eut recours à la ruse.
S’approchant de l’étang du côté où l’on voyait nager les poissons en plüs grand nombre, il se mit d’une manière humble et d’un air hypocrite dans la posture d’un pénitent. Les poissons, à la première vue d’un ennemi de leur espèce, avaient tous pris la fuite et se tenaient cachés au fond de l’eau. Cependant, lorsqu’ils virent l’air humble et modeste du cormoran, toujours* immobile à la même place depuis
f.t l'écrevisse. 77
long-temps , ils lu* demandèrent de loin ce qu’il faisait là.
Hélas ! leur répondit le cormoran, d’un air contrit et d’un ton lamentable, je suis venu au bord de ces eaux pouf y expier mes crimes dans l’exercice de la pénitence et pour m’y préparer à une bonne mort. J’ai, à la vérité, commis des meurtres sans nombre, sur-tout sur votée espèce; mais je me suis à la fin converti, et j’ai embrassé l’état de sanniassy dans lequel j’ai résolu de passer le reste dé ma vie.
Les poissons, au commencement, se défièrent de ses paroles; cependant voyant que sa conduite ne se démentait pas, ils' se familiarisèrent peu-àpeu avec lui, et à la fin ils se persuadèrent que sa conversion était réellement sincère et qu’ils n’avaient plus rien à appréhender de sapart.
Avant d’exécuter son dessein perfide, le cormoran attendit encore quelques jours, après lesquels s’apercevant qu’il avait entièrement gagné te confiance des poissons, un jour que ces derniers étaient tous rassemblés autour de lui, il parut tout d’un coup plongé dans une tristesse profonde; il pleurait en poussant des soupirs et donnait plusieurs signes de la plus vive affliction. Les poissons, étonnés de ce changement subit, lui en demandèrent la cause.