‹ Le Pantcha-TantraChapitre 41 sur 114 · LE BRAHME, LE SERPENT · texte numérisé non relu

LE BRAHME, LE SERPENT

d’aller ensuite se purifier de ses fautes passées en se baignant dans les eaux sacrées du Gange. '

Il entreprit sans délai ce saint pèlerinage. Un jour qu’il traversait un désert affreux, il vint à passer sur le bord d’un puits, dans lequel il aperçut un serpent, un tigre, un aigle et un orfèvre qui y étaient tombés par accident. Ceux-ci n’eurent pas plutôt vu le. brahme voyageur, qu’ils implorèrent son secours , et ayant appris de lui qu’il allait en pèlerinage à Cassy, ils lui remontrèrent que, puisqu’il allait accomplir une œuvre si méritoire, une bonne action de plus ne pourrait qu’en augmenter le prix , qu’il leur rendrait la vie en les retirant du fond de ce puits: le pèlerin refusa d’abord d’accéder à leurs supplications, leur disant qu’ils étaient tous d’un caractère pervers, et qu’il ne pouvait y avoir aucun mérite à obliger des êtres de leur espèce.

Cependant les prisonniers redoublèrent leurs cris et leurs prières : à la fin, le brahme, touché de l’air humble dont ces malheureux l’imploraient , et des souffrances qu’ils avaient à endurer dans cette prison , descendit au fond du puits * et, commençant par les animaux, il les retira l’un après l’autre.

Dès que les animaux furent dehors, ils se prosternèrent devant leur libérateur, le remer-

LE frlGRE, L’AIGLE, ETC. I‘i3

cièrent du service essentiel qu’il venait de leur rendre , lui promirent d’en conserver une vive reconnaissance toute leur vie , et lui recommandèrent de se souvenir d’eux, et de les appeler à son aide s’il lui survenait jamais quelque malheur; mais, avant de se retirer, ils l’avertirent que l’orfèvre, qui restait encore dans le puits, était d’un caractère perfide et tout-à-fait incorrigible, et qu’il ferait bien de le laisser périr où il était. Après cet avis, ils se retirèrent.

Le pèlerin hésitait s’il retirerait l’orfèvre du fond du puits ou s’il l’y abandonnerait ; mais ce dernier se prosternant humblement devant lui, le supplia instamment de ne pas le laisser périr ainsi : les accusations de ces animaux contre lui étaient, disait-il, de pures calomnies , et ne partaient que de la haine naturelle que leurs espèces en particulier entretenaient contre la race humaine : Après tout , ajoutait-il, suis-je de pire condition que ces vils animaux, et oseriez-vous refuser de me rendre le même service que vous

leur avez rendu? D’ailleurs, ne vous souvenez-

vous pas de ce que dit une ancienne maxime :

« Les grands fleuves, les gros arbres, les plantes

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salutaires et les gens de bien ne naissent pas pour eux-mêmes , mais pour rendre service aux autres. »

Auriez-vous donc oublié que le grand Vichnou lui - même n’a passé à travers tant de pénibles . avataram (incarnations) que pour sauver les autres?

Le brahme ne put résister à des prières si humbles et si pressantes, il le retira aussi du puits , et après l’avoir remis en liberté , il continua sa route, et arriva sans accident à Cassy, où il fit ses ablutions dans le Gange.

Toutes ses dévotions accomplies , il reprit la route de son pays. Chemin faisant , un jour qu’il traversait un désert affreux , il se trouva accablé de faim et de soif. Sans aucun moyen pour apaiser les cris de la nature, il se voyait sur le point de mourir de faim. Dans cette extrémité, il se ressouvint des animaux -auxquels il avait rendu service en les retirant du fond du puits, et les appela à son secours. L’aigle se rendit le premier à son invocation, et voyant l’extrémité où se trouvait réduit son bienfaiteur par le manque de nourriture, il le conduisit d’abord à un étang d’eau claire qui se trouvait à peu de distance, et pendant qu’il s’y désaltérait, il alla cueillir une grande quantité d’excellens fruits , et. les lui

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apporta. Après que le brahme eût apaisé sa faim, et qu’il eût pris avec lui une provision de ces fruits pour sa route, l’aigle le remit dans le bon chemin et se retira.

En continuant sa route, le brahme passa près du domicile du tigre , qu’il avait aussi retiré du puits. Celui-ci reconnut son libérateur, le retint quelque temps près de lui, et lui apporta une grande quantité d’or et de joyaux : c’était la dépouille d’un grand nombre d’hommes et de femmes qu’il avait dévorés jusqu’alors.

Après avoir reçu tous ces présens précieux, le pèlerin continua sa route , et arriva à la ville habitée par l’orfèvre. Celui-ci, dès qu’il apprit son arrivée, l’alla trouver aussitôt, le conduisit chez lui , et lui donna mille témoignages extérieurs d’amitié. Le brahme, loin de soupçonner aucune perfidie , crut sincères toutes ces démonstrations d’amitié et de reconnaissance, se livra à lui sans réserve, lui fit part de ses aventures , et lui confia la garde des trésors qu’il avait reçus en présens du tigre. Voir toutes ces richesses, les convoiter, et vouloir s’en assurer la possesion ne fut qu’un pour l’orfèvre. Il saisit le brahme, le garotte, et après l’avoir dépouillé de tout ce qu’il possédait, il le traîne auprès du gouverneur de la ville , auquel il le présente

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comme un chef de voleurs qu’il vient d’arrêter. Pour donner plus de poids à son accusation, il produisit en même temps quelques-uns des bijoux d’hommes et de femmes qu’il avait trouvés sur le brahme et qu’il livra au gouverneur, non toutefois sans avoir eu grand soiti de garder pour lui et de cacher les plus précieux.

Le gouverneur, sans autre examen , ordonna que le prétendu chef de voleurs fût sévèrement fustigé et mis dans les fers.....

Voilà donc le pauvre brahme indignement trahi par l’orfèvre, gémissant dans les fers, au fond d’une prison obscure. C’est alors qu’il se rappela ce que lui avaient dit auparavant, au sujet de cet homme pervers, les animaux qu’il avait retirés du puits. Je vous laisse à penser s’il se repentait de ne pas avoir suivi leur avis en laissant périr ce monstre d’ingratitude. Cependant il tâcha de se résigner à sa malheureuse condition , persuadé que telle était la destinée à laquelle lavait condamné le dieu Hrahma,et répétant pour se consoler cette ancienne maxime : g» ^

« Les éléphans indépendans et les oiseaux libres $e voient souvent réduits à l’esclavage; le

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