‹ Le Pantcha-TantraChapitre 56 sur 114 · ET TES CORBEAUX · texte numérisé non relu

ET TES CORBEAUX

Voici donc l’avis que- je propose : Il faut d’abord que vous vous éloigniez tous à quelque distance, et que vous me laissiez seul dans cet endroit. Lorsque le chef des hiboux, avec les siens, reviendra pour renouveler ses attaques contre nous, je feindrai d’avoir été maltraité et chassé par vous tous, pour avoir voulu vous rendre service en vous engageant à vivre en paix avec nos ennemis et à vous soumettre aux conditions qu’ils voudraient vous prescrire. J’engagerai ensuite le chef de leur race à prendre pitié . de mon état d’abandon pour avoir osé parler d’une manière favorable à ses intérêts, et je le supplierai de me recevoir à son service ; une fois admis auprès de lui je surveillerai sa conduite et toutes ses démarches; je chercherai l’occasion de le perdre avec toute sa race, et je vous avertirai lorsqu’il sera temps d’exécuter ce dessein.

Le chef des corbeaux et ses ministres approu- ' vèrent le projet de Stirandjivy, et comme il le * leur avait conseillé, ils se retirèrent tous et le laissèrent seul.

Cette nuit même, les hiboux revinrent pour renouveler leurs attaques, et surpris de ne trouver que Stirandjivy, qui poussait de profonds soupirs et paraissait plongé dans une douleur amère, le chef des hibcfux le fit venir auprès de 9

LES HIBOUX

lui, et lui demanda quel était lé sujet de son affliction.

Hélas! répondit le corbeau en versant des larmes, j’ai été si maltraité par mes compagnons, que j’ai manqué de perdre la vie. Si vous voulez savoir le sujet de ces mauvais traitemens , je vous le rapporterai avec franchise : Voyant l’inimitié qui subsistait entre votre race et la nôtre , et les dangers dont vous ne cessiez de nous menacer , j’ai osé conseiller à notre chef de faire la paix avec vous en se soumettant sans réserve à votre domination puissante , et en vivant aux conditions qu’il vous plairait de lui prescrire.

Alors il s’est mis dans une violente colère, s’est jeté sur moi avec tous les siens, et ils m’ont donné tant de coups de bec que j’en ai le corps tout meurtri. Après m’avoir ainsi maltraité, ils m’ont chassé du milieu d’eux et se sont tous retirés ailleurs, je ne sais où, me laissant dans la situation déplorable où vous me voyez réduit. Maintenant que je suis sans ressource, bien résolu de ne plus approcher jamais . d’un maître aussi cruel que celui que j’ai servi jusqu’à présent, j’implore votre compassion; daignez, seigneur hibou! je vous en supplie instamment , daignez avoir pitié de moi ; si vous consentez à me prendre sous votre puissante pro-

ET LFS CORBEAUX.

tection , si vous ne refusez pas de m’admettre au nombre des plus humbles de vos serviteurs, je m’engage solennellement à faire de mon côté tout ce qui dépendra de moi pour que vous n’ayez pas à vous repentir d’un semblable bienfait. *•

Le chef des hiboux, ne soupçonnant aucun artifice dans les paroles de Stirandjivy, se sentit touché de compassion pour lui, et parut d’abord disposé «à lui accorder la faveur qu’il sollicitait avec tant d’humilité, espérant qu’il pourrait lui être de quelque utilité dans ses guerres contre les corbeaux. Cependant avant d’en venir là, il voulut consulter ses ministres.

Le hibou appelé Dakchakcha, consulté le premier, parut être du même avis que son maître.

Le ministre Droudrakcha interrogé ‘ensuite sur ce qu’il jugeait à propos de faire , répondit qu’on ne pouvait se conduire avec trop de prudence ni prendre trop de précaution avec cet étranger, jusque-là du nombre de leurs edneïnis déclarés, et qu’ils ne devaient pas le recevoir avant d’avoir été mieux assurés de ses dispositions qu’ils ne l’étaient. Qui peut, ajouta-t-il, nous garantir la sincérité de ses paroles et de ses protestations? Combien d’exemples n’a-t-on pas de traî-

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