‹ Le Pantcha-TantraChapitre 61 sur 114 · LE ROI , SON SINGE , ETC · texte numérisé non relu

LE ROI , SON SINGE , ETC

serpens , il se procura un de ces reptiles qu’il renferma dans un vase , et choisissant le temps où le roi dormait , il entra dans son appartement sans être aperçu de personne. Le roi étendu sur son lit et plongé dans un profgnd sommeil avait près de lui le singe son garde, armé d’un cadga (espèce de gros sabre). Le voleur, en entrant, lâcha le serpent qui était enfermé dans le vase , et le singe ne l’eut pas plus tôt vu ramper dans l’appartement , que , saisi de frayeur , il laissa tomber l’arme qu’il tenait, et oubliant le soin de son maître, tourna toute son attention sur le serpent. Le brahme profita de l’état de frayeur et de distraction du singe pour s’approcher du lit du roi, et lui enlever son collier d’or, qu’il porta à sa maîtresse.

L’exemple de ce singe nous apprend, ajouta le hibou Kroudakcha en finissant son récit, à quels dangers on s’expose en confiant ses intérêts à des êtres vils, lâches et sans jugement; et l’exemple suivant, continua-t-il , nous fera voir les pièges que nos ennemis, sous l’apparence du zèle et de la bienveillance , savent souvent nous tendre pour nous perdre.

Lli JARDINIER ET LES SINGES.

Ce 3arî>inier et les Singes.

Sur les bords du fleuve Nirbouhda, est située la ville de Soumaty-Patna : dans cette ville vivait un brahme nommé Imadata, qui, n’ayant pas d’autre voie pour subsister, essaya de cultiver un jardin sur le bord de ce fleuve. Il y sema une grande quantité de melons d’eau, de citrouilles , de concombres et autres plantes semblables , qui réussirent parfaitement et produisirent du fruit en abondance. Dans le temps qu’il s’attendait à recueillir le fruit de ses travaux, une nombreuse troupe de singes vint faire irruption dans son jardin et ravagea tout ce qui s’y trouvait.

Le brahme jardinier était extrêmement affligé de voir toutes ses peines perdues par les dégâts que lui causaient les singes. Il s’y prit de diverses' manières pour les chasser; mais il ne put jamais venir à bout de s’en défaire ; ces singes adroits savaient éviter tous les pièges qu’il leur tendait pour les prendre. A la fin, voici la ruse qu’il inventa : il prit d’une main une poignée de riz cuit, et de l’autre un gros bâton. Il se rendit

ijl LE JARDINIER ET LES SINGES.

à son jardin et alla se coucher à la renverse tout de son long, au milieu de ses plantes, étendant d’un côté la main pleine de riz et tenant le bâton de l’autre, prêt à assommer le premier singe qui s’approcherait pour manger le riz; il restait immobile dans cette posture, contrefaisant le mort. Lorsque les singes se rendirent au jardin pour y commettre leurs dégâts ordinaires, ils aperçurent ce brahme étendu, immobile et qui paraissait mort, et s’approchèrent de lui; mais lorsqu’ils virent ce prétendu mort une main pleine de riz, et l’autre armée d’un gros bâton : Qu’est-ce donc? se dirent-ils, un mort est-il armé de la sorte? défions-nous. Ceci n’est qu’une ruse pour nous attraper. Et dès ce jour ils devinrent encore plus attentifs et plus circonspects qu’ils ne l’avaient été jusqu’alors.

Ces singes, ajouta le hibou, échappèrent par leur sagacité et leur prudence aux dangers dont ils étaient menacés. Imitons-les , agissons avec la plus grande circonspection , et avant d’admettre parmi nous le corbeau Stirandjivy , tâchons de nous assurer de ses intentions.

A toutes ces observations, le hibou Dakchakcha répondit : La première vertu est de rendre service aux autres. L’histoire nous apprend que

lmp. C/i . üelàire ,

LF, KOI, LF DIEU DEVINDRA, ETC. ^3 '

le grand Vichnon, après avoir bien examiné le mérite de cette vertu et avoir reconnu qu’aucune autre ne lui était préférable, passa par dix avataras (incarnations) pour la pratiquer et sauver les âmes justes qui vivaient sur la terre.

Ensuite , pour prouver que nous ne devions pas abandonner ceux qui ont mis leur confiance en nous et qui se sont mis sous notre protection , il cita l’exemple suivant :

Cf flot, le £Ufu ©mnîrra ft la Colombf.

Dans la ville Darma-V atyrPatna , vivait le roi Tchita-Tchacra-Varty , avec son ministre Darma- Pahla. Les grandes vertus de ce prince l’avaient rendu cher à tous ses sujets, et avaient répandu par-tout le bruit de sa renommée. .

Un jour, le Dieu Devindra voulant faire un voyage à la ville d ’ Amara-Vaty-Patna , Nara- Mouny-Souara , qui y résidait ( i) , instruit de son

(i) l^ara-Mouny-Souara est une divinité subalterne et une espèce de surveillant que les principaux dieux entretiennent sur la terre pour les informer de ce qui s’y passe.

174 LE roi 5 le died devindra dessein , lui prépara un trône pour le recevoir dignement, vint au devant de lui et lui fit le meilleur accueil qu’il lui fut possible. Après les premières civilités, il demanda au Dieu quel était le sujet d’une visite si inattendue. Devindra lui répondit qu’il était venu pour apprendre de lui des nouvelles de ce qui se passait sur la terre, et lui demanda en même temps quels étaient parmi les rois qui y régnaient ceux qui s’étaient rendus les plus célèbres. Nara- Mouny-Souara répondit que parmi les princes existans , celui qui se faisait le plus remarquer par ses vertus, était Tchita - Tchacra-Varty. C’est sans doute, repartit Devindra avec un air de mépris et un sourire moqueur, un de ces mortels vertueux au dehors, avec une volonté perverse au dedans. Cependant, ajouta-t-il, puisque la renommée exalte tant son mérite, il faut que je le voie et que j’éprouve par moimême ce qui • en est.

Le Dieu voulut donc se rendre auprès de ce prince, et sous prétexte de faire le voyage plus vite, il prit pour monture une colombe, qui, par son vol rapide, devait le conduire bientôt au domicile du roi.

Pendant que Devindra était transporté dans les airs sur les ailes de cette colombe, ce dieu

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